7 mars 2008

« Daley est un plongeur pur »

Tom Daley, 13 ans, s’est qualifié pour les Jeux Olympiques de Pékin. Troisième de l’épreuve de plongeon synchronisé sur tremplin de 10 mètres lors de l’épreuve de Coupe du monde disputée, fin février, dans la capitale chinoise, le jeune prodige de Portsmouth est devenu le deuxième plus jeune athlète britannique retenu pour les JO.

Âgé de 14 ans et 81 jours au moment du rendez-vous chinois, Dailey succès ainsi à Kenneth Lester, autre plongeur, âgé de 13 ans et 144 jours lors de sa participation aux Jeux de Rome en 1960.

À noter que les règlements internationaux stipulent qu’un plongeur doit obligatoirement avoir 14 ans à la fin d’une année olympique pour espérer pouvoir prendre part à la plus grande manifestation sportive planétaire.

Entraîneur national des plongeurs français, Gilles Emptoz-Lacôte est revenu sur le phénomène Daley. Le jeune Britannique, 13 ans, représentera son pays cet été aux Jeux Olympiques de Pékin.

Gilles Emptoz-Lacôte, la sélection du jeune Britannique Thomas Daley pour les Jeux Olympiques de Pékin vous a-t-elle surpris ?

Non. Ce n’est pas du tout une surprise pour nous. Ça fait déjà deux ou trois ans que Thomas Daley est sur le circuit international que ce soit chez les jeunes ou les seniors. Il faut savoir que, en matière de plongeon, il existe une distinction dans les catégories d’âge pour les jeunes mais, au-delà des cadets, c'est-à-dire 18 ans, on passe directement en seniors. Il faut savoir également que l’on peut participer aux compétitions seniors dès l’instant où l’on remplit les exigences techniques pour plonger dans ces catégories-là. Il n’y a pas de catégories d’âge si ce n’est pour le 10 mètres où la limite est fixée à 14 ans.

Thomas Daley a 13 ans (Ndlr : il aura 14 ans lors des JO). Ne trouvez-vous pas qu’il soit trop jeune pour prendre part aux Jeux Olympiques ?

Non. Il y a des étapes à passer dans l’apprentissage du plongeon. Il faut des bases techniques à 1 mètre, 3 mètres, 5, 7 et 10 mètres. Une fois ces bases acquises et respectées, le mec qui monte à 10 mètres est quasiment certain de ne pas se planter. Thomas est un plongeur pur. Il a été sorti d’un groupe d’individus de sa tranche d’âge et il a juste avancé plus vite que les autres pour se retrouver au 10 mètres à 13 ans. Mais, à partir du moment où il est passé par tous ces filtres, il n’y a aucun problème du point de vue de la sécurité et je pense que ça ne lui portera pas préjudice. En plongeon, ce qui compte, c’est le respect de la progression technique. Personne n’est égal face à cela. Certains, vont mettre trois ans pour apprendre un exercice donné, d’autres trois mois.

Daley reste néanmoins un phénomène en Angleterre. Comment gérer une si grosse attente à son âge ?

On peut dire effectivement qu’il n’a pas d’enfance, qu’il ne vit que pour le plongeon et que l’on met tout en œuvre pour qu’il soit un bon plongeur. Mais, parallèlement à ça, sur le plan de l’entraînement, c’est quelqu’un qui est demandeur. Quand son entraîneur lui dit que c’est terminé, il va continuer à plonger de lui-même. C’est quelqu’un de passionné, qui s’amuse lorsqu’il plonge. Il prend beaucoup de plaisir, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Il est impliqué à 200% dans ce qu’il fait.

« Daley a ça dans les gènes »
Il tient néanmoins un discours d’adulte et dit viser une médaille à Londres en 2012. Pensez-vous que cet objectif soit personnel ou bien qu’on le lui ait inculqué ?

Je ne pense pas qu’on le lui ait inculqué. Je pense que c’est le cas dans les pays comme la Chine où il y a une démarche et une volonté gouvernementale ; on bourre le crâne des enfants pris dans les centres sportifs dès 6 ans et ce, jusqu’à ce qu’ils gagnent les Jeux. Les enfants sont conditionnés. Lui, c’est totalement différent. On sent qu’il est volontaire. Il a ça dans les gènes.

Le fait d’être si jeune est-il un avantage en termes de performance et peut-on, dans ce cas précis, parler de concurrence déloyale ?

Il y a des avantages à être petit surtout lorsqu’il y a un bon rapport poids-puissance. En d’autres termes, plus le sujet est petit, plus il est fort, plus ça va être facile pour lui de supporter la charge, notamment en ce qui concerne l’entrée dans l’eau. Plus vous êtes lourd, plus vous allez avoir du mal à bloquer au niveau articulaire et plus vous allez avoir des difficultés à résister à la pression de l’eau. Les sujets petits et costauds ont plus de facilité. Ce n’est cependant pas de la concurrence déloyale à partir du moment où il n’y a pas d’interdiction pour le sujet de se présenter sur une compétition donnée.

« Les Jeux de 2012 seront plus difficiles »
Comment l’amener sans traumatisme jusqu’aux Jeux Olympiques ?

Pour le cas de Thomas Daley, c’est vraiment particulier. En Angleterre, ils ont mis en place un système de détection-sélection dans toutes les écoles proches de centres d’entraînement. Il y en a cinq. Les enfants passent par un premier filtre à travers des exercices et des compétences techniques (souplesse, détente…). Le deuxième filtre auquel ils sont soumis est l’œil de l’expert. Il peut donc y avoir un jeune qui ne passe pas par ces filtres de sélections mais que l’entraîneur retient parce qu’il possède un gabarit qui correspond au plongeon. Dans le cas de Daley, ils sont tombés sur ce petit jeune qui, dès les premiers passages en piscine, a démontré qu’il avait quelque chose de plus que les autres. Les entraîneurs responsables de Thomas sont entrés en contact avec Michel Larouche, l’entraîneur d’Alexandre Despatie, vainqueur des Jeux du Commonwealth à 13 ans. Ensemble, ils ont essayé de lister un certains nombres de choses pour tenter de prévenir tout ce qui pourrait l’atteindre. Les parents sont encadrés, il est suivi psychologiquement. Il est également suivi d’un point de vue diététique parce que, dans la famille, il y a des tendances à prendre du poids. Sur chaque compétition sur laquelle il se déplace, il est parrainé par un athlète de son équipe qui est chargé de lui montré où il faut aller, ce qu’il faut faire…

Comment voyez-vous sa virée à Pékin ?

Je pense que, comme il est jeune, il est un peu innocent par rapport à tout ce qu’il peut véhiculer en termes d’image. Les prochains Jeux à Londres seront beaucoup plus difficiles plus lui. Il aura plus d’expérience, plus de maturité et il sera chez lui. Dans quatre ans, ce sera encore plus phénoménal que ce soit lui, l’Anglais, qui soit porteur de médaille alors que là, aujourd’hui, en Chine, c’est plutôt un outsider. Les Chinois dominent tellement la discipline qu’on sait quasiment qu’ils vont être sur les deux premières marches du podium.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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