9 avril 2008

« Je suis étonnée de l'intensité que ça prend »

Comme Heymans, Despatie déplore la violence sur le parcours de la flamme olympique

Alexandre Despatie et Émilie Heymans se disent attristés par la violence qui a ponctué, récemment, le parcours de la flamme olympique, entre autres à Paris.

« Je comprends que des personnes soient fâchées et qu'elles veuillent exprimer leur colère, expliquait hier Despatie, qui en sera à ses troisièmes Jeux olympiques à Pékin, en août, où il sera d'ailleurs un grand espoir de médaille pour le Canada. Je savais bien que le passage de la flamme serait une belle occasion de manifester. Ce que je déplore, c'est que ça se fasse de plus en plus dans la violence.

« Je crois fermement que les gens ont droit à leur opinion, a-t-il précisé. Mais devenir violent, c'est pousser un peu la limite. Je ne suis pas surpris que ces manifestations se produisent, mais je suis étonné de l'intensité qu'elles prennent. »

Même son de cloche du côté de Heymans, aussi un espoir de médaille à Pékin.

« C'est bien que les gens expriment leur opinion, mais quand je vois que c'est fait dans la violence, je trouve ça un peu triste, a-t-elle déclaré. Le sport, c'est censé être une fête. Utiliser ça pour manifester, d'accord, peut-être, mais par la violence, je trouve ça dommage. »

Une certaine évolution
Heymans et Despatie, qui participeront, le mois prochain, à la Coupe Canada de plongeon à Montréal, vont régulièrement en Chine depuis des années pour y prendre part à des compétitions. Au fil des voyages, ils affirment y avoir perçu une certaine évolution.

« J'y suis allée souvent au cours des quatre dernières années et, durant cette période, la communauté chinoise m'a semblé s'ouvrir davantage, a expliqué Heymans. Sur le plan de l'hygiène, par exemple, j'ai remarqué de grands changements justement parce que les Jeux s'en venaient.

« À mon avis, la meilleure façon d'aider les Chinois, c'est de participer aux Jeux afin qu'ils s'ouvrent encore davantage au reste de la planète. »

Despatie a aussi parlé de son expérience personnelle auprès des Chinois.

« À mon premier voyage là-bas, je venais d'avoir 12 ans, a-t-il raconté. Je me souviens que les plongeurs chinois étaient très réservés, que leur encadrement était très strict et qu'ils n'avaient pas l'air d'avoir beaucoup de plaisir à pratiquer leur sport.

« Maintenant, j'ai plein d'amis là-bas, a-t-il ajouté. D'ailleurs, l'un d'eux va se marier bientôt et je vais assister à la cérémonie. Maintenant (en compétition), ils parlent et rient avec nous. »

Pas inquiet... encore
Quant à un évenuel boycott du Canada, Despatie ne s'en fait pas trop pour l'instant.

« Ça ne m'inquiète pas encore, a assuré le plongeur de Laval. Je continue de croire que les Jeux sont une occasion, pour les peuples, de se rapprocher. »

Despatie et Heymans, entre autres plongeurs canadiens, prendront part à la Coupe Canada de plongeon, du 1er au 4 mai, à Montréal. Plusieurs plongeurs chinois de haut calibre y participeront aussi.


9 avril 2008

La démocratie n'est pas un café instantané

Après avoir pris l'autobus à Paris, la flamme olympique essaiera aujourd'hui de se frayer un chemin à San Francisco, seule et unique escale américaine de ce drôle de «voyage de l'harmonie», comme le nomment les organisateurs chinois. Déjà, le slogan «Free Tibet» a été hissé bien haut sur le pont du Golden Gate. Des acteurs hollywoodiens, Richard Gere en tête, ont sorti leur porte-voix pro-Tibet. Et surfant sur la vague, Hillary Clinton et d'autres réclament le boycottage de la cérémonie d'ouverture des J.O.

N'y a-t-il pas là un soupçon d'hypocrisie? J'ai eu l'occasion d'en discuter hier avec Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques de Paris. Ce spécialiste de géopolitique était de passage à Montréal dans le cadre des grandes conférences Gérard-Parizeau de l'Université de Montréal. Il vient de publier avec l'ex-ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine L'atlas du monde global (Armand Colin/Fayard), un ouvrage d'une limpidité remarquable qui contient une section fascinante où l'on propose aux lecteurs de voir le monde du point de vue des «autres», qu'ils soient chinois, indiens, islamistes ou brésiliens.

Il se trouve que Pascal Boniface est aussi passionné de géopolitique que de sport et a publié plusieurs ouvrages sur les liens entre l'un et l'autre. Il suit avec intérêt le vacillement de la flamme olympique, la récupération qui est en faite et l'indignation à géométrie variable qu'elle révèle. Que pense-t-il des appels au boycottage? «Il y a une très grande hypocrisie à dire qu'il est inadmissible d'aller courir une compétition en Chine, mais que l'on peut par contre lui acheter des jouets, des chaussures et lui vendre des centrales nucléaires et des avions», note-t-il d'emblée. Pour être efficace, le boycottage devrait être complet et quasi unanime. Quand on invoque l'efficacité du boycottage sportif qui aurait fait tomber l'apartheid en Afrique du Sud, on oublie que c'est surtout le boycottage économique, suivi par les États-Unis sous la pression du caucus noir, qui a fait tomber le régime. Être exclu du rugby dans un pays où c'est le sport-roi des Blancs, c'est une «baffe», bien sûr. Mais cela ne suffit pas.

Cela dit, la Chine, ne serait-ce que par sa taille, n'est pas l'Afrique du Sud. Le boycottage, même complet, y serait contre-productif. Le pays se replierait sur lui-même et, loin du regard extérieur, aurait les mains libres pour réprimer encore davantage les droits de l'homme, croit Pascal Boniface.

Que faire, alors ? Surtout ne pas tomber dans l'illusion voulant que les droits de l'homme puissent progresser en Chine par injonction de l'Occident. « C'est une vision quand même un peu coloniale de dire que l'on va apporter la civilisation, les droits de l'homme à des pays qui n'en bénéficient pas. Il faudrait d'abord balayer devant notre propre porte et voir les imperfections de nos propres régimes. Nous ne sommes pas toujours aussi vertueux que nous le pensons nous-mêmes. »

Aider les démocrates qui se battent en Chine, oui. Se poser en donneurs de leçons, non. « Si nous apparaissons comme des donneurs de leçons, nous ferons le jeu de ceux que nous critiquons. Nous ferons le jeu des plus crispés des dirigeants chinois. »

La démocratie n'est pas un café instantané, rappelle Pascal Boniface, à ceux qui pensent qu'un seul coup de baguette magique pourrait tout régler. « Dans nos propres pays, la démocratie n'est pas arrivée imposée de l'extérieur. Elle est arrivée par la construction d'un processus politique intérieur qui s'accompagnait notamment d'un développement économique amenant une scolarisation et une conscientisation. »

D'un point de vue stratégique, comment expliquer que le régime chinois ait choisi d'emprisonner la semaine dernière Hu Jian, un de ses plus célèbres dissidents, alors que les caméras du monde étaient déjà braquées sur lui ? « On voit que les régimes répressifs n'ont pas une très grande intelligence de la démocratie d'opinion. Par définition, ils sont face à quelque chose dont ils commencent à prendre conscience mais qu'ils ne savent pas gérer. Il fut un temps où le régime chinois ne tenait aucun compte des réactions internationales. Aujourd'hui, il en tient compte, mais avec une telle maladresse que cela nuit à sa cause. Quand il organise un voyage au Tibet de journalistes internationaux, il le fait de telle façon que ça se retourne contre lui. »

Parlons-en du Tibet. De tous les peuples opprimés, le peuple tibétain est certainement celui qui obtient le plus fort soutien symbolique. Pourquoi? «Il y a un fait objectif qui est la répression militaire et culturelle au Tibet. Je ne veux pas la nier. Mais on voit bien que selon qui réprime, on n'a pas la même indignation», souligne le géopolitologue. Au-delà du fait objectif, il y a aussi bien sûr l'aura du dalaï-lama, la popularité de ses enseignements dans un monde matérialiste en quête de spiritualité. Tout ça est très in aux yeux de vedettes d'Hollywood et de bourgeois-bohèmes qui, voulant donner un sens à leur vie, se sentent en phase avec le peuple tibétain. On notera quand même au passage que les paysans chinois réprimés, dont le sort n'est pourtant pas plus enviable que celui des Tibétains, n'ont pas le droit à la même empathie. Pas de bannière sur le Golden Gate pour eux. Pas de vedettes qui déchirent leur chemise. Deux poids, deux bannières.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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