Parce que Nima Mazhari avait une attitude pas nette dans le projet de café-restaurant à Québec, Huguette Nichol, conjointe du père de Myriam Bédard, s'est mise à penser que les toiles qu'elle gardait chez elle pour l'olympienne étaient peut-être volées.
Christiane Desjardins
« J'avais beaucoup de doutes sur l'honnêteté de M. Mazhari. Il n'écrivait rien, ça n'avançait pas. Myriam était supposée être traitée comme une reine dans le café, mais c'était du tape-à-l'oeil, rien n'était fait en profondeur. Le comportement des filles changeait sous l'influence de M. Mazhari. Myriam et Julie se sont mises à parler de leur père d'une manière différente, jusqu'à ce que Myriam dise qu'elle ne voulait plus voir son père au café, parce qu'il était trop négatif. Mazhari traitait la famille de cons. On s'est mis à craindre pour Myriam, puis à penser qu'est-ce qui va nous arriver si ces tableaux sont volés », a raconté Mme Nichol, hier, alors qu'elle témoignait au procès de Mazhari.
L'homme de 52 ans, conjoint de Myriam Bédard, est accusé du vol et recel d'une vingtaine de toiles de l'artiste Ghitta Caiserman-Roth. Mme Nichol, qui a cohabité avec le père de Myriam Bédard de 2000 à 2005, affirme que les toiles en question ont abouti dans leur domicile de Québec en février 2002. Elle soutient que Myriam leur avait demandé de garder ces toiles que Mazhari lui avait offertes en cadeau. Mme Nichol a accroché les huit toiles les plus colorées sur ses murs, tandis que les autres, qu'elle trouvait rébarbatives, elle les a entreposées au deuxième étage de sa maison. Mme Nichol est catégorique : les toiles étaient toutes signées du nom de Caiserman. «Myriam m'a fait l'historique de cette peintre et m'a dit que les toiles avaient une grande valeur», a précisé Mme Nichol. Plusieurs des peintures étaient sombres, avec beaucoup de gris et de noir. On y voyait des poupées avec la tête arrachée, des gens démembrés, l'Holocauste. « Je ne voulais pas ça sur mes murs, de peur que ça attire le malheur », a dit Mme Nichol.
En mai 2002, Mazhari et Myriam ont loué un local pour ouvrir un café qui devait impliquer toute la famille de Myriam. Mme Nichol et Pierre Bédard, qui est électricien, ont aidé à la rénovation, mais il y a eu des frictions et ils ont quitté le projet avant qu'il n'aboutisse. C'est à partir de ce moment qu'ils ont pensé que les toiles pouvaient être volées et qu'ils ont voulu s'en débarrasser en les remettant à Myriam. Avant de remettre le dernier lot de cinq toiles, Mme Nichol et M. Bédard les ont photographiées. Ces photos, M. Bédard les a jointes à une lettre anonyme qu'il a envoyée à Kate Roth, fille de la peintre, en janvier 2004.
M. Bédard, qui a commencé à témoigner en toute fin d'après-midi, hier, a raconté qu'il avait modifié un peu son écriture en penchant ses lettres vers la gauche, plutôt que vers la droite. Rappelons que cette lettre avisait Mme Roth que des toiles de sa mère étaient dans les mains de Nima Mazhari. Aucune plainte de vol n'avait encore été portée à ce moment.
Le procès devant jury se poursuit ce matin, au palais de justice de Montréal.
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