8 avril 2008

Mesdames et messieurs de La Presse internationale, je vous remercie d'être venus en si grand nombre. Ah, tiens, j'aperçois le correspondant de CNN, qui entre dans la salle. Welcome, Anderson.
Alors sans plus tarder, je vous le confirme les rumeurs: je vais boycotter les Jeux olympiques de Pékin. Pas de chronique, pas de blogue: je n'aborderai pas le côté festif ou sportif de ces Jeux, avant, pendant ou après. Compte tenu du nombre de mots que j'écris en une semaine, vous pouvez parler, collègues, d'un boycottage massif.
D'abord, je ne connais rien au lancer du marteau ou au 400 mètres haies féminin. Ensuite, ces Jeux forment une vitrine qui sera utilisée sans vergogne par la Chine à des fins politiques. Je vais donc faire ma part, en soulignant régulièrement, par exemple, le visage répressif de ce régime: journalistes et blogueurs emprisonnés, dissidents arrêtés et Tibétains matraqués, par exemple.
Je vais maintenant répondre à quelques questions. Patrick ?
Patrick Poivre d'Arvor, TF1: La solution ne réside-t-elle pas dans un boycottage pur et simple, par l'Occident, de ces Jeux ?
PL: Je suis du bord des athlètes sur cette question: ils seraient les seuls punis par un boycottage des Jeux de Pékin. En fait, je serais en faveur d'un boycottage de Pékin si on boycottait aussi tous les produits Made in China. Mais si on faisait cela, tout le monde dans cette pièce serait à poil. De toute façon, quels boycottages fonctionnent vraiment ? L'Ouest a boycotté les JO de Moscou. Résultat: les Russes sont restés en Afghanistan. Et le Canada a continué à vendre son blé aux Russes !
Par ailleurs, M. PPDA, bravo aux Français d'avoir foutu le bordel à Paris, hier, au passage de la flamme olympique. Vive la France !
Michel Villeneuve, CKAC Sports: Patrick, les athlètes sont-ils en droit de pratiquer leur sport en Chine sans être déconcentrés par la maudite bullshit politique ?
PL: Michel, tu le sais: la vie est politique. Et les athlètes, cet été, vont être figurants dans une mise en scène politique planétaire qui vise à glorifier un régime répressif. Le metteur en scène, c'est la dictature chinoise. Je dois te dire que je suis un peu tanné d'entendre les athlètes bougonner à propos de la politisation du sport. Ces JO sont politiques.
Alexandre Despatie, plongeur, future personnalité médiatique: Mais Patrick, enfin, que devraient faire les athlètes, à ton avis ?
PL: Merci de me poser la question, Alexandre. Si j'étais un athlète ? C'est simple: pendant les cérémonies d'ouverture et de fermeture, j'afficherais une tête d'enterrement. Pas de sourires. Pas de bye-bye à la caméra de NBC. Je défilerais comme un soldat chinois en parade: stoïque, l'air grave, coincé. On ne danse pas lorsqu'on visite une prison. Et la Chine est une sorte de prison. Mon fantasme pékinois, c'est ça. Un défilé d'airs bêtes.
Daniel Leblanc, Globe and Mail: Tu demandes aux athlètes de laisser leur bonne humeur de côté, quoi ?
PL: Je vais citer Hu Jian, un dissident chinois. Jian a dit à l'intention des étrangers qui seront à Pékin: «Vous ne savez peut-être pas que cet enthousiasme, ces sourires, cette harmonie et cette prospérité sont fondés sur l'injustice, les larmes, l'emprisonnement, la torture et le sang .» Peu après, Hu Jian a été emprisonné pour réfléchir à ses vilaines paroles. Alors allez-y gagner des médailles à Pékin, chers athlètes. Mais boycottez avec votre bouche: pas de sourires. Et si vous êtes braves, dénoncez...
Alexandre Despatie: Mais qu'en pensera mon commanditaire ? Il n'aimera pas ça, me voir à la télé, sans sourire, il aime me voir sourire, mon commanditaire...
PL: Je ne sais pas, Alexandre, tu lui diras que t'as attrapé une gastro. Ou que t'as mangé un Big Mac avarié.
Anderson Cooper, CNN: Goddam it ! Does anyone speak English ?
(Interruption de) Paul Larocque, TVA: Patrick, tu ne crois pas sérieusement que ton petit boycottage personnel va faire trembler la Chine? Tu n'es qu'un obscur journaliste.
PL: Très juste, Paul. Je ne suis ni Pierre Bruneau ni Claude Poirier, mon influence sur les choses, grandes et petites, est modeste. Mais pour reprendre une métaphore écolo pleine de bons sentiments, que j'haïs par ailleurs mais que je recycle ici, Paul: chaque petit geste compte.
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