28 janvier 2008
Pékin a dévoilé lundi l'une des stars de ses prochains jeux Olympiques, une piscine aux formes étonnantes dotée d'une capacité de 17 000 places, qui accueillera les épreuves de natation des JO-2008 (8-24 août).
Le Centre aquatique national, aussi connu sous le nom de "Cube d'eau", a nécessité quatre années de construction et coûté quelque 200 millions de dollars, principalement payés par des Chinois vivant à l'étranger.
La structure cubique, abritant trois bassins - un de trois mètres de profondeur, un pour l'échauffement et un pour les épreuves de plongeon -, est faite d'une armature en acier et d'une membrane en plastique imitant le téflon, qui ressemble à des bulles d'eau et donne à l'ensemble son surnom.
Son design contraste avec celui d'un autre site olympiques situé à proximité, le Stade national, surnommé "Nid d'oiseau", une structure incurvée faite de poutres enchevêtrées, dont l'inauguration est prévue pour avril ou mai.
"Je suis très ému et très fier", a déclaré Li Aiqing, le président de la compagnie publique Asset Management, propriétaire de la nouvelle piscine, lors de sa cérémonie d'inauguration.
"C'était un projet très ambitieux en termes de conception, et un défi encore plus difficile à relever au niveau de la construction", a-t-il ajouté.
La coque de la structure, censée aider à la protection de l'environnement, utilise les rayons du soleil pour fournir de la chaleur et de la lumière, réduisant ainsi les dépenses d'énergie de 30%, selon le Comité d'organisation des JO-2008.
La médiocre qualité de l'air de Pékin a cependant été manifeste lors de cette cérémonie puisque certaines parties du complexe étaient recouvertes d'une pellicule de poussière tandis que des résidus de saleté étaient visibles sur la membrane interne du toit.
"Aujourd'hui, c'est un peu sale à cause de tous les travaux de construction aux alentours, a expliqué Li Aiqing. Mais cela sera plus présentable après une séance de nettoyage."
Le "Cube d'eau", qui accueille à partir de jeudi l'Open de Chine de natation pendant six jours, abritera les épreuves de natation, de plongeon, de natation synchronisée et de water-polo durant les J0-2008 et 42 médailles y seront décernées.
Cette inauguration est intervenue une semaine après l'ouverture d'une enquête, à la suite d'allégations du Sunday Times, qui avait indiqué que des responsables avaient payé de fortes sommes d'argent pour acheter le silence des familles d'ouvriers décédés sur les sites en construction.
Yi Zhun, le manageur général de l'équipe de construction du complexe aquatique, a souligné qu'aucun ouvrier n'était mort durant sa construction et a qualifié de rumeurs les décès supposés sur le chantier du "Nid d'oiseau."
Le gouvernement chinois a cependant reconnu lundi que six ouvriers avaient trouvé la mort lors de la construction des sites qui accueilleront les Jeux, dont deux sur le chantier du Stade national, l'un en 2006 et l'autre en 2007.
L'organisation des JO-2008 a entraîné la construction ou la réhabilitation de 37 sites, 31 d'entre eux étant situés à Pékin, principalement dans le nord de la ville.
Valeurs actuelles, 25 janvier 2008
À six mois de l’ouverture des jeux Olympiques, les travaux en cours sont un enjeu stratégique. On n’y accède que dûment encadré. Sauf pour cette visite non autorisée, à la rencontre des forçats du stade national.
Jordan Pouille
Les Pékinois la surnomment “Niao Chao” – “le nid d’oiseau” – cette immense armature d’acier de 32 000 tonnes, qui sera capable d’accueillir quelque 91 000 spectateurs. Quand le vent est favorable, la structure diffuse un étrange bruit métallique que l’on peut entendre à une dizaine de kilomètres, jusqu’au palais de la Cité interdite.
Ce bruit hors norme témoigne de l’intense activité qui règne dans les entrailles boueuses du futur Stade national où se déroulera la cérémonie d’ouverture des jeux Olympiques 2008, le 8 août prochain à 20 heures – le 08.08.08 à 08 heures –, le chiffre 8 étant le symbole de la prospérité en Chine.
À Pékin et dans les environs, les chantiers lancés pour les JO sont multiples. Au stade géant de Pékin s’ajoutent le village des athlètes, le bâtiment des médias, le gymnase et l’immense piscine olympique. Toutes ces installations sont dissimulées derrière une haute muraille de palissades bleues, au nord de la ville, entre les périphériques 4 et 5. Ce chantier olympique est un enjeu stratégique national. Il s’étend à perte de vue, placé sous la surveillance étroite de vigiles en uniforme. Le comité d’organisation des JO a même demandé que soient surveillés tous les immeubles voisins pour empêcher les curieux d’apercevoir le chantier depuis l’extérieur. Pour pénétrer dans l’enceinte sans autorisation officielle, sans guide mandaté par le comité olympique, il faut négocier avec chaque gardien, flatter son ego, offrir une cigarette, acquitter un “péage”. Un vigile propose une solution pour la visite non autorisée que je veux faire : « Je ne peux pas vous laisser accéder. Ici, c’est mon territoire mais si vous passez par-dessus le muret à côté, ça ne me pose aucun problème. » Cette fois, je suis passé. À l’intérieur, deux “complices” m’attendent. Ils sont lycéens. Leur oncle est ingénieur et travaille sur place. Ils ont leurs entrées et en profitent. Le casque de chantier est obligatoire. Ce sont de vieilles coques fissurées qui seraient réformées aussitôt en Occident. J’arrive à en récupérer une après une heure de palabres. Il faut aussi des baudriers pour accéder jusqu’au toit du stade. J’en enfilerai un en émargeant sur le carnet d’un énième gardien, amusé par le loawai (l’“étranger”) un peu casse-cou.
Tapissé d’impressionnants échafaudages de longs bambous, truffé de grues et de pelleteuses, le Stade national est le joyau du site olympique de Pékin. Plus de huit mille ouvriers travaillent dans cette ruche, jour et nuit. Pour la plupart originaires du nord du Henan, ces forçats ont quitté leurs champs et les mauvaises récoltes à répétition pour gagner la capitale et s’improviser maçon, soudeur ou manutentionnaire, le temps de la préparation des Jeux. « Douze heures par jour, six jours sur sept, explique Junle, grutier de 51 ans. C’est pour arriver à nourrir la famille ».
Devant ses collègues adolescents, Junle ose à peine murmurer son salaire. C’est seulement à l’abri des regards qu’il montre son bulletin, un petit bout de papier sur lequel est griffonné 50 RMB par jour (5 euros), sans compter les 8 RMB (80 cents) directement prélevés par les autorités pour payer la cantine. Il gagne donc un peu plus de cent euros par mois, en dessous du salaire minimum en vigueur à Pékin. Mais c’est une belle somme pour ces gong ren (ouvriers migrants).
Ils ne voient leur famille qu’une semaine par an, pendant les festivités du nouvel an. La télévision régionale tente de soutenir le moral, façon propagande communiste : « Les travailleurs du Henan sont très fiers d’être la principale communauté à œuvrer dans le Stade national. » Beaucoup voudraient repartir à la campagne, tant le travail est dur. Mais la paye les fait rester et ils sont coincés, constamment surveillés par les chefs d’équipe qui redoutent les retards et durcissent les délais. Le stade devrait être achevé en mars 2008.
Entre les chantiers, au milieu d’un terrain ravagé par les bulldozers, des dizaines de préfabriqués blancs hébergent les contremaîtres et les vigiles. Ces logements d’appoint offrent un confort des plus spartiates. Il n’y a pas d’eau courante ni de chauffage. Je compte douze lits superposés dans chaque conteneur. Les ouvriers sont à part, cantonnés aux abords du chantier. Beijing Chengjian, maître d’œuvre du site olympique, les loge dans des immeubles de bureaux loués et convertis en dortoirs. Cette société compte déjà à son tableau de chasse l’aéroport international de Pékin, la nouvelle tour CCTV, le Théâtre national ou le réaménagement de la place Tianan men.
Tous les matins, dès 5 heures 30, les ouvriers quittent leurs immeubles dortoirs par vagues successives. Après un bref arrêt à la cantine pour remplir leur gamelle de chao fan (riz cuisiné) et leur Thermos d’eau chaude, ils rejoignent la boue du chantier. Insensible aux premiers coups de marteaux-piqueurs, Xialong, 17 ans, dort encore. Il appartient à l’équipe de nuit du Stade national. Comme il est mince et agile, son chef l’a muté sur le toit du stade, où il travaille à soixante-dix mètres de hauteur.
Xialong me dit qu’il est furieux. Hier soir, un vigile l’a surpris sur le chantier sans son casque. Alerté, son chef lui a immédiatement infligé une amende de 200 RMB (20 euros), soit quatre jours de travail en moins sur sa prochaine paye. Faute de syndicat, Xialong n’a aucun recours. Cet excès de zèle étonne. Rares sont les entreprises sous-traitantes qui fournissent les gants et les chaussures de chantier à leurs ouvriers. Même sous la pluie, Xialong travaille à mains nues et en baskets.
Avec quarante camarades du même âge, en équilibre instable au sommet du stade balayé par un vent glacial, le jeune ouvrier est chargé de souder l’armature métallique qui supportera de larges panneaux lumineux servant à afficher les résultats sportifs. La cadence est soutenue jusqu’au repas de 21 heures. Il retournera ensuite sur son dangereux perchoir pour en redescendre après minuit.
Les jours fériés et les vacances sont un luxe inconnu. Certains ouvriers ignorent même quand se termine leur contrat. Ils ne sont sûrs que d’une chose : leur durée quotidienne de travail dépasse de très loin les sept heures par jour annoncées par l’agence de presse Xinhua. L’été dernier, elle avait décrit les conditions “idéales” du chantier olympique, au grand étonnement des ouvriers : « Le gouvernement prévoit des boissons fraîches et des glaçons pour désaltérer les ouvriers quand il fait trop chaud, avec des pauses déjeuners de trois heures pour éviter de les faire travailler sous la canicule… »
Les affiches rappelant les règles élémentaires de sécurité sont punaisées jusque dans les douches des ouvriers et les accidents du travail sont un sujet tabou. Officiellement, trois mille inspecteurs des travaux s’assurent de la sécurité des sites. Les pompiers du Stade national sont formels : « Pas d’accident majeur en deux ans. » Ce matin, l’équipe d’intervention est allée éteindre un feu de matelas causé par un chauffage d’appoint défaillant. Une broutille depuis l’accident du 1er avril : six ouvriers avaient été ensevelis dans l’effondrement d’une portion du tunnel de la nouvelle ligne de métro qui déposera les visiteurs à l’intérieur du site. Cet “incident” fut passé sous silence avant d’être finalement reconnu par les autorités.
Un autre grand chantier près du stade a suscité pendant des années toute l’attention des ouvriers : le Sui Li Fang, ou “Cube d’eau”, l’immense piscine olympique au design futuriste, financée par de riches expatriés chinois. Le bâtiment a été achevé en décembre dernier. Cette structure en acier et Téflon a été imaginée par des architectes australiens. Lors de la présentation aux télévisions occidentales, de fiers travailleurs avaient proclamé leur impatience joyeuse avant l’ouverture des Jeux : « C’est ça qui nous fait avancer. »
Affairés à l’aménagement des bassins, ils ont travaillé dans l’obscurité et la poussière, sous un amoncellement de poutres métalliques et d’échafaudages. De temps en temps, des vigiles signalaient leur présence en éclairant le visage des ouvriers avec leur lampe torche. On les entendait aussi hurler de leur mirador : « Laowai bu de jinru ! » (“Les étrangers ne sont pas admis !”)
Chaque jour vers 17 heures, sur le chantier du stade, on assiste à un manège de berlines aux vitres teintées. Ce sont des ingénieurs et des membres du gouvernement qui viennent s’assurer de l’avancement des travaux. Cela ne perturbe en rien les milliers d’ouvriers, plus préoccupés par la forte odeur de poivre que répand la cantine, annonciatrice de la fin d’une nouvelle journée de travail.
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