Procès de Myriam Bédard
« Au bout de deux mois, j’avais perdu espoir de revoir ma fille. Je croyais qu’ils ne reviendraient plus. »
Éric Thibault
C’est ce qu’est venu relater Jean Paquet, ex-conjoint de Myriam Bédard, au procès de la championne olympique qui s’ouvrait, hier, devant juge et jury, au palais de justice de Québec. L’ex-biathlète de 37 ans est accusée d’avoir enlevé sa fille, du 3 octobre au 22 décembre dernier, en contravention des dispositions d’une ordonnance de garde du tribunal.
Paquet, lui-même entraîneur de biathlon, a expliqué qu’il avait vécu la stupéfaction, l’inquiétude et le découragement pendant cette période. C’est lors d’une conversation téléphonique avec sa fille, le 4 octobre, qu’il a appris qu’elle se trouvait à Washington avec sa mère et le conjoint de celle-ci, Nima Mazhari.
«Je n’ai pas réussi à savoir ce qu’ils faisaient là, ni quand ils allaient revenir. C’est le lendemain que j’ai appris, dans le journal qu’ils étaient partis combattre le «terrorisme bureaucratique du Canada». J’étais estomaqué. Je ne pouvais croire ce que je lisais», a-t-il témoigné en réponse aux questions de la procureure de la poursuite, Me Josée Lemieux.
L’homme de 42 ans a soutenu devant le juge Jean-Claude Beaulieu qu’il n’avait jamais autorisé son «ex» pour qu’elle amène leur fille aux États-Unis dans cette croisade annoncée quelques jours avant leur départ dans une lettre envoyée, notamment, à l’ambassadeur américain à Ottawa et «à tous les habitants de la Terre». «Je n’ai jamais reçu cette lettre», a-t-il dit.
« Si tu veux du trouble, tu vas en avoir ! »
Préoccupé, le père a tenté de joindre «le plus souvent possible» Myriam Bédard sur son téléphone cellulaire pour savoir dans quel hôtel ils logeaient et la date prévue de leur retour. Ses appels demeuraient sans réponse «quatre fois sur cinq» ou se terminaient «abruptement» au bout de quelques minutes de conversation avec sa fille, puis avec son «ex», et les mêmes questions demeuraient. « Elle me disait qu’ils feraient leurs affaires et qu’ils reviendraient après. »
Le résidant de Québec était d’autant plus inquiet que Myriam Bédard lui avait déjà dit « qu’elle pourrait quitter le pays, pour protester contre le Canada. Surtout après la commission Gomery, ça allait pas bien. J’avais peur qu’ils partent en Iran, mais elle m’a dit qu’ils n’iraient pas là-bas, que son chum (d’origine iranienne) se ferait couper la tête. Je lui ai fait confiance ».
Paquet a affirmé que, le 17 octobre, celle qu’il appelle «madame Bédard» l’a averti que «si tu veux avoir du trouble, tu vas en avoir». « Ça m’a marqué. Ma fille était partie, l’école n’était pas avisée, je voulais savoir. C’était mon droit. J’ai essayé de lui faire entendre raison. J’ai aussi remarqué que ma fille semblait distante, comme si elle se faisait souffler les réponses. »
La gorge serrée, le père a lu un courriel qu’il a expédié à l’accusée, le 17 novembre, l’exhortant de ne pas emporter leur fille «dans ton sillon nébuleux», qu’elle avait besoin de stabilité et d’«un environnement sain». Onze jours plus tard, il lui disait au téléphone que la police s’en venait la chercher. « Elle m’a répondu : "OK". Je n’en croyais pas mes oreilles. Je lui ai dit que c’était pas du bluff, que c’était sérieux. »
Le 22 décembre, Myriam Bédard était arrêtée, le jour de son anniversaire de naissance et de celui de leur fille. Jean Paquet s’était marié avec l’ex-biathlète en 1994, leur fille est née la même année, mais le couple s’est séparé en 1998 avant de divorcer en 2002. C’est cette année-là que les choses ont «commencé à dégénérer» et que ses droits d’accès à sa fille se sont mis à diminuer.
« C’était constamment de l’argumentation avec elle. À un moment donné, j’ai cédé pour ne pas avoir à me chicaner. Je ne suis pas une personne qui veut des problèmes », s’est-il justifié, en mentionnant qu’il a été réticent à porter plainte à la police. Jean Paquet sera contre-interrogé par la défense, aujourd’hui.
11 septembre 2007
La sœur aînée de l’accusée a également témoigné de son inquiétude, non pas pour Myriam Bédard, mais pour la fille de celle-ci, durant leur périple aux États-Unis.
Éric Thibault
Sur un ton qui en disait long, Chantal Bédard a dit, à la barre des témoins, s’être demandé : « Qu’est-ce qui va arriver, encore ? » lorsqu’elle a appris par les médias que sa sœur était partie combattre le «terrorisme bureaucratique canadien» à Washington.
« J’ai trouvé ça un peu bizarre et j’étais surprise sur le coup, mais finalement, ça ne me surprenait pas vraiment non plus », a mentionné celle qui témoignait pour la poursuite. Elle en est venue à communiquer avec Jean Paquet, l’ambassade américaine, la GRC et la police de Québec.
Le regard de la mère de quatre enfants et celui de l’accusée - pourtant assise à proximité, à sa gauche - ne se sont jamais croisés dans la salle d’audience. Tout cela sous les yeux de leur père et de leur mère, qui occupaient des sièges dans la première rangée...
Trois autres témoins ont été interrogés par Me Josée Lemieux, hier, soit deux employés de l’école que fréquentait la fille de Myriam Bédard l’automne dernier, ainsi que la voisine de l’ex-biathlète, à Brossard.
Les deux premières ont mentionné que l’accusée a téléphoné à l’école, au début d’octobre, pour dire que sa fille serait absente «pour deux jours», puis une autre fois, trois semaines plus tard, pour aviser qu’elle ne reviendrait pas avant une autre semaine. La troisième a relaté avoir eu une dizaine de conversations téléphoniques avec l’accusée (plus qu’avec Jean Paquet) pendant son voyage à Washington, pour s’occuper de son auto, de ses poubelles ou du chauffage de son semi-détaché.
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