13 avril 2008
Il serait désastreux que les manifestations actuelles pertubent la participation des sportifs aux Jeux de Pékin
Anne Montminy
Plongeuse, l'auteure a participé trois fois aux Jeux olympiques.
Elle a gagné deux médailles aux Jeux de Sydney en l'an 2000.
Elle est actuellement avocate à New York,
où elle habite avec son mari et ses deux enfants.
Il faut se le rappeler : pour la plupart des athlètes, les Jeux olympiques représentent la seule occasion où ils pourront briller aux yeux du public. Une fois tous les quatre ans seulement, les sportifs d'élite peuvent faire la démonstration des habiletés qu'ils ont acquises pendant leurs nombreuses années d'entraînement. Aujourd'hui, d'autres personnes profitent de cet événement unique pour être vues et entendues du monde entier : le relais de la flamme olympique se transforme en plateforme de protestation contre les violations des droits de l'homme en Chine.
Même s'ils ne sont pas athlètes, j'ai de la sympathie pour les manifestants. Des Tibétains en exil ont manifesté hier à New Delhi contre l'intervention de la Chine au Tibet. Ils utilisent les Jeux olympiques avec toute la passion et la rage qu'ils ressentent à l'égard de ce qui se passe en Chine. Ils en font leur scène, leur moment dramatique dans l'opinion publique. Le relais de cette torche symbolique dans 21 pays, ce « voyage de l'harmonie » est en effet un levier de premier ordre pour faire pression sur les Chinois. En tant qu'ancienne athlète, je ne suis pas offensée par ceux qui, sans violer la loi, expriment leurs opinions. I1 serait cependant désastreux que ces manifestations débouchent sur un boycott et perturbent la participation des sportifs aux Jeux.
Je penserais évidemment différemment si je considérais les Jeux olympiques, à leur base, comme quelque chose de plus qu'un événement sportif et si je croyais qu'un boycott puisse provoquer des changements positifs dans un pays. Les boycotts des années 80 nous ont montré qu'il ne faut pas déposséder les athlètes de leur chance d'entrer en compétition avec les meilleurs de leur discipline. C'est l'unique leçon à retenir car en fin de compte, les Jeux olympiques ne sont qu'un événement sportif. Si les JO réunissent plus de pays que les Nations unies ne comptent de membres, s'ils peuvent transcender les graves problèmes du jour, c'est précisément parce qu'il s'agit uniquement d'un événement sportif.
Quand ils signent leur contrat d'athlète avec leur Comité olympique national, les athlètes doivent accepter et garder à l'esprit que le sport - et non la politique - est au centre des Jeux. En signant ce contrat, ils s'engagent à respecter la Charte olympique dont la règle 51, paragraphe 3, stipule qu'« aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n'est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique ».
J'espère que pendant les Jeux, tout le monde va accepter, tout comme les athlètes doivent le faire, de se concentrer uniquement sur le sport. Utiliser le relais de la flamme olympique pour faire passer un message politique est une chose, perturber le déroulement des compétitions en serait une autre. Si on le faisait, on s'en prendrait aux buts et aux rêves des athlètes du monde entier.
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