Après avoir appris sur Internet qu’un mandat d’arrestation avait été lancé contre Myriam Bédard, son conjoint et elle n’ont communiqué ni avec la GRC, ni avec la Sûreté du Québec, ni avec l’ambassade canadienne à Washington, ni même avec l’enquêteur du Service de police de Québec qui avait tenté de les joindre. Ils se sont plutôt rendus aux bureaux du FBI à Washington, où on ignorait tout de ce mandat.
Richard Hénault
C’est ce qu’a affirmé hier Nima Mazhari, le conjoint de Mme Bédard. Il a ajouté que le couple et la fille de l’accusée se sont rendus deux jours consécutifs aux bureaux du FBI, dont un agent a simplement pris en note le numéro d’immatriculation de leur voiture.
L’annonce de ce voyage pour lutter contre le « terrorisme bureaucratique canadien » avait été faite au début d’octobre 2006 dans une lettre que le couple a envoyée à l’ambassadeur des États-Unis au Canada. Le 2 octobre, Mazhari, Myriam Bédard, sa fille et... le chien sont partis, a précisé le témoin.
Selon Mazhari, le voyage devait durer deux ou trois semaines, et aucune date de retour n’avait été fixée. S’ils ont souvent changé d’hôtel dans la région de Washington, c’est que le couple cherchait une chambre « pas trop chère, propre et où l’on acceptait le chien ».
Comme il a eu le cellulaire de Myriam Bédard durant tout le voyage, c’est Mazhari qui a reçu l’appel de l’enquêteur de Québec, et il assure avoir fait le message à sa conjointe de le rappeler. Elle l’a fait, mais a dû laisser un message à son tour.
Le 14 décembre, « sur le chemin du retour », ils s’arrêtent pour permettre à Marie (prénom fictif) de faire un peu de piano. C’est là qu’ils apprennent l’existence du mandat d’arrestation. Leur réflexe a été de demander au FBI ce qu’ils devaient faire. Ils ont ainsi attendu du 15 au 22 décembre, date de l’arrestation de Myriam Bédard.
Avant que Nima Mazhari soit appelé à la barre des témoins, Jean Paquet, l’ex-conjoint de Myriam Bédard et père de leur enfant, a terminé son témoignage. Le contre-interrogatoire mené par l’avocat de l’accusée a de nouveau porté sur la fréquence de ses voyages équivalant à deux mois par année, selon lui, et sur l’exercice de ses droits d’accès à sa fille.
Entente sur la garde
« Ça me ferait trop mal de calculer combien de jours je l’ai vue », a-t-il déploré au sujet des neuf mois précédant le fameux voyage aux États-Unis, en 2006.
« Mme Bédard se fout carrément de moi ! » s’est-il aussi écrié pour expliquer pourquoi, au début du voyage, il a déclaré aux policiers qu’il ne soupçonnait pas son ex-conjointe de vouloir le priver de son droit d’accès.
Au retour de la fillette au Québec, il lui a demandé ce qu’elle souhaitait et, comme il s’y attendait, elle a voulu retourner vivre avec sa mère bien que, juridiquement, c’est lui qui en avait alors la garde. Il y a donc eu une nouvelle entente retournant la garde de Marie à sa mère.
« Elle est dépendante affective de sa mère, a assuré M. Paquet. Elle fait ce que sa mère veut et il n’y a rien à faire pour la voir plus souvent. »
En vertu de cette dernière entente, le père peut exercer ses droits d’accès deux ou trois fins de semaine par mois, mais « selon le désir de l’enfant et de la mère », de sorte que, selon M. Paquet, il a vu sa fille moins de 10 jours depuis février. Il affirme demander à la voir toutes les semaines, mais c’est refusé chaque fois. De guerre lasse, il dit avoir renoncé à argumenter.
La fin de semaine dernière, Marie lui a dit qu’ils pourraient se voir durant une demi-journée. Le père s’est donc rendu à Montréal, mais, une heure plus tard, Myriam Bédard a appelé pour faire revenir sa fille.
La procureure de la Couronne, Me Josée Lemieux, doit faire entendre son dernier témoin aujourd’hui, soit l’enquêteur Steve Desroches, puis on passera à la défense.
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