26 mars 2007


photo : Torsten Blackwood, Agence France-Presse

« Un coup de pied au derrière »

À son niveau, Alexandre Despatie est le seul à participer à trois épreuves : le trois mètres, individuel et synchro, et la plateforme de 10 mètres. Comme si Mario Lemieux avait joué pour deux clubs en même temps.

Prodige ou pas, la fatigue finit par produire son effet. Surtout quand une blessure oblige à rogner sur les heures d'entraînement.

Spectaculaire avec deux médailles d'argent depuis le début des Championnats du monde de Melbourne, Despatie a connu une première défaillance, hier soir, en finale de la plateforme de 10 mètres. L'ex-champion du monde a fini au huitième rang. Sauf erreur, il s'agit probablement de la pire performance du Québécois sur la scène internationale dans cette discipline.

Dès la fin de la compétition, Despatie s'est précipité vers les deux journalistes canadiens afin de compléter les entrevues d'usage. Ça faisait deux semaines consécutives qu'il plongeait chaque jour et, après quelques mois d'un régime quasi monastique, il avait hâte d'aller fêter avec ses amis canadiens et italiens.

Professionnel comme toujours, Despatie ne s'est cependant pas défilé. Comment il était ? Très serein. Rien à voir avec le jeune homme au visage noir qui s'était classé quatrième aux Jeux olympiques d'Athènes en 2004.

« Je ne me taperai pas sur la tête parce que j'ai mal fait aujourd'hui, a expliqué Despatie. En général, je suis content de ma semaine. »

Despatie a cafouillé dès son deuxième plongeon, un quadruple saut périlleux et demi avant. Les notes ont varié de 3 à 4,5. « Je savais que la course était finie », a reconnu celui qui s'était classé quatrième en préliminaires et en demi-finale.

Il était le seul à exécuter ce quadruple saut à Melbourne. Il faut le voir pour comprendre le niveau de difficulté. La marge de manœuvre est inexistante et la moindre hésitation est désastreuse. Trop agressif dans ses rotations, le Québécois n'a jamais pu se raidir pour l'entrée à l'eau.

« Je ne me sentais pas dans une position idéale sur le départ, a expliqué Despatie. J'ai trop réagi à ça. J'aurais dû vraiment rester conscient de ce que je voyais et un peu moins de que je sentais. Comme ça, je serais sorti au bon endroit. Pour être parmi les meilleurs, une erreur comme ça, c'est inacceptable. »

Galperin intouchable
Aux antipodes, on perçoit un certain étonnement des gens au Québec face à cette performance de Despatie. Les courriels, qui affluent pour la première fois en ce lundi matin, sont en ce sens révélateurs.

Or, avec un tel niveau de préparation, Despatie n'avait pratiquement aucune chance de monter sur les deux premières marches du podium. Le bronze était atteignable, mais ça aurait pris une performance fantastique et la défaillance d'un ou deux rivaux.

Le gagnant, le Russe Gleb Galperin, était intouchable. Il a aligné deux plongeons parfaits salués par 14 notes de 10. Encore là, Galperin pointait au deuxième rang. Parce que les Chinois Zhou Luxin et Lin Yue ont eux aussi chatouillé la perfection. Le Russe a dû aller chercher des 9,5 et des 10 sur son avant-dernier plongeon avant de prendre la tête pour de bon.

Galperin a ainsi brisé l'hégémonie des plongeurs chinois à Melbourne, eux qui avaient balayé les sept épreuves précédentes. Luxin et Yue ont dû se contenter de l'argent et du bronze. Les milliers de spectateurs chinois qui emplissaient les gradins du Melbourne Sports & Aquatic Center en ont été soufflés. Despatie avait été le dernier à battre un Chinois à la plateforme de 10 mètres, à Barcelone, en 2003.

Onzième de la finale, le Canadien Riley McCormick, sans doute le plus jeune athlète masculin des Mondiaux à 15 ans, a chanté les louanges de son coéquipier.

« Ça fait 14 jours qu'Alex plonge quotidiennement. Vous devriez voir comment il est épuisé. Mais peu importe son état, il se pointe à la piscine la tête toujours bien haute », a souligné le plongeur de Victoria, dont la participation à la finale assure à son pays deux places à la tour aux prochains Jeux olympiques de Pékin.

Mais Despatie a catégoriquement refusé d'invoquer la fatigue pour expliquer sa contre-performance. Un entraînement adéquat devrait lui permettre d'obtenir du succès dans trois épreuves à Pékin, insiste-il.

« Ce qui m'est arrivé m'encourage avant tout à travailler plus fort pour que ça ne se reproduise plus, a affirmé le plongeur de 21 ans. C'est un coup de pied dans le derrière. Oui, j'aime plonger du 10 mètres mais je veux être compétitif. Je ne veux pas être là pour le fun d'être là. »

Hartley échoue aussi
La perfomance de Despatie a conclu une journée plutôt morose pour le Canada au bassin de plongeon. Seule Canadienne en finale du 3 m après l'élimination d'Émilie Heymans en préliminaires, Hartley s'est écroulée dès ses deux premiers plongeons pour aboutir à la huitième place de cette épreuve remportée pour la quatrième fois par la Chinoise Guo Jingjing.

« Je n'ai pas d'explication. Peut-être que je n'avais pas assez d'énergie nerveuse en début de compétition », a commenté Hartley, quatrième de la demi-finale. Il reste 16 mois pour retourner à la planche à dessin avant Pékin.



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