Dans une décision lapidaire qui éclabousse au passage Myriam Bédard, le juge Wilbrod-Claude Décarie a condamné hier le peintre Nima Mazhari à six mois de prison pour le vol et le recel d'une vingtaine de toiles de l'artiste Ghitta-Caiserman.
Christiane Desjardins
D'après le juge, Mazhari est un manipulateur qui n'hésite pas à mentir pour se disculper et qui souhaite tout contrôler. Il semble avoir réussi avec sa conjointe, puisque «seule l'emprise de Mazhari sur Myriam Bédard» peut expliquer le témoignage «surréaliste» de cette dernière pendant le procès, ajoute le juge.
La championne olympique qui, selon la preuve, a caché les toiles volées chez elle puis chez son père à Québec, niait l'évidence - notamment lorsqu'on lui présentait des photos où apparaissait sa fille, qu'elle prétendait ne pas reconnaître avec certitude. Le juge Décarie a noté que son comportement était calqué sur celui de Mazhari qui, « face à une preuve accablante, n'hésite pas à affirmer sous serment qu'il n'a rien à voir dans cette affaire. Il nie la réalité. C'est à se demander sur quelle planète il vit. »
Des oeuvres irremplaçables
Mazhari a été reconnu coupable le 5 juin dernier de vol et de recel au terme d'un procès devant juge et jury. La Couronne proposait de lui imposer de 12 à 18 mois de prison, tandis que la défense suggérait 100 heures de travaux communautaires. Le juge a écarté cette seconde option, affirmant qu'elle n'était pas assez punitive compte tenu des circonstances et de la gravité du crime, ainsi que du caractère de l'accusé.
L'homme de 52 ans a abusé de la confiance de Mme Caiserman, une artiste âgée avec qui il a partagé un atelier pendant plus de deux ans. Les tableaux volés sont uniques et ne pourront jamais être remplacés. Mazhari n'éprouve par ailleurs aucun remord et n'offre aucune indemnisation à la succession de sa victime. Il fait également preuve d'arrogance et de mépris envers le système judiciaire: après sa condamnation, il avait qualifié le verdict de «ridicule».
Risqué pour la société
Le magistrat considère qu'il serait risqué pour la société de remettre en liberté un individu qui ne prend pas conscience du geste malhonnête qu'il a posé envers une personne vulnérable. Au moment du vol de ses tableaux, l'artiste Caiserman approchait des 80 ans et était malade; elle a d'ailleurs été déclarée inapte moins de deux ans plus tard, soit en 2003. Elle est décédée en 2005.
Mazhari impassible
Kate Roth, la fille de la victime, a accueilli la sentence avec satisfaction et beaucoup d'émotion. « Je suis très heureuse de la décision du juge et de tout ce qu'il a dit. Il a résumé ma pensée... Je suis contente pour ma mère. Excusez-moi, ça me fait penser à ma mère », a-t-elle dit en essuyant ses larmes.
Mazhari, qui était debout dans le box des accusés, n'a pas bronché au prononcé de la sentence. Il n'avait apporté aucun bagage avec lui, seulement son habituel porte-documents. Assise dans la première rangée de la salle d'audience, Myriam Bédard n'a pas non plus réagi. Elle est sortie de la salle un peu plus tard, un sourire crispé accroché au visage. Elle a passé les heures suivantes seule à la cafétéria du palais de justice et a refusé de parler aux médias.
Me Yves Gratton, avocat de Mazhari, compte en appeler du verdict et de la sentence. Il était prêt à le faire hier, mais il aurait fallu que le procureur de la Couronne, Me Mario Dufresne, renonce au délai administratif - ce qu'il a refusé. Mazhari restera donc derrière les barreaux au moins jusqu'à mercredi ou jeudi prochain, moment où Me Gratton pourra se présenter en Cour d'appel pour demander la mise en liberté provisoire de son client en attendant l'appel. Si la Cour d'appel refuse de l'entendre, Mazhari devrait être admissible à une libération conditionnelle au sixième de sa peine, soit dans un mois.
Rappelons que le vol a été commis vers la fin de 2001, peu avant que l'artiste Caiserman décide d'abandonner l'atelier qu'elle partageait avec Mazhari, boulevard Saint-Laurent.
Malgré l'implication de Myriam Bédard dans le recel des tableaux, la Couronne n'a jamais porté d'accusation contre elle. Au procès, Me Dufresne a décrit la médaillée olympique comme la «complice bernée.» Selon Me Dufresne, la décision de ne pas porter d'accusation était bonne au moment où elle a été prise. Sans grande conviction, il a admis que la Couronne pourrait réétudier le dossier et arriver à une conclusion différente.
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