25 septembre 1998
François Gagnon
La grandeur d'une personne ne se mesurera jamais en pouces ou en centimètres. On en a eu un autre exemple cette semaine, lorsqu'un petit bonhomme de 13 ans, qui mesure cinq pieds à peine et qui ne pèse pas 100 livres, s'est dressé comme un géant pour contrer la dangereuse épidémie qui a déferlé sur Montréal.
Cette épidémie s'appelle la "Quaesidio Viri Illustrissimi". Dans les rues où elle prend des allures de peste, cette déferlante est connue sous le nom populaire de quête du héros. Une quête qu'Alexandre Despatie a réveillée lorsqu'il a plongé vers l 'or du haut de la tour aux Jeux du Commonwealth.
Alexandre n'a rien à se reprocher. Au contraire. Ce grand homme dans un corps de gamin a réalisé tout un exploit en couronnant d'or des milliers d'heures d'entraînement, de sacrifices et de rêves. Ses envolées, ses vrilles, ses sauts périlleux, ses entrées à l'eau, il les a contrôlés avec grâce et précision. Durant les quelques secondes qui s'écoulaient entre le moment où il quittait la tour et celui où il fendait l'eau, ce petit bonhomme régnait en maître.
Mais dès qu'il a posé les pieds à Montréal, Alexandre s'est fait happer par une épidémie qui a rapidement pris le dessus. Pressé de toutes parts, il s'est retrouvé sur tous les écrans de télé, sur toutes les chaînes de radio, à la une de tous les journaux. La quête du héros venait de frapper. Et fort.
Montréal est malade
L'exploit méritait d'être souligné. Le petit Despatie méritait de voir son visage simultanément au Téléjournal de Stéphan Bureau et au Poing J de Julie Snyder et sur tous les quotidiens. Mais il n'avait pas à être pris en otage, encadré par quatre faiseurs d'images qui lui disaient quand sortir de l'ascenseur, quand sourire et envoyer la main pour donner de belles images aux photographes et caméramen qui le fusillaient.
Visiblement secoué et mal à l'aise au milieu de ce cirque, le petit bonhomme a eu la grandeur d'âme de garder toute sa tête. Il s'est même permis de rappeler que d'autres athlètes avaient connu de bons Jeux. C'est tout à son honneur et à celui de ses parents qui ont promis de le protéger pour éviter qu'il soit victime de la quête du héros.
L'épidémie qui a suivi l'arrivée du grand Alexandre témoigne d'une chose : Montréal est malade. La "Grande Ville" se cherche des héros, des héroïnes. Oh ! Elle a bien Céline Dion à glorifier, mais dans le monde du sport, Montréal est orpheline. Jacques Villeneuve lui a offert un baume l'an dernier, mais ses insuccès cette année lui ont déjà fait perdre la cote.
Montréal a vu passer les Richard, Béliveau, Lafleur et Roy. Des héros qui n'ont pas encore été remplacés. Elle a vu passer les Staub, Carter, Dawson et Martinez et d'autres héros que des Expos trop pauvres ont dû laisser aller.
Elle s'est tournée vers le sport amateur et se console avec Bruny Surin. Un grand athlète, un très grand, qui ne sera malheureusement jamais reconnu à sa juste valeur, tant qu'il n'aura pas gagné l'or aux Jeux olympiques. Elle a eu Sylvie Fréchette qui a trôné quelques années avant de s'évanouir. Comme Annie Pelletier, Sylvie Bernier et Jean-Luc Brassard.
Et Caroline ?
Montréal veut des coupes Stanley, des médailles d'or, des championnes et des champions. Et surtout, des héros issus de son sein. Car la "Grande Ville" pourrait se tourner vers d'autres régions de la province, vers Québec, vers Caroline Brunet et ses exploits en kayak pour vénérer une championne du monde. Montréal vénérer une étrangère ? Jamais ! Et dire c'est Québec qui est soi-disant un village...
Montréal est malade. Elle ne voit pas le jour où le Canadien rapatriera la coupe Stanley. Elle voit les Expos la quitter. Elle a donc besoin de héros pour se glorifier. C'est pourquoi elle a pris en otage le petit Alexandre et l'a porté à bout de bras avant de le laisser retomber une fois la fièvre passée. Espérons que cette fièvre ne l'aura pas trop affecté.

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