2 mars 2004

Jean Pelletier a été congédié de Via
en raison de ses commentaires sexistes
Karinne Fortin
MONTREAL (PC) - Ses commentaires désobligeants sur la championne olympique Myriam Bédard ont coûté son poste de président du conseil d'administration de Via Rail à Jean Pelletier.
L'ancien chef de cabinet de Jean Chrétien a été démis de ses fonctions, lundi, par le ministre des Transports et responsable de la société d'Etat, Tony Valeri, au nom du gouvernement du Canada. "La destitution de M. Pelletier est immédiate", peut-on lire dans le communiqué transmis vers midi.
"J'ai dit moi-même que lorsqu'une personne voulait aller de l'avant avec de l'information sur toute la situation des commandites, cette personne devrait avoir la possibilité de le faire. Et non seulement ça, mais elle devrait être encouragée à le faire", a rappelé Paul Martin, de passage à New York.
"Ça veut dire que quand une employée, comme dans le cas de Mme Bédard, avait quelque chose à dire, il fallait l'encourager et non pas faire des commentaires pour la décourager. Alors c'est pour cela que nous avons agi ce matin."
De son côté, le ministre Valeri a souligné qu'il était "tout à fait inapproprié pour le président d'une société d'Etat de tenir des propos de la sorte à l'égard de quelqu'un qui a mis en lumière des actes répréhensibles en milieu de travail".
Dans une lettre au premier ministre datée du 13 février, Myriam Bédard dit avoir été témoin de plusieurs "choses pas catholiques" alors qu'elle travaillait au service du marketing de Via.
Elle affirme avoir été congédiée en janvier 2002 après avoir refusé d'être mutée chez Groupaction. La direction du transporteur a cependant démenti ces allégations.
Réagissant à ces révélations, M. Pelletier avait qualifié la biathlète de "pauvre petite fille qui fait pitié, une fille qui n'a pas de conjoint". Ces propos avaient soulevé un tollé de protestations au sein du Parti libéral du Canada, secoué depuis quelques semaines par le scandale des commandites.
L'ancien maire de Québec, connu pour sa verve assassine, s'était excusé vendredi après-midi, dans un bref communiqué. Ses regrets n'ont visiblement pas suffi à redonner confiance au cabinet de Paul Martin, qui souhaite se démarquer de l'administration précédente.
"Mon gouvernement est arrivé au pouvoir avec l'engagement de changer la façon de faire les choses. La décision que nous prenons aujourd'hui entend refléter cet engagement", a souligné le premier ministre.
Pas de dédommagement
M. Pelletier n'a pas reçu d'offre de dédommagement pour la fin abrupte de son contrat, qui devait normalement venir à échéance en septembre 2006. Les mécanismes en place lui permettront de faire valoir ses droits s'il estime qu'il est victime d'une injustice, a souligné la porte-parole du Bureau du premier ministre, Amy Butcher.
Normalement, l'administrateur devrait cependant avoir droit à une prime de séparation équivalent à une semaine de salaire par année de service complétée. M. Pelletier a été nommé en septembre 2001.
D'après François Jubinville, du Bureau du Conseil privé, à Ottawa, le salaire d'un président du conseil d'une société d'Etat est compris entre 189 700 $ et 234 300 $ par an. Il toucherait donc au moins 7296 $.
Réaction de Myriam Bédard
Myriam Bédard a applaudi lundi le congédiement de M. Pelletier. "Je pense que l'action du gouvernement est juste. Je pense que c'est l'action qu'ils devaient prendre", a-t-elle déclaré à RDI.
A son avis, ce vote de non confiance pourrait inciter d'autres personnes ayant été témoins de gestes questionnables à prendre la parole.
"Le gouvernement veut faire la lumière dans cette histoire. Il y a certains actes comme celui qui a été posé aujourd'hui qui vont aider certaines personnes à vouloir parler. Peut-être même des gens qui ont perdu leur emploi avant que moi je suis présente à Via Rail. On verra dans le futur", a-t-elle dit.
Mme Bédard a rencontré lundi matin un proche collaborateur de Paul Martin, Francis Fox, avec qui elle dit s'être entretenue pendant environ une demi-heure "de toutes sortes de choses qui ne concernent pas la situation". M. Fox lui aurait notamment fait part de la sympathie du premier ministre.
Pour le moment, l'ancienne athlète affirme ne pas avoir l'intention de poursuivre Jean Pelletier. "Ma préoccupation c'est de récupérer mon emploi. Ça a toujours été ça. On va voir ce qui va arriver dans les prochains jours", a-t-elle insisté.
Le gouvernement soutient qu'il a les mains liées dans ce dossier puisqu'il n'a pas de droit de regard sur la gestion quotidienne de Via Rail. M. Fox, qui est secrétaire du cabinet du premier ministre, aurait cependant assuré Mme Bédard que la question serait soumise à la direction de l'entreprise.
Via s'excuse
Dans une déclaration écrite, le transporteur a pris acte de la décision du gouvernement et offert ses excuses à la double médaillée olympique ainsi qu'à "toutes les Canadiennes pour la nature et le ton (des) remarques" de son ancien président du conseil.
Le pdg par intérim, Paul Côté, a en outre fait part au ministre Valeri de son intention d'enquêter sur "les inquiétudes de Mme Bédard concernant son passage à Via" ainsi que sur les relations entre la société et les agences publicitaires.
M. Côté remplace le président et chef de la direction Marc LeFrançois, suspendu sans solde par Paul Martin, la semaine dernière. Proche de Jean Chrétien, le gestionnaire figure parmi les dirigeants de sociétés d'Etat visés par le rapport de la vérificatrice générale sur le programme des commandites.
M. LeFrançois avait jusqu'à lundi pour expliquer son rôle dans les transactions douteuses impliquant Via. Le ministère des Transports a confirmé avoir reçu les réponses exigées. Les autorités doivent maintenant étudier ces documents et faire leurs recommandations au cabinet.
Le gestionnaire ne retournera pas au travail avant la fin de ces procédures.
Lundi, le chef du Bloc Québécois Gilles Duceppe a assuré qu'il continuerait à talonner le gouvernement afin de faire la lumière sur le scandale. "On demandait que M. Pelletier soit congédié. Je crois donc qu'ils ont pris la bonne décision, a-t-il confié à la Presse Canadienne.
"Cependant, que M. Martin ne croit pas que ça règle toute l'affaire des commandites. C'est un épisode parmi beaucoup d'autres."
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