Le procès de Myriam Bédard

Le jury ne l’a pas crue
Pire qu’une cible manquée ou qu’un mauvais chrono en compétition, le verdict est tombé, hier, pour Myriam Bédard, et le fait d’entendre le mot «coupable» a visiblement déstabilisé la championne olympique.
Éric Thibault
L’ex-biathlète n’a manifesté aucune réaction dans la salle d’audience, restant impassible, voire figée. La double médaillée d’or de Lillehammer affichait un visage éteint. Puis, tant bien que mal, elle et son avocat, Me John Pepper, ont essayé de camoufler leur déception en forçant des sourires à la vue des caméras qui les attendaient, au bout d’un couloir du palais de justice de Québec. Peut-être tentaient-ils de se consoler à l’idée de porter l’affaire devant la Cour d’appel, hypothèse que Me Pepper a refusé d’envisager publiquement, hier.
Les six femmes et six hommes ayant formé le jury à son procès ont mis fin à leurs délibérations, après deux jours de huis clos, et ont rendu leur décision en début d’après-midi.
Le jury a ainsi tranché que l’ex-biathlète avait bel et bien eu l’intention criminelle - la volonté consciente - d’enlever sa fille de 11 ans pour priver le père (Jean Paquet) des droits d’accès dont il bénéficie envers l’enfant, en l’amenant à Washington avec son conjoint, Nima Mazhari, du 2 octobre au 22 décembre 2006, et ce, sans en avoir avisé Paquet et sans répondre clairement à ses questions sur leur date de retour.
Les jurés n’ont donc pas estimé crédibles les nombreuses explications que l’accusée a fait valoir devant eux durant son témoignage, dont le faible nombre de jours où son ex-conjoint a exercé ses droits d’accès depuis deux ans. Ils ont sans doute retenu que son témoignage était plutôt marqué de contradictions et d’invraisemblances, comme l’a plaidé la procureure de la poursuite, Me Josée Lemieux, évidemment satisfaite du verdict rendu.
De retour le 9 octobre
Myriam Bédard, qui demeure en liberté provisoire en attendant sa sentence, n’a émis aucun commentaire.
Son avocat n’a guère été plus volubile. Il a dit préférer garder ses remarques pour le tribunal, le 9 octobre, date des représentations sur la peine qui sera imposée à sa cliente par le juge Jean-Claude Beaulieu.
À ce chapitre, Me Pepper a annoncé son intention de plaider en faveur d’une absolution, ce qui signifierait que Myriam Bédard n’aurait pas de casier judiciaire malgré le verdict de culpabilité.
L’absolution est généralement accordée à un accusé qui a reconnu sa culpabilité à une infraction d’une gravité mineure, mais qui a convaincu un juge qu’il en va de l’intérêt du public et du sien que de passer l’éponge sur son dossier.
Cette avenue n’est pas partagée par la poursuite. Me Lemieux a mentionné qu’elle entendait suggérer une peine tenant compte de la nécessité de dénoncer le crime commis, sans préciser ce qu’elle avait en tête. «Nous allons évidemment tenir compte des 14 jours de détention qu’elle a purgés aux États-Unis après son arrestation», a-t-elle ajouté.
En matinée, Me Pepper s’était adressé au juge Beaulieu pour l’aviser qu’une connaissance lui avait rapporté qu’un des jurés «était ou a déjà été policier», et que, s’il l’avait su, l’avocat se serait objecté à sa sélection au sein du jury. Le juge l’a alors invité à faire la preuve de ce ouï-dire, qui a été relégué aux oubliettes avant que le jury rende son verdict.
21 septembre 2007
Le père de Myriam Bédard s’est dit «déçu» pour sa fille, ajoutant qu’« il faut accepter » le verdict de culpabilité rendu par le jury.
Éric Thibault
« Il y a eu une faute qui a été reconnue. Je ne peux rien faire contre ça. Chacun a fait de son mieux pour défendre sa cause, autant le père que Myriam », a réagi Pierre Bédard, dans un entretien téléphonique avec MédiaMatinQuébec.
M. Bédard n’a pas manqué une journée du procès de sa fille de 37 ans (sauf durant les délibérations du jury), bien que les deux ne se soient pas adressé la parole depuis quelques années. C’est envers le conjoint actuel de sa fille qu’il a des réserves.
« Il faut laisser faire le temps. Un moment donné, y a quelqu’un qui est arrivé dans le décor et ça a tout brouillé. Que voulez-vous ? C’est sa vie à elle. Si elle décide de suivre une personne qui la met dans le trouble, c’est son choix », a-t-il dit, en faisant référence à Nima Mazhari.
Ce dernier est actuellement en appel d’un verdict de culpabilité dans une affaire de vol de tableaux.
Quant à Jean Paquet, il n’a pas été possible de recueillir ses commentaires puisqu’il n’a pas retourné nos appels, hier.
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