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Myriam Bédard le droit à l'image |
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En décembre 99, Myriam Bébard intentait une poursuite de 725 000$ contre Wrigley (la plus grande manufacturière américaine de gomme à mâcher) et son agence de publicité pour avoir utilisé sa photo sans son consentement.
Cet événement a connu une couverture considérable dans les médias.
Voici ce que nous avons pu retracer à ce sujet.
12 janvier 2000
FRANÇOIS BÉLIVEAU
Myriam Bédard poursuit WM Wrigley Jr Company, Wrigley Canada Inc., et BBDO Canada Inc. pour 725 000 $.
La double championne olympique de Lillehammer (1994) accuse la plus grande manufacturière de gomme à mâcher américaine, dont le chiffre d'affaires annuel dépasse deux milliards US, d'avoir utilisé son image et une photo altérée pour mousser la marque « Wrigley's Spearmint ».
Cette campagne publicitaire de trois mois qui a cessé à la mi-décembre comportait une affiche dans les transports publics de Montréal, Québec, Chicoutimi, Trois-Rivières et Drummondville. Un texte joignait l'affiche : « 1994 - Le Québec se passionne tout à coup follement pour le biathlon. Ah ! les olympiques... »
WM Wrigley Jr Company, qui prend un soin jaloux de ses marques de commerce (291 millions US en publicité en 1998), avait confié la campagne à BBDO Canada Inc., de Toronto, l'une des plus importantes agences de publicité au Canada et dans le monde.
BBDO Canada Inc. aurait utilisé une photo de Bédard aux Jeux de Nagano (1998), diffusée par la Presse Canadienne et publiée par plusieurs médias. Or, selon la PC, l'agence BBDO a retourné la photo quelques jours après, déclarant ne pas en avoir besoin. La facturation de la PC pour cette photographie comprenait des conditions de non-reproduction et de respect de droits d'auteur.
En soirée hier, toutefois, l'agence BBDO faisait parvenir un communiqué aux médias, se déclarant responsable « d'une malencontreuse erreur humaine commise de bonne foi, par l'utilisation d'une illustration infographique produite à partir d'une photographie d'archives de la médaillée olympique. »
BBDO Canada s'excusait auprès de Wrigley et de Mme Bédard pour les inconvénients, pour l'utilisation non autorisée de l'image de la vedette. Me Raymond Doray, agissant comme procureur et porte-parole de BBDO au Québec, y déclarait que la photo de Mme Bédard modifiée par ordinateur faisait partie d'un lot de 16 photos utitisées dans quatre panneaux publicitaires, et que celle modifiée de l'athlète n'occupait en aucune façon une position prédominante, et rien ne permettait de suggérer qu'elle endossait la campagne, soit les produits eux-mêmes. »
Le conseiller de Myriam Bédard, Jean-Marc St-Pierre, avait été informé le 6 décembre de cette diffusion. Deux jours plus tard, il obtenait copie de l'affiche et faisait admettre au représentant de BBDO (par téléphone) qu'il s'agissait de la photo de Myriam. Ce dernier prétextait cependant qu'on ne pouvait la reconnaître.
Après la mise en demeure, les défendeurs ont, le 14 décembre, retiré les affiches, après avoir admis avoir utilisé la photo.
« L'agence a offert une compensation monétaire à Mme Bédard qui tenait compte de la réalité du marché et de la jurisprudence », écrit BBDO. « Malheureusement, les discussions ont tourné court, les procureurs de Mme Bédard ayant choisi de faire des réclamations disproportionnées par rapport à l'événement, affirme Me Doray. Nous déplorons vivement que cet incident puisse trouver sa solution dans une cour de justice. »
Selon la « déclaration » des avocats de Myriam, la photo avait été modifiée « de mauvaise foi et en la ridiculisant ». On a effacé les marques de commerce et logo sur ses vêtements et équipements, éliminé ses cheveux, la rendant chauve, et noirci ses lunettes.
« Ces modifications ont été effectuées pour éviter d'obtenir l'accord de Mme Bédard et de lui payer des redevances ainsi qu'à ses commanditaires », soulignent les procureurs.
Dans la réclamation de l'Étude Paquette Gadler, on mentionne 150 000 $ pour gains dont Myriam Bédard a été privée et 500 000 $ en participation aux profits. Selon l'Étude, on aurait exploité sa célébrité pour hausser les ventes au Québec.
L'ex-biathionnienne s'engage à remettre 20 % du montant de toute condamnation à un organisme voué à la protection d'athlètes amateurs, « un des groupes les plus vulnérables de notre société. »
13 janvier 2000
Réjean Tremblay
Il y a une arrogance, une suffisance et un manque de classe qui dépassent de loin tout ce que le grand public peut imaginer.
On le sait, Myriam Bédard poursuit la toute puissante multinationale Wrigley de Chicago et l'agence de publicité BBDO de Toronto pour 725,000 $. Wrigley, fabricant de la Juicy Fruit et des autres gommes à mâcher sucrées si bonnes pour gâcher les dents des enfants et BBDO se sont emparé de l'image de Myriam Bédard, ont plaqué un texte incitant les Québécois à reconnaître la championne olympique dans le personnage modifié à l'ordinateur illustrant leurs posters, et ont vendu de la gomme en se servant de Mme Bédard sans débourser un traître sou.
C'est du vol puisque les seuls revenus de Myriam Bédard, à l'exception d'une participation l'au dernier à une émission de télévision, sont obtenus en négociant des droits pour l'usage de son image par des commanditaires.
Wrigley et BBDO, fortes des milliards de la multinationale de la gomme, ont déjà menacé Myriam Bédard des pires représailles si jamais la Québécoise et ses avocats rendaient public le vol de son image. Quand on a des milliards qui pleuvent sur Chicago et qu'on est établi à Toronto, on peut espérer faire peur aux indigènes. On peut même se permettre de faire ses menaces par écrit.
Hier, BBDO et la multinationale de la gomme ont reconnu avoir commis une erreur malencontreuse en se servant des exploits de la championne olympique sans même la prévenir.
Pour acheter la paix, Wrigley et BBDO ont donc offert une somme d'argent à l'indigène. Si vous pensez 100 000 $, vous fantasmez. Si vous pensez 25 000 $, vous rêvez en couleurs. Si vous pensez 5 000 $, vous êtes encore trop généreux.
D'ici quelques jours, j'espère avoir la confirmation de la somme dérisoire offerte à notre belle indigène. Et d'ici quelques jours, j'espère connaître le nom de l'agence de publicité au Québec qui fournit ses services à BBDO pour les contrats en français réservés aux seuls indigènes.
C'est pas compliqué. Une multinationale de la gomme et une grosse agence de Toronto ont volé l'image d'une championne olympique pour vendre de la gomme. Des experts peuvent déterminer le prix de ce qu'on a volé. Une campagne publicitaire, ça s'évalue. Qu'on ajoute à ce montant une somme pour dédommager Mme Bédard des ennuis causés et du tort qu'on lui, a fait.
Et qu'on s'excuse publiquement pour les menaces et l'aumône offerte à l'indigène.
Un dossier à suivre.
les répercussions de la conférence de presse du 14 janvier 2000

MONTREAL, 14 janvier 2000 -
Myriam Bédard dit avoir été insultée et humiliée par l'affiche publicitaire de la compagnie Wrigley montrant une photo altérée d'elle. Madame Bédard a rencontré la presse vendredi matin pour faire le point sur la poursuite de 725 mille dollars qu'elle a intentée contre Wrigley et l'agence de publicité B-B-D-O, qui est l'auteure de l'affiche en question.
L'agence lui a offert une compensation de quatre mille dollars. La poursuite allègue qu'elle aurait dû recevoir 150 mille dollars pour l'utilisation de son image. Myriam Bédard ajoute qu'elle n'aurait jamais accepté les altérations qui lui donnent l'aspect d'un homme. Elle rappelle qu'elle a toujours cultivé une image féminine.
Par ailleurs, la Presse canadienne intente à son tour une poursuite de 270 mille dollars contre B-B-D-O et Wrigley pour une utilisation abusive d'une photo de ses archives, soit celle qui a servi à l'affiche.
L'agence de presse souligne que la photographie a été utilisée sans permission malgré de nombreux avertissements demandant d'obtenir les autorisations préalables pour l'utilisation commerciale.
14 janvier 2000
Rollande Parent
L'athlète Myriam Bédard est finalement sortie du silence qu'elle s'imposait depuis quelques semaines pour dire qu'elle était en train de vivre "un des pires moments de ma carrière".
"Sans avertissement, je me suis sentie attaquée, blessée, insultée et humiliée", a déclaré le double médaillée d'or de biathlon, vendredi, en conférence de presse.
"J'ai toujours pris soin de rester féminine dans un sport qui est très exigeant et très masculin. Sur la photo altérée, je ressemble à un homme. Ce n'est pas compliqué, il ne me manque seulement que la barbe", a-t-elle déploré.
Les avocats de Myriam Bédard ont intenté, à la fin de décembre, une poursuite de 725 000 $ contre la compagnie de gomme à mâcher Wrigley pour avoir utilisé à son insu, pendant trois mois, une photo d'elle altérée dans les autobus et le métro de la Communauté urbaine de Montréal ainsi que dans les autobus de Québec, Trois-Rivières, Drummondville, Sherbrooke et Chicoutimi.
On apprenait également vendredi que la Presse Canadienne qui avait fourni la photo de Myriam Bédard à l'agence de publicité BBDO, dont les services ont été retenus par Wrigley, poursuivait et BBDO et Wrigley pour un montant totalisant 278 500$.
La poursuite de la Presse Canadienne précise que BBDO a demandé à consulter la photo de Myriam Bédard, ce qui lui a coûté 15 $, pour la retourner peu après en indiquant ne pas avoir l'intention de l'utiliser.
Cette façon de faire viole les droits d'auteur et constitue un bris de contrat, peut-on lire dans la procédure intentée à Toronto.
On y apprend en outre que c'est la seconde fois que BBDO se conduirait de pareille façon. L'agence aurait auparavant utilisé sans droit la photo d'un ancien joueur des Blues Jays de Toronto.
BBDO nie et avoue
L'agent de l'athlète, Jean-Marc Saint-Pierre, a raconté que BBDO avait d'abord nié que la photo apparaissant dans la publicité de Wrigley était celle de Myriam Bédard.
"Ils ont ensuite dit qu'elle avait modifée pour qu'on ne puisse la reconnaître. Ils ont ensuite dit avoir acheté les droits de sorte qu'ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient avec la photo", a-t-il affirmé.
Le rapprochement des photos permet de constater que les lunettes fabriquées par Louis Garneau ont été noircies, le logo de Garneau qui apparaissait sur la tuque et le vêtement ont été supprimés de même que le sigle olympique et le numéro du dossard.
S'il demeurait un doute, le texte sous la photo est le suivant: "1994-Le Québec se passionne tout à coup follement pour le biathlon. Ah! les olympiques".
Avant d'intenter une poursuite judiciaire, Myriam Bédard a tenté de régler à l'amiable. Devant le montant "ridicule" offert (4000 $), elle a jugé qu'elle n'avait pas le choix.
Dans une lettre adressée aux avocats de la championne olympique, l'avocat montréalais de Wrigley et BBDO, Me Raymond Doray leur sert une mise en garde.
"Soyez avisé que toute tentative de votre part ou de la part de votre cliente d'exercer des pressions indues sur BBDO ou sur ses clients par des menaces de procédure judiciaire, des déclarations publiques ou des allégations en vue d'un règlement du présent litige seraient susceptibles d'entraîner des recours judiciaires pour atteinte à la réputation de notre cliente."
Incidemment une avocate du bureau de Me Doray, soit Lavery de Billy, assistait vendredi à la conférence de presse. Une question d'un journaliste a d'ailleurs forcé Me Tania Smith à dévoiler son identité.
Il a été impossible de rejoindre vendredi Me Doray.
15 janvier 2000
Réjean Tremblay
Myriam Bédard a trente ans. Elle est plus belle que jamais. Elle a refait sa vie avec un policier de Montréal, sa belle petite Maude est joyeuse et en santé, elle a participé à une série d'émissions de télévision sur les enfants l'an dernier, elle a changé de sport et vise une participation aux Jeux olympiques de Salt Lake City en 2002.
Myriam Bédard, tant qu'elle sera athlète de niveau international, n'a qu'un gagne-pain. S'associer comme gagnante et comme personnalité de qualité à des entreprises et à des commanditaires. Sa seule richesse, à part les exploits du passé, c'est son image.
C'est pour ces raisons que le vol de son image par la firme de publicité BBDO de Toronto et par ses partenaires à Montréal, la firme PNMD, est si grave. On a volé les revenus d'une femme qui habille et nourrit son enfant avec les contrats de commandite que négocie son agent Jean-Marc St-Pierre.
BBDO s'est emparée de la photo de la championne olympique et l'a maquillée et PNMD, une firme pourtant respectable de Montréal, a sans doute supervisé le texte. Le tout pour faire vendre de la Spearmint de Wrigley. Une gomme sucrée que Myriam Bédard refuse de donner à sa propre fille pour protéger ses dents.
Hier, Myriam Bédard a tenu une conférence de presse. Parmi les journalistes présents, on remarquait même la présence d'une gentille avocate de Lavery de Billy, Me Tania Smith. Me Smith représentait les intérêts de BBDO et a pris beaucoup de notes. C'est Michel Villeneuve de TQS, bien connu pour son sens de l'orientation, qui avait flairé la présence de l'avocate.
Le même Villeneuve, hier après-midi, tentait d'établir une valeur à l'image de Myriam Bédard pour une compagnie vendant ses produits au Québec.
BBDO, qui clame son respect et son admiration pour Mme Bédard, a établi cette valeur à 4000 $. Incluant les intérêts et les frais encourus. C'est ajouter l'injure à l'insulte et en fait, c'est faire déjà la preuve d'un manque de jugement,évident.
Mais la valeur commerciale d'une image est difficile à établir. Et elle n'est pas nécessairement reliée à un exploit dans le temps et l'espace. Par exemple, Michel Bergeron n'a jamais été aussi connu et « visible » qu'à ses meilleures saisons avec les Nordiques. Quand les Bleus battaient le Canadien et que Bergeron, avec les Stastny, faisait la loi au Forum.
Pourtant, c'est dix ans après sa retraite que Bergeron a signé ses plus beaux contrats. Avec les soupes Campbell pour commencer et maintenant avec McDonald's pour qui il participe à une campagne nationale avec Mats Sundin.
La Myriam Bédard de trente ans, mère de famille, se remettant d'une pénible séparation avec courage et optimisme, a peut-être une meilleure cote que la championne olympique. Les spécialistes et les avocats négociateurs sont ceux qui établissent cette valeur.
Un juge a accordé 30 000 $ à la comédienne Linda Malo parce qu'un lunettier s'était servi malgré elle de son image pour une pub très limitée dans un magazine à tirage modeste et visant une minorité visible. On est loin des 4000 $ insultants de BBDO et de Wrigley.
Hier, le vice-président et directeur général de BBDO, M. John Whitham m'a fait parvenir une lettre à La Presse. Dans un très bon français et il faut féliciter les traducteurs de l'agence ou l'avocat qui a écrit la lettre, M. Whitham se dit très désolé d'avoir lu ma chronique dans l'édition du 13 janvier.
M. Whitham répète que l'usage d'une photo modifiée à l'ordinateur de Myriam Bédard alors que BBDO n'en avait pas les droits, est une erreur administrative que BBDO Canada prend entièrement à son compte.
« ... Nous trouvons regrettable que vous associez Wrigley Canada inc à notre erreur. Si vous voulez nous condamner pour celle-ci, c'est votre droit le plus strict, mais nous vous prions de ne pas y associer notre cliente », écrit M. Whitham.
Bien sûr, Wrigley Canada n'approuve pas les projets de son agence de publicité ! Bien sûr, faut prendre le monde pour des cons carabinés pour affirmer telle grossièreté.
« Notre partenaire à Montréal, l'agence de publicité PNMD, n'a pas été associée de près ou de loin à l'erreur de communication interne qui s'est produite à nos bureaux de Toronto », ajoute-t-il.
Si c'est vrai, alors ça confirme que Jacques Bouchard, le fondateur de BCP, avait raison quand il a écrit son fameux livre, Les 36 cordes sensibles des Québécois. Si c'est vrai, alors BBDO a commis une autre erreur en ne confiant pas à un partenaire québécois le soin de préparer une publicité au Québec. Pour avoir parlé à M. Louis Courteau, v-p création chez PNMD, je pense que PNMD n'était pas au courant que le projet était pourri à sa base.
« Nous avons commis une erreur et nous avons voulu dédommager Madame Bédard en tenant compte de la réalité du marché au Québec... », écrit M. Whitham.
La réalité du marché québécois, c'est 4000 $ !
C'est PNMD qui est l'agence de Pepsi. Ça voudrait dire qu'on paye Claude Meunier 4000 $... pour être conforme au marché du Québec ?
«... nous n'avons jamais menacé ni pris l'iniative de rompre les négociations avec les représentants de Mme Bédard et aurions souhaité en arriver à une entente », poursuit M. Whitham.
D'abord, les avocats de Mme Bédard ont lu des passages d'une lettre des avocats de BBDO menaçant Mme Bédard de représailles et de poursuites en diffamation si elle parlait publiquement de cette histoire. Faudrait que M. Whitham se fasse lire les menaces envoyées par ses avocats. Et ensuite, souhaiter en arriver à une entente et offrir 4000 $ ça s'appelle comment ?
M. Whitham réitère tout son respect peur Myriam Bédard et toute la population du Québec et soutient « qu'il n'est pas question de la considérer comme une quelconque indigène, comme vous l'affirmez un peu grossièrement ».
Qu'est-ce qu'il a contre les indigènes ?
J'aurais quelques questions. Est-ce que BBDO et Wrigley se serviraient d'une phogo de Michael Jordan (après avoir enlevé le sigle de Nike sur son maillot), pour ses publicités aux États-Unis et au Canada... sans avoir acheté les droits et sans même avoir négocié quoique ce soit ?
Est-ce que Wrigley approuve toutes les bourdes que commet BBDO depuis quelques semaines dans ce dossier ?
Est-ce qu'une mère de famille comme Myriam Bédard peut offrir de la Spearmint à sa petite fille de trois ans et ne pas s'inquiéter pour la santé de ses dents ?
Et est-ce que Wrigley va donner le mandat à BBDO de traîner Myriam Bédard devant les tribunaux en espérant l'affamer à coup de tracasseries judiciaires ?
Ou bien Wrigley va-t-elle ordonner à son agence de régler ce dossier boueux dans l'honneur et la dignité ?
Quand on a son nom sur le plus beau stade de baseball au monde, le Wrigley Field, me semble qu'on a le sens de l'honneur.
15 janvier 2000
Myriam Bédard parle d'un des pires moments de sa carrière
François Béliveau
La gomme Spearmint risque de coller au palais de BBDO Canada, et possiblement de sa cliente Wrigley Canada Inc., à la suite des déclarations de Myriam Bédayd et de ses défenseurs, hier.
Mme Bédard poursuit l'agence de publicité BBDO et la manufacturière de gomme à mâcher pour avoir utilisé sans sa permission sa photographie et son image pour fins commerciales.
De plus, la Presse Canadienne ajoute une poursuite de 275 000 $ à celle de 725 000 $ de la belle Myriam, totalisant le million.
Pour s'additionner aux difficultés de l'agence torontoise BBDO, un chat ressemblant plutôt à une souris est sorti du sac : ce qu'on a offert à l'une des athlètes les plus en vue au pays, la quatrième femme du siècle au Canada, se limite à une somme de 4000 $. Ce montant a peut-être été inspiré par le dernier jugement rendu en 1998 (de 2000 $) dans la poursuite Duclos vs Vice-Versa.
Une foule de journalistes de tous genres, parmi lesquels s'était glissée en douce une avocate de la partie adverse, avait répondu à l'invitation de Myriam Bédard pour la rencontre de presse. Cette avocate, Me Tania Smith, de l'Étude Lavery de Billy attitrée à la défense de BBDO et de Wrigley, est collègue de Me Raymond Doray, mais « n'était pas au dossier», a-t-elle spécifié à la sortie, après avoir pourtant griffonné beaucoup de notes.
Elle venait donc d'entendre une Myriam Bédard resplendissante de beauté et de féminité dire qu'elle avait vécu l'un des pires moments de sa carrière avec cette histoire, et qu'elle souhaitait retourner paisiblement à son entraînement en patinage de vitesse.
« Ce coup dur est venu de l'extérieur et je me suis sentie attaquée, blessée, insultée, humiliée a déclaré la double championne olympique de 30 ans. Dans le sport il y a des coups prévisibles et l'athlète sait y faire face. Mais cette fois, on a touché à mon intégrité de femme et à mon image. On a terni ma féminité. Je me suis battue dans un sport d'hommes (le biathlon) pour préserver cette féminité, et voilà qu'on me l'enlève. Sur cette photo (manipulée) je ressemble à un homme. Il n'y manque que la barbe. On a transformé mon image. C'est traumatisant pour mai et ma famille. Si je ne me défends pas, pensez aux athlètes moins connus qui vivraient ce genre d'expérience. »
L'agent de Myriam, Jean-Marc St-Pierre, précisait peu après que son rôle depuis six ans était de protéger cette athlète « qui vit justement de la commercialisation de son image ». St-Pierre, après avoir dit qu'il n'était pas dans son habitude de se servir des médias pour négocier, a demandé comment réagiraient les Américains si on exploitait ainsi Michael Jordan, ou les Québécois si on faisait cet affront à Maurice Richard. Il faisait allusion à la compensation de 4000 $ offerte par BBDO.
L'un des avocats de Myriam, Me Marc-André Blain, du cabinet Paquette Gadier, a poursuivi en traitant cette offre, « incluant capital, intérêts et frais » de ridicule et vexatoire, tandis que Me Benoît Lapointe s'attaquait « à la malencontreuse erreur administrative » dont s'accuse elle-même l'agence BBDO Canada, pour tenter de disculper sa cliente Wrigley Canada Inc.
« L'affiche montre et parle du biathlon, a-t-il dit. Or, en 1994, n'eut été de Mme Bédard, je ne me serais pas intéressé à ce sport. Le biathlon au Québec n'a pas d'autre nom que Myriam Bédard. C'est donc sur cela que la publicité voulait miser. »
Redisant l'importance que Wrigley accorde à sa propre image, démontrée par son budget publicitaire de 291 millions US en 1998, Me Lapointe a laissé supposer, sans le dire toutefois, que la plus grande manufacturière de gomme à mâcher américaine aura sûrement eu son mot à dire sur le contenu de cette publicité de l'automne dernier dans les transports en commun québécois. Il est évident qu'on cherche la principale cible, au-delà de l'agence torontoise qui constitue certes un gros poisson, mais pas aussi gros que Wrigley.
Enfin, la victoire de cette semaine de la comédienne Linda Malo, dans une cause quasi semblable, rend les procureurs de Mme Bédard fort optimistes : « Il s'agit d'un excellent jugement, et d'un précédent qui va nous être très utile », ont-ils affirmé.
15 janvier 2000
François Béliveau
La Presse Canadienne, qui a fourni la fameuse photo ayant servi au trucage, a déposé à son tour une poursuite de l'ordre de 275 000 $ contre l'agence BBDO Canada et Wrigley Canada Inc., à Toronto.
Le vice-président des Services de langue française à la Presse Canadienne, Claude Papineau, a déclaré que cette poursuite pour utilisation abusive d'une photo de Myriam Bédard est accompagnée des motifs de violation de droits d'auteur, de bris de contrat et de négligence. Un communiqué ajoute que Archives photo de la PC aurait servi de nombreux avertissements à BBDO qui, toutefois, a retourné ladite photo en disant qu'elle n'en avait pas besoin.
Selon les avocats de Myriam Bédard, la PC détient là un motif idéal pouvant permettre aux médias de contrôler leurs documents photographiques et de servir la cause des droits d'auteurs.
Quant à l'affiche elle-même, présentée à la presse hier, elle comporte six éléments sur fond rectangulaire d'environ 60 pouces de largeur par une douzaine de hauteur.
Assez bien imaginée, ça commence à gauche par la Spearmint à 35 cents en 1984 ; les ordinateurs supplantant les dactylographes -pour moins de fotes d'aurtogrrafs - en 1985 ; une photo de peau de vache avec les mots « terrible, terrible », et « tout le Québec est en gigue » en 1936 ; le cas Myriam « 1994 - le Québec se passionne follement pour le biathlon. Ah ! les olympiques » ; le relais du témoin en 1996 souligner que « le Canada plante les Etats-Unis au 4 X 100 m à Atlanta. Les Américains sous le choc ! » et, enfin, 1999, la Spearmint est (encore) à 35 cents.
Claude Meunier, qu'on a joint hier alors qu'il s'envolait (deux pieds sur terre) vers une période de repos méritée, ignorait que ses personnages de Ding et Dong ont également vendu de la gomme à mâcher. « Mais j'ai d'autres chats à fouetter et je ne pense pas poursuivre si on n'a pas utilisé mon visage. C'est trop complexe. Par contre j'appuie totalement Myriam Bédard... »
15 janvier 2000
Brian Myles
Se disant «attaquée, blessée, insultée et humiliée», la championne olympique Myriam Bédard n'entend pas lâcher prise afin d'obtenir réparation financière du marchand américain de gomme à mâcher Wrigley, qui a utilisé son image sans permission pour une campagne publicitaire.
La double médaillée d'or au biathlon est sortie de son mutisme, hier en conférence de presse, pour faire le point sur la poursuite de 725 000 $ qu'elle a intentée le 24 décembre contre Wrigley, sa filiale canadienne du même nom et la boîte de publicité BBDO.
Flanquée de ses deux avocats et de son agent, Mme Bédard, 30 ans, s'est contentée de lire une déclaration, laissant à son entourage le soin de répondre aux questions des journalistes. «Je vis l'un des pires moments de ma carrière, a-t-elle dit. Comme athlète, je suis habituée de vivre des revers. Même si c'est assez pénible, ça fait partie du jeu. Mais cette fois, le coup dur venait de l'extérieur, sans avertissement.»
Une photographie altérée de Myriam Bédard, la reine des Jeux de Lillehammer en 1994, a été utilisée sans permission par l'agence de publicité BBDO dans une campagne de pub en imprimé destinée à faire mousser la vente de la gomme à mâcher Spearmint, de la firme Wrigley. Par un miracle courant de l'infographie, les concepteurs ont fait disparaître les boucles blondes de Myriam Bédard, le numéro de son dossard, les anneaux olympiques distinctifs, le logo de Biathlon Canada et celui d'un commanditaire privé. Les lunettes transparentes de l'athlète sont devenues des verres fumés. L'affiche visait à faire comprendre aux consommateurs que le prix de la Spearmint est resté le même depuis 1984. L'année 1994, au cours de laquelle Myriam Bédard a remporté ses deux médailles olympiques, était représentée par la photo en question. «Le Québec se passionne tout à coup follement pour le biathlon. Ah! les olympiques... », se lit la légende.
«J'ai toujours pris soin de rester féminine dans un sport qui est très exigeant et très masculin. Sur la photo altérée, je ressemble à un homme. Ce n'est pas compliqué», a commenté hier Myriam Bédard.
Autre poursuite de la PC
La Presse canadienne et sa filiale Les Archives photo de la PC ont par ailleurs annoncé hier qu'elles poursuivaient en dommages BBDO, Wrigley et sa filiale canadienne pour avoir fait une utilisation abusive de la photo en question, prise en 1998 lors des Jeux de Nagano. Le cliché original, qui a alimenté l'inspiration créatrice des concepteurs de BBDO, provenait en effet de la PC, qui réclame un montant de 278 500 $ en Cour supérieure de l'Ontario pour violation de droits d'auteur, bris de contrat et négligence. La poursuite de la PC révèle que BBDO a demandé à consulter la photo, ce qui lui a coûté 15 $, pour la retourner peu après en affirmant qu'elle ne serait pas utilisée.
BBDO, une compagnie basée à Toronto, a reconnu jeudi dernier qu'une photo de Myriam Bédard modifiée par infographie avait été employée pour cette campagne, formulant ses plus plates excuses à l'athlète et à Wrigley. L'agence prétend qu'il s'agit d'une «malencontreuse erreur administrative».
L'image remodelée de Myriam Bédard a circulé dans les réseaux de transport public de la Communauté urbaine de Montréal et ceux de Québec, Trois-Rivières, Drummondville, Sherbrooke et Chicoutimi. Les documents de la poursuite allèguent que la campagne a duré plus de trois mois et que les annonces ont été retirées après que les avocats ont envoyé une mise en demeure.
Non, oui... pas grave
L'agent de Myriam Bédard, Jean-Marc Saint-Pierre, a expliqué dans quelles circonstances il avait recommandé à sa protégée de saisir les tribunaux du litige. M. Saint-Pierre soutient que l'agence BBDO a d'abord nié que la photo utilisée dans la publicité de la Spearmint était celle de Myriam Bédard. L'agence a reconnu qu'elle avait modifié le cliché pour rendre impossible l'identification de la championne, a dit M. Saint-Pierre. «Ils ont ensuite dit avoir acheté les droits, de sorte qu'ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient avec la photo», a dit M. Saint-Pierre.
Myriam Bédard s'est fait offrir 4000 $ pour une entente à l'amiable, offre jugée ridicule et aussitôt rejetée. L'avocat montréalais de Wrigley et BBDO, Raymond Doray, a répliqué à la sortie publique de Myriam Bédard par une mise en garde. L'avocat de la firme Lavery de Billy a menacé ses adversaires de les poursuivre pour atteinte à la réputation s'ils devaient aller trop loin dans les menaces de procédures judiciaires, les déclarations publiques, les allégations et les pressions indues sur ses clients. Une avocate du bureau Lavery de Billy assistait discrètement à la conférence de presse d'hier. Quant à Me Doray, il n'a pas rappelé Le Devoir.
La valeur de Myriam
Les documents de la poursuite donnent par ailleurs un aperçu de la valeur marchande de Myriam Bédard qui, comme tous les athlètes de haut calibre, monnaye ses succès olympiques.
En mars 1997, un sondage du magazine Info-Presse avait accordé à Myriam Bédard l'indice de notoriété le plus élevé parmi les athlètes québécois. «En raison de sa célébrité et de sa personnalité, [Myriam Bédard] est l'une des personnalités les plus aimées et offre pour un annonceur une image de marque reconnue et crédible», allègue la poursuite. En outre, Myriam Bédard est arrivée quatrième au palmarès féminin des figures sportives les plus marquantes du XXe siècle, selon un sondage récent réalisé dans les médias.
«On a touché à ce que j'avais de plus cher après les miens, mon intégrité de femme et l'intégrité de mon image. Une image dans laquelle j'ai beaucoup investi et pour laquelle j'ai également beaucoup souffert au fil des dernières années», a déploré Mme Bédard.
18 janvier 2000

16 janvier 2000
Une chose est sûre. Myriam Bédard ne peut poursuivre Radio-Canada pour avour utilisé son image lors des Jeux olympiques de Nagano. On ne l'avait pas vue de la course !
Stéphane Laporte
18 janvier 2000

La photo de Myriam Bédard publiée à la une de plusieurs journaux samedi dernier était tout simplement magnifique. Avec ses grands yeux verts et l'ovale parfait de son visage auréolé de ravissantes boucles auburn, Myriam ressemblait à une princesse pré-raphaélite échappée d'un tableau.
En tombant sur la photo, la première réflexion que j'ai eue fut que cette photo était sans doute la meilleure arme des avocats de Myriam contre l'agence BBDO qu'ils ont l'intention de poursuivre pour avoir utilisé et truqué une photo de la championne du biathlon prise aux Olympiques de 1994.
Là meilleure arme parce que la photo de Myriam prise vendredi fait ressortir non seulement sa beauté mais aussi sa grande féminité. Or, dans cette histoire, c'est d'abord et avant tout de féminité qu'il s'agit.
U photo de vendredi est une ode à la beauté tourmentée de Myriam. Elle apporte un heureux contraste à l'affreuse photo truquée où la championne, grimaçante d'efforts, ressemble au mieux à un jeune Maurice Richard en habit de skidoo, au pire à un lutteur soviétique perdu dans le Grand Nord. Cette photo truquée ne se contente pas d'effacer l'identité de Myriam, de gommer le numéro de son dossard et de lui raser les cheveux. Elle soumet sa féminité à une opération habituellement réservée aux transsexuels.
S'il n'y avait que la photo, on pourrait croire à l'erreur, à l'oubli ou à la distraction. Mais il y a au bas de la photo une petite phrase pernicieuse qui ajoute l'injure à l'insulte. Cette phrase dit qu'en 1994, le Québec s'est tout à coup follement passionné pour le biathlon. Et comme on ne fait mention d'aucun nom et que le biathlon dans la photo a le visage viril d'un inconnu, on en déduit alors le Québec s'est passionné pour le biathlon par hasard, grâce à personne en particulier sinon Jos Bleau. Un peu comme si en 1976, le Québec s'était passionné pour la gymnastique à cause d'un courant d'air.
Le fait est que n'eût été de Myriam Bédard, les Québécois n'en auraient eu rien à cirer du biathlon. Et si d'aventure Myriam avait été un Mario, je suis prête à mettre ma main au feu que la passion des Québécois n'aurait pas eu la même intensité.
Ce qui a frappé l'imaginaire populaire québécois en 1994, ce n'était pas le biathlon. C'était le spectacle de cette minuscule machine blonde, cette masse compacte de muscles et de détermination féminine, se battant dans un monde d'hommes et réussissant au prix de mille efforts à le dominer.
À la limite, le biathlon n'avait rien à voir dans l'histoire. Myriam aurait été une coureuse automobile ou la Charles Sirois des télécommunications qu'elle nous aurait éblouis. L'exploit de Myriam, en plus d'être une grande athlète, c'est d'être une grande athlète de sexe féminin. C'est d'être Myriam lère et non Mario ler.
Le plus étonnant de cette affaire, c'est que la photo de Myriam n'était pas la seule photo utilisée par BBDO pour la campagne de Wrigley. Sur les quatre panneaux publicitaires illustrant le passage du temps et le fait que le prix de la gomme Wrigley soit demeuré stable au fil des ans, on retrouvait seize photographies évoquant toutes sortes de choses. Retenez bien le mot choses, il est important.
Myriam Bédard est en effet la seule figure humaine des panneaux. Pour le reste, on a fait appel à des objets : un ordinateur, un morceau de tissu de peau de vache (avec le sous-titre : Terri- ble Terrible), un flambeau, etc.
La raison est simple comme bonjour. Les objets, c'est bien connu, ne réclament aucun cachet ni droit d'auteur. Les objets acceptent docilement tout ce qui leur arrive sans jamais se plaindre ni intenter de poursuite. Sachant cela, je ne comprends pas que les concepteurs de BBDO n'aient pas illustré l'année 94 et la passion subite des Québécois pour le biathlon par une paire de skis et une carabine. Me semble qu'on aurait compris, non ?
Les concepteurs ont-ils cru qu'une paire de skis et une carabine ne seraient pas assez évocateurs ? Ont-ils pensé qu'il fallait nécessairement une figure humaine pour capter l'attention des gens ? Une figure qu'on pourrait reconnaître sans vraiment l'identifier ?
Dans le communiqué de BBDO, l'avocat Raymond Doray plaide l'erreur administrative. En d'autres mots, le fautif de l'histoire serait un quelconque comptable, avocat nu administrateur qui aurait omis de voir les problèmes juridiques que risquait d'occasionner l'utilisation de la photo. Pour ma part, je trouve cette erreur administrative tout à fait excusable. Que les patrons n'aient rien vu lorsqu'on leur a présenté la maquette est normal. Ils ne sont pas payés pour voir mais pour compter.
En revanche, ce qui me choque, c'est 1'esprit prit tordu du publicitaire qui a imaginé le subterfuge. Son erreur n'est pas tant une erreur qu'une grosse gaffe qui traduit une méconnaissance totale non seulement de Myriam mais de la société québécoise. Pour un publicitaire, c'est impardonnable.
22 février 2000
Réjean Tremblay
J'étais à Miami vendredi dernier quand j'ai commencé à lire Sports Illustrated. Je me suis attardé à un article très bien illustré racontant comment Wrigley et la firme BBDO de Toronto avaient usurpé l'image de Myriam Bédard pour vendre leur gomme au Québec.
Si tout se déroule normalement, le procès intenté contre Wrigley et BBDO devrait se dérouler à l'automne 2000. Comme Linda Malo a touché 35 000 $ d'une compagnie qui s'était servie de son image sans son autorisation, on peut croire que Myriam Bédard va recevoir une compensation beaucoup plus importante du juge.
En attendant, les millions de lecteurs de Sports Illustrated aux États-Unis et dans le monde savent que Wrigley cautionne une agence de publicité qui usurpe l'image d'une championne, la charcute et s'en sert pour vendre son produit sans même demander la permission.
BBDO a une agence affiliée à Montréal. On va y revenir.
17 mars 2000
L'Association olympique canadienne vient d'accorder son appui à Myriam Bédard dans sa poursuite contre la compagnie Wrigley Canada et une compagnie torontoise de publicité.
Bédard qui a remporté deux médailles d'or olympiques aux jeux de Lillehammer, poursuit Wrigley et BBDO Canada pour avoir trafiqué une de ses photos et de l'avoir utilisée à des fins publicitaires sans sa permission.
«C'est tout à fait injuste que des compagnies, qui n'ont aucun lien avec l'Association olympique ou ses athètes, utilisent leurs noms et leurs images pour promouvoir leurs produits» a dit la président de l'AOC, Carol Anne Letheren.
«Même nos commanditaires, qui ont des ententes contractuelles avec nous, ne peuvent se servir des images des athlètes sans obtenir leur consentement préalable.»
MONTRÉAL, 21 mars 2000
La championne de biathlon Myriam Bédard, qui reproche à la compagnie Wrigley's d'avoir utilisé son image sans son consentement, a reçu un autre appui majeur mardi après celui de l'Association olympique canadienne la semaine dernière. Les représentants de Sports-Québec dénoncent vivement l'imbroglio au centre duquel Bédard se trouve involontairement.
Le président de Sports-Québec, Jean-Guy Ouellet, encourage les compagnies privées à s'associer aux athlètes. Elles doivent toutefois le faire adéquatement et soutenir financièrement les athlètes en retour. L'entreprise Wrigley's, qui s'est servie au cours des derniers mois d'une image maladroitement modifiée de l'athlète pour mousser la vente de ses produits, devra répondre de ses actes. Myriam Bédard, qui pratique maintenant le patinage de vitesse longue piste, a intenté une poursuite en justice contre Wrigley's pour un montant de 725 000 dollars.
La réclamation comprend 150 000 dollars pour gains dont Myriam Bédard a été privée et 500 000 dollars en participation aux profits. L'ex-biathlonienne s'engage cependant à remettre 20 pour cent du montant de toute réclamation à un organisme voué à la protection d'athlètes amateurs.
Jean-Patrick Balleux
Radio-Canada Sports
15 avril 2000
« L'AFFAIRE MYRIAM BEDARD » PREND UNE TOURNURE PLUTÔT LOUFOQUE
Une dame de Longueuil, qui n'a jamais rencontré Myriam Bédard, est peut-être en train de lui rendre un fier service.
Bertrand Raymond
Cette dame, victime d'une publicité trompeuse et d'une falsification de photos, comme l'a été la championne olympique, poursuit en Cour supérieure la compagnie Herbalife International of America, Herbalife du Canada et son représentant au Québec, Pierre Rivest, de Ville Mont-Royal, pour une somme de 500 000 $.
De son côté, l'agence de publicité torontoise BBDO, qui a utilisé sans autorisation des photos altérées de Myriam Bédard à des fins commerciales pour la compagnie Wrigley, s'est littéralement moquée de la double médaillée d'or de Lillehammer en lui proposant des excuses sous la forme d'un chèque de 4 000 $.
À l'époque, les avocats de Bédard exigeaient un dédommagement de 725 000 $. Or, le refus de BBDO et Wrigley de s'entendre à l'amiable entraînera forcément des frais additionnels pour le clan Bédard, qui réclame aujourd'hui 850 000 $.
La requérante de Longueuil avait utilisé des produits reliés aux soins de la peau dans le but de combattre son acné. Insatisfaite du traitement, elle avait cessé de l'utiliser pour découvrir, deux ans après la fin de son entente avec Herbalife, que sa photo était utilisée dans un kiosque de l'entreprise au Marché aux puces de Saint-Eustache.
Les photos, grossièrement trafiquées, ont été utilisées pendant plus d'un an sans son autorisation.
Sur une photo, le visage de la dame était couvert d'acné. Sur une autre, visiblement modifiée, on avait considérablement diminué l'ampleur de son problème.
Et la notoriété ?
Un drôle de hasard juridique est en train de faire prendre à cette histoire une tournure plutôt loufoque.
On vient de découvrir que le bureau d'avocats qui défend la cause de BBDO et de la réputée compagnie de gomme à mâcher est exactement le même qui tente d'obtenir une dédommagement de 500 000 $ pour la dame qui a été trompée par une autre multinationale.
L'étude Lavery, de Billy, une société en nom collectif qui a pignon sur rue à la Place Ville-Marie, dans le plus bizarre des scénarios, tentera de discréditer la réputation enviable de Myriam Bédard pour le compte de BBDO et d'enrichir sa cliente de Longueuil dans une cause similaire.
D'un côté, une simple citoyenne sans notoriété qui exige un demi-million de dollars et de l'autre, une athlète de réputation internationale à qui on était prêt à lancer au visage une poignée de dollars.
Ce qui soulève une question intéressante. Si les avocats de Lavery, de Billy, parviennent à prouver que Myriam Bédard a tort d'exiger une compensation exemplaire, comment pourront-ils gagner la cause de leur cliente de la rive-sud ?
Comment l'image et la réputation d'une personne totalement inconnue du public peut-elle valoir plus cher que celle d'une athlète de classe mondiale ?
La reine des Jeux de Lillehammer a l'habitude des batailles du genre David contre Goliath. Après avoir tenu tête et gagné contre sa propre fédération, Biathlon Canada, elle est maintenant engagée dans un rude combat juridique qui ne vise qu'à se faire respecter.
Dans sa bataille contre l'Agence BBDO et Wrigley, elle a reçu l'appui de l'Association olympique canadienne et de Sports-Québec. Quant à la Fédération de biathlon, toujours aussi gluante dans son appui aux athlètes, elle réfléchit encore.
Elle court un risque
Myriam Bédard s'attaque à gros. Elle le sait. BBDO est une agence de grande réputation qui représente de prestigieux clients nord-américains.
En insistant pour que son image personnelle et sa féminité altérées par un truc graphique lui soient rendues par le biais d'un dédommagement de plus de 800 000 $, elle se prive peut-être de quelques belles occasions d'affaires.
Mais l'athlète a du nerf. Elle a pris de l'âge depuis ses premiers combats sur la place publique contre Biathlon Canada, mais sa fierté personnelle lui commande de se tenir debout pour ses droits encore une fois.
Pendant ce temps, un avocat joue sur les deux tableaux. Une femme peut-être considérée comme une moins que rien pendant qu'une autre peut avoir tous les droits. Tout dépend qui verse les honoraires, sans doute.
15 avril 2000
Réjean Tremblay
On se rappelle que Wrigley et sa firme de publicité BBDO se sont servies de l'image de Myriam Bédard sans demander la permission à la double médaillée d'or olympique, qu'on a utilisé ces photos sur des posters géants et des placards publicitaires dans le métro de Montréal.
On se rappelle aussi que la firme d'avocats Lavery, De Billy et les compagnies impliquées ont offert 4000 $ à Myriam Bédard, estimant que son droit et son image ne valaient pas plus.
Le 31 mars dernier, Mme Nancy Fleury a déposé une poursuite contre Herbalife, une compagnie qui vend des suppléments alimentaires en poudre qui sont sensés aider à maigrir.
Mme Fleury a vu deux de ses photos dans un kiosque Herbalife du marché aux puces de Saint-Eustache. Style avant et après. Elle s'est plaint, mais Herbalife n'a pas répondu de façon satisfaisante à ses doléances.
On se serait également servi des photos de Mme Fleury dans un congrès à Orlando en Floride.
Mme Fleury s'est tannée et s'est rendue raconter son histoire à un bureau d'avocats.
Les avocats de la firme, une firme très crédible il va sans dire, ont étudié son cas et on décidé de poursuivre Herbalife pour 500 000 $.
• Violation de la vie privée, incluant l'usage non autorisé de son image.
• Atteinte à l'honneur et à la réputation.
• Participation aux profits des intimés.
• Dommages exemplaires.
Le bureau d'avocats a préparé une très belle poursuite, convaincante. On sent qu'on prend les intérêts de Mme Fleury à coeur. La poursuite a été déposée le 31 mars, il y a deux semaines.
Et surtout, on demande 500 000 $... alors qu'on offre 4000 $ à Myriam Bédard pour une cause encore plus forte.
Et le nom de cette firme d'avocats qui poursuit Herbalife et réclame 500 000 $ ?
Lavery, De Billy ... la même firme qui offre 4000 $ à Myriam Bédard.
Si l'image de Mme Fleury dans un marché aux puces à Saint-Eustache vaut 500 000 $ comment vaut l'image d'une médaillée d'or aux Jeux olympiques usurpée et vendue dans le métro de Montréal ?
Une question intéressante pour un juge. La suite bientôt...
18 avril 2000
Réjean Tremblay
Nouveaux bouleversements dans l'affaire de Myriam Bédard contre Wrigley et l'agence de publicité BBDO de Toronto !
Hier, en fin d'après-midi, Wrigley et BBDO ont prévenu la firme d'avocats Lavery, De Billy qu'on lui retirait le dossier impliquant les deux entreprises. Out ! Lavery, De Billy.
Demain et jeudi, les avocats de Wrigley et de BBDO devaient procéder à l'interrogatoire après défense de Myriam Bédard pour tenter d'ébranler les arguments avancés par la championne olympique dans sa poursuite de 850 000 $ intentée contre la multinationale de la gomme et son agence de publicité.
Radio-Canada, TQS, CKAC et La Presse avaient déjà fait la demande pour assister à l'interrogatoire après défense. Hier en après-midi, les avocats de Myriam Bédard prévenaient les médias concernés que l'interrogatoire était annulé. Sans préciser la raison. Grâce à La Presse, vous le savez maintenant.
Cette affaire, qui a été reprise par Sports Illustrated aux États-Unis et dans tous les médias canadiens, est devenue une énorme patate chaude pour la partie défenderesse et ses procureurs et soulève plusieurs points de droit qui passionnent les spécialistes.
Le gros bon sens vous dit que Wrigley et BBDO devraient trouver un moyen de régler cette histoire selon un juste prix compte tenu de la notoriété de Myriam Bédard et des dommages qui lui ont été causés. Le plus rapidement possible et avec une certaine courtoisie pour récupérer un peu le tort déjà causé.
Les avocats, la firme Lavery, De Billy, avaient commis un impair surprenant. Ils représentaient les intérêts de BBDO et de Wrigley contre Myriam Bédard, qui accuse les compagnies concernées d'avoir utilisé son image sans sa permission pour des fins commerciales, et les avocats de la même firme, on l'a vu samedi dans La Presse, représentent les intérêts de Nancy Fleury, de Longueuil, qui poursuit Herbalife dans une cause semblable à celle de Myriam Bédard. Ils réclament 500 000 $ pour Mme Nancy Fleury et offraient 4000 $ pour dédommager Myriam Bédard.
Il devenait extrêmement difficile de concilier les deux positions.
Le 21 janvier 2000, le juge Yves Mayrand de la Cour Supérieure du Québec a fait quelques commentaires très intéressants dans un jugement oral sur une requête en radiation d'allégations et rejet de pièces.
Les avocats de Wrigley et de BBDO voulaient faire enlever de la preuve un document faisant état de cette offre de 4000 $. Le juge Mayrand a rejeté cette demande en se basant sur un communiqué public émis par la défense et dans lequel on pouvait lire : «Le procureur de BBDO CANADA INC. a ajouté que l'agence avait aussitôt offert une compensation monétaire à Mme Bédard, compensation qui tenait compte à la fois de la réalité du marché et de la jurisprudence. Malheureusement, les discussions ont rapidement tourné court, les procureurs de madame Bédard ayant choisi de faire des réclamations tellement disproportionnées par rapport à l'événement que cela rendait illusoire toute tentative de règlement à l'amiable»...
Le juge Mayrand, dans sa décision, soulignait que le juge au procès pourrait donc retenir cette preuve pour établir s'il y a lieu la mauvaise foi de Wrigley et de BBDO.
Il sera intéressant de voir comment les nouveaux procureurs vont s'y prendre pour modifier la défense de leurs clients.
Le retrait de Lavery, De Billy peut ouvrir une porte à un règlement honorable. C'est un espoir.
Malheureusement pour le clan Bédard, si les nouveaux procureurs ont le mandat de jouer les bras, on se retrouvera toujours avec, d'un côté, Myriam Bédard et son agent Jean-Marc Saint-Pierre et de l'autre, Wrigley et BBDO.
Myriam Bédard a fait de bonnes affaires au cours des dernières années mais elle n'a pas les moyens de se payer des avocats pour lutter pendant des années contre tous les recours que Wrigley et BBDO peuvent entreprendre. Dans ce genre d'aiffaire, on atteint rapidement les 75 000 $ ou 100 000 $ en frais. Les experts coûtent cher et il y a toujours moyen de faire traîner les procédures. Surtout quand on sait que les compagnies d'assurances qui assurent les grandes entreprises ont tout intérêt à ce que les indemnités versées le cas échéant soient le plus basses possible pour ne pas créer de précédent.
La tactique est facile à comprendre. Si Wrigley et BBDO utilisent tous les recours que les riches peuvent se payer devant les tribunaux, Myriam Bédard en a pour cinq ans avant d'arriver au bout des procédures. Les retraités de la Singer ont eu le temps de mourir avant de toucher le surplus de leur fonds de pension.
Pour l'instant, le vrai espoir de Myriam Bédard d'obtenir une compensation juste repose beaucoup plus sur l'information. Wrigley paye BBDO pour embellir son image et vendre plus de gommes à mâcher. Pas pour voir étaler sur la place publique la position bête et maladroite qui était celle de ses anciens procureurs.
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