18 mars 2007

Miroir, miroir, qui est le plus beau ?

Lilianne Lacroix

Ils sont bons, ils sont capables, mais surtout, ils sont beaux. Ah ! ce qu'ils sont beaux ! De tous temps, les corps des sportifs ont provoqué l'admiration et l'envie des mortels plus ordinaires. Quelques siècles avant Jésus-Christ, Myron a trippé sur un discobole. Mais de nos jours, avec la multitude de disciplines, quel sport, véritablement, sculpte les plus beaux corps ?

Quelques éminents observateurs de la chose sportive, médecins sportifs, journalistes, photographes, animateurs de télévision, ont bien voulu se livrer à cet exercice, éminemment subjectif, et nous faire part de leurs conclusions : quels sont les sports forgeurs de l'esthétique idéale.

Sous une forme un peu différente, Paul Houde, animateur, comédien et passionné de sports, s'était déjà posé la question dans le cadre de l'émission Deux filles le matin où il livre une chronique sportive.

Si vous pouviez, le temps d'une journée, vous glisser dans la peau d'une personne dont vous admirez particulièrement le physique, qui choisiriez-vous ? Le trip esthétique ultime, quoi ! Alors que les filles optaient plutôt pour des actrices ou des mannequins, lui avait déjà sa réponse toute trouvée : le perchiste Sergei Bubka. « Selon moi, il a le corps parfait : 6'1, 6'2, un aspect un peu félin. Le saut à la perche le force à travailler à la fois vitesse et musculature, ce qui se traduit par l'esthétisme du corps. Longtemps, j'avais gardé une photo de lui. Cambré, en position de bascule, non mais, regardez-moi ce corps-là ! »

Si on le lui offrait pour aller draguer une soirée, il ne cracherait pas non plus sur une enveloppe sculpturale comme celle de Pieter Van den Hoogenband, le grand nageur hollandais : « Il n'y a pas beaucoup de graisse sur ce body-là ! »

Une discipline s'est retrouvée sur à peu près toutes les lèvres du côté des sports féminins : le plongeon. « Pour moi, résume notre collègue de la section des sports, Richard Chartier, c'est un peu la gymnastique pour des femmes qui ont le droit de grandir. » Alors que quelques disciplines ont été portées aux nues par certains et décriées par d'autres de nos interlocuteurs, le plongeon n'a reçu que des hommages. Champion toutes catégories, côté féminin.

Pour les sports masculins, on est un peu plus divisés : ski de fond, hockey et saut à la perche sont mentionnés à de multiples reprises et se retrouveraient sans doute sur le podium. (Ce qui est étonnant dans le cas du saut à la perche, car ce n'est pas le sport le plus connu en ville.)

Le ski de fond a la préférence de notre collègue Richard Chartier, tant chez les hommes que chez les femmes. « Esthétiquement, je recherche une forme d'harmonie, d'équilibre. Une jolie fille qui sort d'un sentier à -20 degrés, avec un peu de frimas sur les cheveux, imaginez ! »

Il n'est pas seul. Le médecin sportif François Croteau voit là aussi le sport par excellence pour développer le corps parfait. Avantage à ne pas négliger non plus : c'est plus accessible pour le commun des mortels que la perche masculine et aussi féminine, mentionnée par plusieurs.

« En ski de fond (c'est le cas aussi au triathlon), précise le médecin, on travaille tous les muscles, en plus de l'endurance, du cardio, de l'équilibre. C'est tout le contraire du cyclisme où les hauts du corps sont frêles et les cuisses grosses. Et avec le ski de fond, même pas besoin d'entraînement parallèle, comme au baseball ou au golf par exemple. C'est complet en soi. »

Journaliste aux sports à La Presse, Simon Drouin avoue que s'il devait se retrouver dans le même bar que Paul Houde pour draguer, c'est avec le look d'Alex Kovalev qu'il aimerait y aller (on parle du look, pas des déclarations controversées)...

« Large, costaud tout en restant agile, il n'a vraiment pas l'air d'une brute. Au contraire, Kovalev dégage une grande fluidité et de l'élégance malgré une carrure imposante. Si vous me parlez de corps masculin idéal, c'est ça. »

Le hockey a d'ailleurs été le seul des grands sports professionnels a être nommé à plusieurs reprises, même chez les femmes. « Je suis un admirateur sans borne de Kim Saint-Pierre, surtout depuis que j'ai dû apprendre à garder les buts pour Les Boys. C'est une très belle fille, plus costaude qu'une gymnaste, mais c'est ce que j'aime », précise Paul Houde, qui s'avoue sensible aux charmes des solides descendeuses, surtout dans leur costume de lycra.

« Au portillon de départ, avec des cuisses deux fois plus grosses que celles de Nicole Kidman, je les trouve sexy. Je n'aime pas les rachitiques. » Il abonde dans le même sens pour les hommes : « Un descendeur, c'est de la testostérone pure. »

Récipiendaire de centaines de prix et grand spécialiste de sports, le photographe Bernard Brault louerait bien pour une soirée le corps du skieur acrobatique Jean-Luc Brassard. « Mais disons avec six pouces de plus... » lance-t-il en riant. Lui aussi apprécie la puissance qui se dégage du corps des patineurs de vitesse et des descendeurs. « Avec les vêtements moulants, c'est encore plus évident. »

Claudine Douville, animatrice et journaliste à RDS et grande sportive elle-même, couronne le soccer, « qui donne des corps très équilibrés. Ces athlètes (hommes ou femmes) doivent courir sept ou huit kilomètres par match. Ça ne laisse pas de place pour la graisse. » À ceux qui lancent que le soccer développe très peu le haut du corps, elle rétorque : « Je n'ai jamais eu les bras aussi développés que depuis que je me suis mise à courir. »

Parmi les sports-sculpteurs, elle aussi songe aux triathlon, à la boxe (à part les coups au visage qui gâchent un peu les choses), au lancer du javelot et à la perche, aux sprinters qui ont l'air de fauves et toujours prêts à exploser mais aussi au volleyball, au hockey, au tennis, à la planche à voile (et ils sont bronzés en plus), au fitness, à l'escalade...

Puis, à la blague, elle lance. « Les pompiers, on peut les considérer comme des athlètes ? Ils ont du temps pour travailler sur leur corps et ça parait. »

Phénomène important qui fausse quelque peu les analyses, de nombreux sportifs de haut niveau se sont mis à l'entraînement complémentaire pour mieux performer, font remarquer quelques-uns de nos spécialistes. C'est le cas de golfeurs (Tiger Woods a une forme superbe et absolument rien des ventripotents) ou le baseball dont les athlètes se sont sculpté des corps de plus en plus athlétiques et performants à force de musculation, de course, etc. De la même façon, les joueurs de soccer affichent maintenant leur pack de six.

Pour Richard Garneau, qui a couvert 20 Jeux olympiques, l'esthétisme de l'athlète est toutefois indissociable du geste sportif lui-même. C'est donc vers des sports esthétiques avant tout que sont allées ses préférences : « La gymnastique, qui se rapproche du ballet et sollicite tous les muscles en plus d'exiger une gestuelle parfaite, le patinage artistique, exemple d'harmonie. Ça tend vers la perfection. »

Mais sa grande passion, comme journaliste et comme spectateur, ira toujours vers l'athlétisme.



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