Nima Mazhari est persuadé que c’est Jean-Marc Saint-Pierre, l’ex-agent de Myriam Bédard, qui a manœuvré pour le faire accuser du vol des toiles de Ghitta Caiserman-Roth.
Christiane Desjardins
C’est ce que Mazhari a fait valoir, hier, alors qu’il témoignait pour sa défense à son procès au palais de justice de Montréal. Alors que le procureur de la Couronne lui exhibait des photos montrant des peintures de Caiserman sur les murs du condo de Myriam Bédard, en 2002, puis sur les murs de la maison de Pierre Bédard (père de Myriam) la même année, Mazhari a fait valoir que les photos étaient truquées.
« Moi je suis photographe. Je n’achète pas ça », a-t-il lâché dédaigneusement, avant de raconter qu’il est très facile de photographier une image pour la transposer sur une toile. On n’a ensuite qu’à accrocher ce faux tableau sur un mur et le prendre en photo. La preuve ? Il a fait lui-même un faux tableau de Ghitta Caiserman avec l’image d’une de ses toiles qu’il dit avoir récupéré sur Internet. Il l’a apportée dans un magasin de photo en demandant de la reproduire sur toile. Il a accroché ce tableau dans son atelier de la rue Saint-Laurent, puis a photographié le tout. La personne qui lui a fait le coup a sûrement agi ainsi, croit-il. Le père de Myriam Bédard, de même que le policier Guy Coupal, se serait donc amusés à tripoter les photos pour piéger Mazhari ?
« Je ne sais pas qui, je n’étais pas là », a répondu Mazhari.
« Qui a orchestré ça selon vous », lui a rétorqué le procureur de la Couronne Mario Dufresne ?
« Je l’ai dit et je le redis : Jean-Marc Saint-Pierre », de dire Mazhari.
Pendant le contre-interrogatoire, qui a duré toute la journée, Me Dufresne a posé plusieurs questions directes à Mazhari. Ce dernier prenait souvent de longs détours pour répondre, ce qui a d’ailleurs indisposé le juge. « On n’est pas pour faire la genèse et remonter au déluge à chaque fois », a-t-il dit en demandant à Mazhari de se contenter de répondre aux questions. Si l’on se fie à Mazhari, tous les témoins de la Couronne sont venus mentir au tribunal. Selon sa perception des choses, il ne s’est pas fait expulser de la maison de Mme Caiserman comme l’a raconté l’avocat Gregory Azancot. Il est d’avis que c’est la fille de Mme Caiserman, par intérêt, qui a torpillé sa relation avec la peintre octogénaire. Malgré tout, il dit qu’il a continué de voir Mme Caiserman après que celle-ci ait quitté, en décembre 2001, l’atelier qu’ils partageaient rue Saint-Laurent. Il l’amenait à l’hôpital et s’occupait de parler à ses médecins.
Me Dufresne a voulu savoir pourquoi Mme Caiserman avait émis plusieurs chèques de 2000, 3000 et parfois même 5000 dollars à Mazhari, en 2001. Il a fini par dire que c’est un arrangement qu’il avait avec Mme Caiserman et son mari, l’architecte Max Roth, (celui-ci est décédé en avril 2001.) Mazhari pouvait faire transiter de l’argent qu’il avait à l’étranger par leurs comptes en banque. En toute fin de journée, Me Yves Gratton, avocat de Mazhari, a annoncé que sa preuve était close. Cet après-midi, les avocats feront leurs plaidoiries et le jury devrait entreprendre ses délibérations lundi.
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