Nima Mazhari avait le mobile pour voler les toiles de l'artiste Ghitta Caiserman-Roth, et il en a eu l'occasion exclusive, a plaidé le procureur de la Couronne Mario Dufresne, hier, avant d'inviter le jury à reconnaître l'homme de 52 ans coupable de vol et recel.
Christiane Desjardins
Selon la thèse de la Couronne, Myriam Bédard a aidé Mazhari, du moins en ce qui concerne le recel. Toutefois, aucune accusation n'a été déposée contre l'ex-olympienne. Dans le cadre des plaidoiries qui avaient lieu hier au palais de justice de Montréal, Me Dufresne a soumis que Mme Bédard est en fait la «complice bernée » dans cette affaire. Autrement dit, elle aurait été manipulée par Mazhari, son conjoint.
Le couple Mazhari-Bédard a fait valoir pendant le procès qu'il était victime d'un complot. Selon Me Dufresne, cette explication ne tient pas la route. Pour ce faire, il aurait fallu que tous les témoins de la Couronne, incluant la propre famille de Mme Bédard, se concertent pour les couler.
Par ailleurs, il a qualifié de «pathétique» le témoignage de Mme Bédard, puisqu'elle faisait mine de ne pas reconnaître sa propre fille et son propre condo sur des photos qui lui ont été présentées. « Elle voulait carrément écarter ces preuves », a soutenu Me Dufresne.
Selon l'avocat du ministère public, l'affaire est limpide. En décembre 2001, Mme Caiserman a fait expulser Mazhari de chez elle, ce qui fait naître l'animosité de ce dernier. Mazhari bénéficiait auparavant de la confiance de Mme Caiserman, puisqu'il connaissait même son numéro d'identification personnel et allait faire des retraits bancaires pour elle. Mais là, c'était fini, et ses qualités de « mâle dominant », comme il les a lui-même décrites, n'étaient plus appréciées.
Sachant que Mme Caiserman comptait aussi abandonner l'atelier qu'ils partageaient boulevard Saint-Laurent, il a décidé de se servir avant que les avocats de l'octogénaire ne passent (le déménagement s'est finalement produit le 26 décembre). Une fois volées, les toiles ont été acheminées dans le condo que Mme Bédard partageait avec son conjoint d'alors. En mars 2002, quand ceux-ci se sont séparés pour de bon, Myriam a envoyé les toiles chez son père, à Québec. Mais voilà, devant les changements d'attitude de sa fille et les querelles de la famille Bédard avec Mazhari, le père de Myriam Bédard et sa conjointe se sont mis à craindre que les toiles soient volées. Pierre Bédard a fini par alerter la fille de Mme Caiserman par lettre anonyme et, dans les mois suivants, l'enquête de la police a été déclenchée, avec le résultat que l'on connaît.
Selon Me Yves Gratton, l'avocat de l'accusé, la preuve du vol n'a pas été faite, d'autant plus que l'artiste elle-même n'a jamais porté plainte. Selon lui, en décembre 2001, Mme Caiserman fonctionnait et faisait ce qu'elle voulait avec ses toiles. Et même en admettant qu'il y ait eu vol, comment peut-on dire que c'est nécessairement Mazhari qui a volé ? Au bout du compte, Me Gratton estime qu'il n'y a rien de tangible pour justifier les accusations de vol.
Le juge Wilbrod-Claude Décarie commencera aujourd'hui à donner ses directives au jury, et celui-ci devrait commencer à délibérer lundi.
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