27 mars 2007
L'équipe de plongeon chinoise a célébré avec faste sa domination outrageuse aux 12es Championnats du monde de Melbourne.

Alors qu'on entamait un burger sur une terrasse d'Elizabeth Street, tard hier soir, les plongeurs chinois sont passés en léchant joyeusement des cornets de crème glacée qu'ils venaient d'acheter dans une crémerie de cette artère commerciale.
Neuf médailles d'or sur une possibilité de 10, il y a de quoi fêter. Surtout qu'à moins de 18 mois des prochains Jeux olympiques de Pékin, les permissions ne dureront pas longtemps.
Les plongeurs canadiens, eux, ont pu prendre une bonne mesure de ce qui les attend à Pékin. Au Melbourne Sports & Aquatic Center, le public était majoritairement composé de Chinois. Polis pour les étrangers, ils entrent en transe devant les exploits de leurs favoris. Même les journalistes participent à l'euphorie ambiante en criant et applaudissant depuis la galerie de presse.
« À Pékin, on aura droit aux foules les plus bruyantes que le plongeon n'a jamais connues. On devra se pencher sur cette question », a prévenu Trevor Palmatier, entraîneur du jeune Riley McCormick, dauphin d'Alexandre Despatie et révélation de l'équipe canadienne de plongeon à Melbourne avec une 11e place à la plateforme de 10 mètres.
« Apparemment, le bassin de plongeon sera fantastique, a enchaîné l'entraîneur de Victoria. J'ai vu les plans et je n'aurais jamais pu imaginer une piscine aussi incroyable. La tour, qui repose sur des blocs de cristaux, sort littéralement du plancher. Je l'ai surnommée la forteresse de la solitude. »
L'équipe canadienne, qui a quitté Melbourne ce matin, pourra se familiariser avec ce spectaculaire environnement à l'occasion de la prochaine Coupe du monde de plongeon, qui aura lieu à Pékin en février.
Imbattables, ces Chinois ? Pas aux yeux de Palmatier, rappelant la prestation extraordinaire du Russe Gleb Galperin, médaillé d'or au 10 m. « C'est possible de les stopper. Ils sont humains, assure Palmatier. Même s'il y a des épreuves où on n'a pas si bien fait, on a vu à Melbourne qu'on s'améliore constamment. Mais on ne peut pas toujours se fier uniquement sur nos stars. »
Au moins, LA star se porte à merveille.
Despatie qui continue de charmer les journalistes internationaux ici; les commentaires affluent a été magique aux antipodes malgré sa rare déconvenue en finale à la tour.
Son problème de cou semble être bien contrôlé et ses deux médailles d'argent ont prouvé qu'il faudra compter sur lui au 3 m, tant en individuel qu'en synchro. Au sujet de cette dernière épreuve, il ne faudrait pas se surprendre de voir son grand ami Arturo Miranda s'y consacrer exclusivement en vue de 2008.
Du côté féminin, Roseline Filion et Meaghan Benfeito auront beaucoup appris de cette quatrième place au 10 m synchronisé, une première déconvenue pour les médaillées de bronze des Mondiaux de Montréal. Sur le plan individuel, Filion ne voudra certainement pas revivre le cauchemar de sa finale au 10 m.
Au 3 m, la vétéran Blythe Hartley est là avec les meilleures. Reste à voir dans quelle mesure elle pourra raffiner ses entrées à l'eau.
Le grand mystère demeure Émilie Heymans. Malgré son décevant cinquième rang à la tour à Melbourne, elle demeure à nos yeux un grand espoir pour Pékin.
Chaque année depuis 2002, la plongeuse de Saint-Lambert a toujours fini dans le top cinq lors de la compétition internationale majeure. Elle n'est pas la seule à commettre des erreurs à la plateforme féminine, une épreuve très ouverte. La Chinoise Chen Ruolin n'a-t-elle pas glané l'argent malgré des notes de 5 et 5,5 pour son troisième essai ?
Au 3 m, c'est plus compliqué. Hier, en synchro, Heymans et Hartley n'ont jamais pu surmonter un premier plongeon catastrophique, finissant 13e et ratant la finale. À l'épreuve individuelle, deux jours plus tôt, Heymans s'est aussi arrêtée en préliminaires, obtenant une lointaine 21e place.
Poursuivra-t-elle sur 3 m ? Quand on a voulu en savoir plus long, Heymans, généralement collaboratrice, a préféré raser les murs ce soir-là après les préliminaires du 10 m masculin.
« Émilie a une carapace épaisse comme ça, a confié une source proche de l'équipe canadienne. Il faut bien la connaître pour percer cette carapace. Et encore. Mais vous, journalistes, seriez surpris de constater à quel point elle est sensible à ses performances. »
Nancy Brawley, ancienne plongeuse et directrice de l'équipe nationale, abonde en ce sens. « Elle a un plan, elle s'y applique et y travaille extrêmement fort. Le seul petit hic, c'est qu'elle n'a pas eu assez de compétitions avant Melbourne », a évalué Brawley.
Cette dernière croit qu'Heymans a retrouvé le plaisir de plonger après les mois sensibles qui ont suivi sa séparation avec l'entraîneur Michel Larouche. «Elle s'amuse à l'entraînement et semble heureuse la plupart du temps. Il ne lui reste qu'à retrouver la fougue de la compétition. Elle a les capacités mentales pour le faire.»
Elle a en aura bien besoin à Pékin.
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