27 mars 1999
Note du webmestre :
L'article contient des éléments d'information fort intéressants, entre autres sur l'entraînement d'Alexandre, (sur les limites à respecter quand on a 13 ans et qu'on saute à répétition de la tour de 10 mètres) nulle part lus auparavant en français.
Le dimanche 28 mars, nous avons affiché un message indiquant que nous entendions prendre la liberté de mettre en ligne une version française de ce texte, en raison de son intérêt exceptionnel, demandant de l'aide pour le traduire.
L'esprit de collaboration qui habite encore le "net" n'a pas tardé à se manifester et, dans les heures qui suivent, nous avons reçu une traduction française de M. Ethan Breinet.
Au nom des centaines d'amateurs de plongeon qui ne comprennent pas bien ou pas du tout l'anglais, MERCI M. Breinet !
Le samedi 27 mars 99, le Toronto Star a publié un article des plus intéressant au sujet d'Alexandre Despatie, la veille du jour où il allait établir un nouveau record canadien à la tour et se mériter le titre d'athlète masculin par excellence de la compétition.
Alexandre Despatie fait une forte impression
Le minuscule québécois Alexandre Despatie, 13 ans, une réelle terreur à la tour de plongeon de 10 mètres
Joel Baglole
Il a 13 ans, mesure 5 pieds 2 pouces, pèse 110 livres et est prêt à s'en prendre aux Goliaths de l'univers du plongeon.
Non, son nom n'est pas David. C'est Alexandre -Alexandre Despatie, le prodige du plongeon canadien.
Malgré son âge et sa taille, Alexandre a battu les meilleurs plongeurs au monde au cours des dernières années.
Alexandre a ébloui le monde en septembre dernier à Kuala Lumpur (Malaisie) quand il a établi un nouveau record des Jeux du Commonwealth à la tour de 10 mètres, devenant la plus jeune personne de l'histoire à gagner une médaille d'or aux Jeux du Commonwealth.
En route vers la victoire, Alexandre a laissé au deuxième plan le robuste autralien de 31 ans Robert Newbery, le jeune canadien le battant par une marge incroyable de 46,6 points.
L'attitude d'Alexandre semble être : plus ils sont vieux, de plus haut ils tombent.
"Je ne m'en fais pas avec l'âge," déclare Alexandre, un étudiant de Secondaire II de Laval, au Québec. "Ce n'est pas parce que quelqu'un est plus vieux qu'il est meilleur que moi. Ils sont de bons plongeurs, mais je ne m'en fais pas avec leur âge".
Vous pouvez penser qu'il est confiant, courageux, effronté – mais il est un gagnant.
Son palmarès parle de lui-même :
Détenteur du record canadien aux plate-formes de cinq, 7,5 et 10 mètres.
Médaillé de bronze lors du Grand Prix FINA à Rostock, en Allemagne au début de mars 99. C’était la première fois en 44 ans de ce Grand Prix qu'un plongeur canadien se rendait sur le podium.
« Il a plus de potentiel que tout autre plongeur canadien qu'on a produit" dit l'entraîneur d'Alexandre, Michel Larouche, un ancien membre de
l'équipe nationale de plongeon, qui est entraîneur au Club de Plongeon
CAMO de Montréal depuis 1985.
La plupart des plongeurs chez les hommes n'atteignent leur sommet que
vers l'âge de 23 à 25. Au maximum de leur forme, les plongeurs au
10 mètres s'entraînent exclusivement sur la plate-forme de 10 mètres. Ils
se pratiquent au moins cinq jours par semaine, et habituellement
plongent un minimum de 80 fois par séance de pratique.
Mais en raison de son âge, Alexandre ne peut se pratiquer sur la tour que trois jours par semaine, et ne peut plonger plus de 20 fois par session.
« Il ne peut pas s'entraîner à cette intensité, parce que son corps ne
pourrait pas supporter l'impact répété des plongeons à partir de la tour
de 10 mètres ».
"Normalement, on n'envoit pas quelqu'un sur la plate-forme avant l'âge de
14 ans. Mais j'ai fait débuter Alex sur le 10 mètre à l'âge de 11 ans.
Il le maîtrise bien, mais nous devons y aller avec précaution et écouter
son corps. On ne sait pas ce que plonger de cette hauteur pourrait lui
causer."
Alexandre, qui s'entraîne 4 heures et demie chaque jour, cinq jours
semaine, dit que ses genoux et triceps sont douloureux, mais il ajoute
que l'entraînement rigoureux ou de plonger de 10 mètre, ne le dérange
pas.
"Je sais que mon corps n'est pas aussi résistant que celui des plus
vieux contre qui je compétitionne, mais c'est correct".
"Ma grandeur est actuellement un avantage sur la plate-forme. Mon « carpé »
est plus petit et plus serré que celui des autres et je tourne plus
vite".
Paul Zachau, un responsable du développement sportif avec la Fédération
de Plongeon Amateur Canadienne, croit aussi que sa taille est un
avantage.
"On est tellement impressionné par Alex ; on blague à l’effet qu'on ne voudrait
plus qu'il grandisse", dit Zachau en riant. "On ne voudrait pas qu'il
devienne trop grand."
Alex a commencé à faire des culbutes depuis le tremplin d'un demi mètre
dans la piscine de sa cour arrière, dès l'âge de 3 ans.
La mère d'Alexandre, Christiane - une professeure de golf professionnelle
et représentante pour une entreprise de vêtements de ski- dit que son
fils passait toutes ses heures à plonger et aucune à apprendre comment
nager.
Christiane Despatie qui s'adonnait être amie de Sylvie Bernier,
gagnante de l'or au trois mètres aux Olympiques de Los Angeles en 1984,
lui avait parlé de l'obsession d'Alexandre pour le tremplin. Sylvie lui avait
alors recommandé le club CAMO.
Michel Larouche dit que la petite stature d’Alexandre n'est pas la seule
caractéristique qui l'a fait se démarquer chez CAMO.
"Il possède le talent physique, mais il est aussi très intelligent",
note Larouche.
L'intelligence d'Alexandre s'ajoute à son sens de l'humour, bien
connu et apprécié par ses coéquipiers de CAMO.
"Il aime vraiment s’amuser", dit Émilie Heymans, 17 ans, qui
plonge avec Alexandre depuis quatre ans. "Il fait tout le temps des blagues
aux pratiques et nous fait bien rire."
Alexandre aime bien transporter cet enthousiasme à l'école secondaire
Antoine-de-St-Exupéry à Saint-Léonard, où il participe a un programme sportif lui permettant de suivre ses cours le matin et de s'entraîner tout
l'après-midi.
"Aller à l'école seulement le matin c'est pas difficile" dit Alexandre,
qui a une moyenne de 84 pour cent et affirme que les mathématiques sont sa
matière préférée. "On a juste un programme différent. On concentre la
matière et on saute par dessus les choses qu'on n’a pas vraiment besoin
de savoir".
Quand Alexandre ne s'entraîne pas ou ne voyage pas pour des compétitions
internationales, il aime bien être avec ses amis -"pas de filles pour
l'instant"- et aller voir des films. Il admet que la plupart de ses
amis sont des copains du plongeon ou d'autres jeunes du programme
sport-étude. "Je ne voit jamais personne d'autre" dit-il.
Alexandre est discret en présence des médias mais ses amis et coéquipiers disent qu'il est extraverti et enjoué avec les jeunes de son âge et les autres plongeurs.
Le jeune homme a été vraiment populaire en Malaisie l'année dernière. Le
plongeur Tony Ali d'Angleterre l'a hissé sur ses épaules quand
les notes finales d'Alex furent annoncées.
"Les médias c'était amusant au début, mais là c'est allé trop loin",
dit-il, détournant ses grands yeux bruns. "Quelques médias ont appelé ma
grand-mère pour me rejoindre. Ça me tape sur les nerfs. Je n'en
comprends pas le but."
Alexandre se concentre sur les Olympiques d'été à Sydney en Australie où
il participerait à la compétition de 10 mètres.
Pour se rendre aux Jeux de Sydney, Alexandre doit obtenir certains
pointages de qualification- 390 points dans les plongeons optionnels (un
total de six plongeons), ou 520 dans la pleine liste des plongeons ( un
total de 10 plongeons)- à quatre compétitions d'ici la fin de l'année.
Il s'est qualifié à deux rencontres internationales - Kuala Lumpur et
Rostock - et a plusieurs opportunités de s'assurer les deux autres
qualifications cette année, incluant les compétitions internationales à
Montréal et au Mexique en mai.
Le jeune Despatie était le meneur à la compétition de 10 mètres hier (26 mars) aux Championnats nationaux à la piscine Olympium d'Etobicoke. S’il termine parmi les quatre premiers (note du webmestre : il a gagné en établissant un nouveau record canadien), il devient éligible aux compétitions de Montréal et du Mexique en mai, un pas de plus vers son rêve olympique.
Autant Michel Larouche que les parents d'Alexandre voient pour lui une
médaille olympique dans l'avenir, s’il conserve le cap. Cette médaille
serait la première pour un plongeur canadien.
page mise en ligne
par SVP

photo : Michael Stuparyk
Détenteur du record canadien au tremplin de un et trois mètres.

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