19 septembre 2007


L'excellent travail de Sylvie Bernier comme adjointe au chef de mission aux Jeux d'hiver de Turin, en 2006,
a été remarqué et voici maintenant la médaillée d'or de 1984 à la tête de l'équipe canadienne en vue des JO de Pékin.
photo : Martin Chamberland

« Il faut qu'on soit à la hauteur »

Vélo, natation, ski de fond. Sylvie Bernier se prépare avec le plus grand sérieux pour son rôle de chef de mission du Canada aux prochains Jeux olympiques de Pékin. S'exposant parfois aux taquineries de ses trois adolescentes, l'ex-plongeuse s'entraîne quotidiennement afin d'être fin prête pour le jour J, le 8 août 2008, date de la cérémonie d'ouverture.

« On demande l'excellence et la performance aux athlètes. C'est ce que je demande aussi à mon équipe de soutien. C'est un privilège d'être là. Il faut qu'on soit à la hauteur. Donc, je leur dis de se faire un programme d'entraînement, de nutrition, de sommeil », insiste Bernier, interviewée quelques semaines avant qu'elle ne s'envole vers Pékin en vue d'une importante réunion de tous les chefs de mission un an avant le début des JO.

Sylvie Bernier, le plongeon, la Chine La combinaison semble aller de soi. Pourtant, Bernier n'avait jamais mis les pieds en Chine avant un voyage préparatoire en novembre. Après trois décennies de boycott et de repli, les athlètes chinois ont effectué leur retour aux Jeux olympiques à Los Angeles, en 1984.

Alors âgée de 20 ans, Bernier avait causé la surprise au tremplin de trois mètres en s'imposant devant ses rivales chinoises et américaines. L'athlète originaire de Sainte-Foy est d'ailleurs la dernière non-Chinoise à être montée sur la plus haute marche du podium dans cette épreuve aux JO.

Ce n'est qu'à partir de 1985 que les plongeurs étrangers ont été invités à prendre part à des compétitions en sol chinois. Bernier avait déjà pris sa retraite sportive pour se consacrer à ses études en administration des affaires et à sa future carrière professionnelle. « Quand j'ai pris ma retraite, je me suis dit qu'un jour, j'irais en Chine », se souvient Bernier, qui a assisté à cinq Jeux olympiques à titre de reporter et de commentatrice pour TVA, Radio-Canada et CKAC.

L'occasion s'est présentée en juillet 2001 quand le Comité international olympique a octroyé les Jeux de 2008 à Pékin au détriment de Toronto.

Bernier a sauté sur le téléphone pour offrir ses services au Comité olympique canadien (COC), peu importe la fonction. Un poste d'adjointe au chef de mission lui a été proposé pour les Jeux d'hiver de Turin, en 2006.

Son excellent travail en Italie a été remarqué et voici Bernier à la tête de l'équipe canadienne en vue des JO de Pékin, un événement qui promet de surpasser les frontières du sport.

Le défi est de taille et Bernier a choisi de le relever en famille, avec son mari et ses trois filles, Catherine, 16 ans, Annabelle, 14 ans, et Florence, 12 ans. « Dans ce rôle, j'aurais pu aller aux Jeux olympiques quand mes filles étaient beaucoup plus jeunes. Mais je voulais vraiment qu'on vive ça en famille. J'attendais donc que mes filles soient adolescentes. C'est la première fois que mes enfants vivront les JO. »

Catherine, l'aînée, s'est même mise au mandarin, sous le regard amusé de sa mère. Son but : être capable de négocier des prix avec les marchands chinois. Catherine a pu mettre ses nouvelles connaissances linguistiques en pratique au cours d'un périple familial dans le sud de la Chine, le mois dernier. Grande voyageuse, Sylvie Bernier voulait découvrir le pays et le peuple chinois avec sa famille avant la période des Jeux, où le temps lui manquera assurément.

Parce que les choses ont bien changé depuis 1984. « C'est le jour et la nuit ! s'esclaffe Bernier. Moi, je m'en allais avec mon coach, on était seuls dans l'avion. On prenait l'autobus pour se rendre sur le site. Tu arrivais là et tu ne connaissais personne. »

Aujourd'hui, le COC s'assure que tous les athlètes soient encadrés et informés plusieurs mois avant le début des Jeux. La Série excellence, née avant les JO de Turin, permet aux athlètes de se rencontrer, de discuter de leurs préoccupations et d'assister à des séminaires dans un contexte moins contraignant et stressant que celui des compétitions.

« On veut qu'ils se sentent en famille aux Jeux, qu'ils s'encouragent les uns les autres, explique le chef de mission. Il y a eu une réunion de la Série excellence en novembre et je pense que le taux d'appréciation était de 99%. Les athlètes sont sortis de là emballés, pompés et contents. On veut garder ce tempo jusqu'à la cérémonie de clôture. »

Résolument tourné vers la performance depuis la quasi-débâcle des Jeux d'Athènes, le COC travaille aussi en permanence avec les fédérations nationales de sport. Ainsi, les informations colligées par l'équipe de spécialistes du COC (météorologue, nutritionniste, physiologistes, scientifiques du sport, etc.) sont partagées.

Pour éviter les mauvaises surprises, la presque totalité des athlètes pressentis pour Pékin auront déjà visité la capitale chinoise au moment d'écrire ces lignes. Ainsi, le nageur Brent Hayden, cochampion du monde du 100 mètres libre, revient d'un séjour d'une dizaine de jours à Pékin avec son entraîneur et un scientifique du sport. On cherchait à mesurer ses réponses physiologiques à la chaleur et à la pollution atmosphériques.

Bernier applaudit ce changement de cap du COC. Elle est persuadée que les attentes supplémentaires découlant de cette nouvelle orientation n'étoufferont pas les athlètes. « Ils sont habitués à ça. Par définition, un athlète veut gagner. Il n'y en a pas un qui s'entraîne 30-35 heures par semaine depuis 10 ou 15 ans et qui se contente d'une 25e position. Son but, c'est de gagner. Les athlètes vivent avec la pression au quotidien. Je pense qu'ils s'en imposent plus que ce qu'on leur demande. »

Le chef de mission est prêt à montrer la voie.


19 septembre 2007


Amie de la famille Despatie, Sylvie Bernier est celle
qui a dirigé Alexandre vers le club de plongeon CAMO.
photo : Martin Chamberland

La cerise sur le gâteau

Médaillée d'or au tremplin de trois mètres à Los Angeles en 1984, Sylvie Bernier est la seule Canadienne à être montée sur la plus haute marche du podium en plongeon aux Jeux olympiques. Elle a donc une très bonne idée du genre de défi auquel s'attaquera Alexandre Despatie dans un an.

Amie de la famille Despatie, Bernier est celle qui a dirigé Alexandre vers le club de plongeon CAMO, au Centre Claude-Robillard, alors que le prodige en devenir n'était âgé que de 4 ou 5 ans. Deux ans plus tard, elle est presque tombée à la renverse en voyant, par hasard, Despatie s'exécuter sur le tremplin. « Il était vraiment, vraiment doué », se souvient Bernier en racontant l'anecdote.

Depuis, l'ex-plongeuse suit de près la carrière du jeune surdoué. Au fil des années, les familles sont restées proches. Despatie a même gardé les trois filles Bernier à l'occasion. Quinze ans plus tard, Bernier accompagnera Despatie à Pékin comme chef de mission de l'équipe canadienne.

« C'est sûr que pour moi, c'est spécial, convient Bernier. Le plongeon est un sport national en Chine. C'est aussi fort que le tennis de table. Ça va être vraiment particulier. »

Bernier rêve de voir Despatie déjouer les plans de balayage des Chinois et mériter l'or.

« C'est sûr qu'Alexandre veut gagner. J'aimerais ça aussi, reconnaît-elle. En quelque part, je suis la seule médaillée d'or en plongeon. C'est sûr que j'aimerais partager ça avec Alex Mais je ne veux pas lui mettre de pression ! Mais il le sait lui-même. C'est certain qu'Alex a le potentiel. Et c'est sûr que pour moi, ce serait la cerise sur le gâteau. »



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