6 mars 2004

Paul Martin congédie LeFrançois

Jean Pelletier songe à intenter des poursuites
Alfonso Gagliano clame son innocence

Hélène Buzzetti

Ottawa continue de manier la hache. Cette fois-ci, c'est sur la tête de Marc LeFrançois, président et chef de la direction de Via Rail, qu'elle s'est abattue à cause du rôle qu'il a joué dans le scandale des commandites. Avec Jean Pelletier, qui s'est fait montrer la porte lundi, c'est toute la direction de Via Rail qui a été renvoyée.

«Après mûre réflexion, nous sommes parvenus à la conclusion, à la lumière des conclusions du rapport de la vérificatrice générale, qu'un changement était nécessaire au plus haut niveau de la direction de Via Rail pour restaurer la confiance du public. C'est la raison pour laquelle nous avons agi de manière décisive», a fait savoir par communiqué de presse le premier ministre Paul Martin. Il a ainsi évité de répondre aux questions des journalistes en émettant ce communiqué après son passage dans la région montréalaise.

M. LeFrançois est personnellement nommé dans le rapport de Sheila Fraser sur le programme de commandites. Il aurait participé à des combines complexes visant à faire transiter de l'argent du programme par sa société d'État tout en payant au passage de généreuses commissions à des agences de publicité montréalaises qui n'ont fait aucun travail.

M. LeFrançois avait accepté, au nom de Via Rail, de verser 910 000 $ à L'Information essentielle pour la production d'une série télévisée sur Maurice Richard. Il s'agissait d'une forme de «prêt» au programme de commandites, dont la caisse était à sec. Via Rail devait être remboursée lorsque des crédits supplémentaires seraient accordés par le Parlement. Pour récupérer son argent, Via Rail a accepté de produire une fausse facture à l'agence Lafleur qui, à son tour, a facturé Ottawa pour de faux services de production. Le remboursement a suivi le parcours inverse, l'agence Lafleur empochant une commission de 112 000 $ au passage, simplement pour avoir émis un chèque.

Dans un autre cas, le programme de commandites a versé 205 000 $ à Via Rail pour améliorer... la signalisation ferroviaire. (Cette somme devait servir à la production du magazine Via, mais celui-ci n'existait plus.) L'argent a transité par Lafleur, qui a retenu une commission de 17,65 % (près de 31 000 $) sans avoir fait le moindre travail.

M. LeFrançois avait été suspendu sans solde par le gouvernement fédéral et avait obtenu un sursis jusqu'au 1er mars pour convaincre Ottawa de ne pas le congédier. Il a envoyé une lettre puis a rencontré le ministre des Transports, Tony Valeri, trois jours plus tard. De toute évidence, son plaidoyer n'a pas été convaincant. M. Valeri n'a toutefois pas voulu dire en quoi la présentation de M. LeFrançois n'avait pas apaisé ses craintes.

Le poste de président et chef de la direction de Via Rail valait un salaire annuel allant de 209 000 à 247 000 $. M. LeFrançois n'aura pas droit à une indemnité de départ. Son contrat devait prendre fin en août prochain. Il a été impossible de savoir hier si M. LeFrançois prendra des mesures contre le gouvernement fédéral. Chose certaine, ceux qui ont déjà goûté cette médecine ont décidé de répliquer. Jean Pelletier a retenu les services de l'avocate Suzanne Côté, du cabinet Stikeman Elliott, afin de déterminer s'il peut poursuivre Ottawa pour bris de contrat. M. Pelletier a été démis de ses fonctions de président de Via Rail non pas pour son rôle dans le programme de commandites mais pour les commentaires désobligeants adressés à la médaillée olympique Myriam Bédard, qui établissait des liens entre ce scandale et Via Rail.

Le «lynchage» de Gagliano
De son côté, Alfonso Gagliano a accordé une entrevue exclusive au quotidien The Gazette dans laquelle il se dit victime d'un lynchage digne du Far West. «J'ai l'impression de me retrouver dans un vieux film de cow-boys où on accuse, on inculpe et on pend sans juge et sans jury», a déclaré l'ex-ministre des Travaux publics. «On m'a apposé l'étiquette de criminel.» M. Gagliano a été relevé de ses fonctions d'ambassadeur du Canada au Danemark.

Selon le premier ministre Martin, son ex-collègue n'a pas raison de se considérer comme une victime du scandale des commandites puisque «aucun jugement» n'a été porté contre lui. «Il n'y a aucun jugement qui a été porté dans le cas de M. Gagliano. Le ministre des Affaires extérieures, pour des raisons de l'image du Canada à l'extérieur, a décidé de mettre fin à sa nomination», a déclaré M. Martin.

M. Martin a laissé entendre qu'il s'attendait à de telles réactions des personnes visées par le grand nettoyage. «Ils ont le droit de regarder leur situation juridique. On le savait. Mais nous, on avait des décisions à prendre, et on les a prises. Nous serons jugés [selon] nos actions.»

M. Gagliano avait été nommé ambassadeur par Jean Chrétien en janvier 2002 à la suite de la dénonciation d'un ancien responsable de la Société immobilière du Canada, qui relevait du ministre. On reprochait à M. Gagliano d'avoir instauré une atmosphère de patronage à la société d'État, notamment en demandant à plusieurs reprises que ses amis soient embauchés. Paul Martin a rappelé M. Gagliano le mois dernier.

M. Gagliano veut collaborer avec la commission d'enquête et le comité des Comptes publics afin de «convaincre les Canadiens qu['il est] une personne honnête qui a agi avec intégrité». «Je me suis acquitté de mes responsabilités ministérielles dans le respect des règles, avec intégrité et honnêteté», a ajouté l'ambassadeur déchu.

Quant au sort de Michel Vennat, à la BDC, et d'André Ouellet, à Postes Canada, il n'est pas encore arrêté. Les deux hommes sont suspendus de leurs fonctions. M. Ouellet recevra son salaire jusqu'à la fin d'une vérification externe. Le cas de M. Vennat fait l'objet d'une analyse par la ministre de l'Industrie, Lucienne Robillard. Ce cas est plus délicat à traiter car, contrairement à MM. LeFrançois et Pelletier, il ne sert pas «au bon plaisir» du gouvernement. Il ne peut donc pas être congédié aussi facilement.

Avec la Presse canadienne


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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