27 septembre 1998
Alexandre Despatie
Jean-Paul Soulié
Médaillé d'or aux Jeux du Commonwealth de Kuala Lumpur en Malaisie dimanche dernier, pour son extraordinaire performance au plongeon de la tour de 10 mètres, Alexandre Despatie, 13 ans, a sans doute établi un record historique par la perfection de son style et son très jeune âge.
Mais Alexandre a fait beaucoup plus. Il a conquis l'admiration du public, en Malaisie comme au Québec, par sa gentillesse, sa simplicité, l'intelligence de ses réponses aux questions des journalistes. Un mot semble faire le tour de ce charmant garçon : l'équilibre. Un équilibre qui ne se dément jamais, dans aucune circonstance, tant en haut de sa tour, au moment de se lancer dans le vide, que dans les airs ou devant les caméras de télévision et les meutes de journalistes. .
Il a le même regard direct et le même sourire pour saluer ses camarades de l'école Saint-Exupéry où il suit un programme sport études, que pour discuter avec son entraîneur.
Christiane, sa mère, résume fièrement : " C'est un enfant heureux, bien dans sa peau ".
La Presse salue l'exploit sportif d'Alexandre Despatie et l'image qu'il donne d'une enfance heureuse en le nommant Personnalité de la semaine.
Treize ans, cinq pieds, cent livres, Alexandre Despatie est déjà une tête d'affiche dans le domaine du plongeon. Il va participer aux championnats du monde et, surtout, aux Jeux olympiques de l'an 2000, à Sydney, en Australie. Il aura alors 15 ans. D'ici là, il va faire œ qu'il aime : étudier, s'entraîner, et aussi s'amuser. Tous ses copains et ses copines de l'école Saint-Exupéry sont d'accord : c'est un ami extraordinaire, un camarade d'entraînement qui encourage tout le monde, un gars qui sait partager avec tous. Jeudi, à 8 h 15, il est retourné à l'école. La direction, les professeurs et les élèves avaient pris leurs dispositions. On avait inscrit des messages sur les tableaux, le journal de l'école allait parler de lui, l'atmosphère était à la fête.
Il n'a pas voulu attendre la semaine prochaine, explique sa mère. Pourtant, il avait quelque chose comme 36 heures de sommeil à rattraper. Mais c'est lui qui a décidé. Tous ceux qui l'entourent soulignent sa précoce autonomie et l'attribuent aux voyages, qui comme chacun sait, forment la jeunesse. À Kuala Lumpur, sa famille ne l'a pas accompagné. Mais quand il a commencé à voyager pour aller participer à des concours à l'étranger, Christiane, sa maman, le suivait six pieds derrière. " Les préposés aux comptoirs des compagnies aériennes voyaient seulement un billet et une petite main . Il n'avait alors que neuf ou dix ans. Depuis, il a appris à trouver son chemin tout seul dans les aéroports. "
Alexandre peut voyager seul, mais il n'en est pas moins entouré d'une famille dont la chaleur se fait sentir, et qui a toujours vécu dans la pratique des sports. Tout petit, au bord de la piscine familiale à Laval-sur-le-Lac, sa grand mère Micheline, excellente golfeuse, lui accordait déjà des points - généreusement, on s'en doute - pour ses beaux plongeons. Sa soeur Anouk est une skieuse émérite, sa mère enseigne le golf à Sabreville, son père, Pierre Despatie, est un très bon skieur. Il a aussi couru deux marathons de Montréal. Ses amis se souviennent que pour le premier, Pierre, qui venait tout juste de se lancer en affaires, ne s'était pratiquement pas préparé, ce qui ne l'avait pas empêché de boucler la course en 3 h 14, un temps fort respectable. Pour compléter le tableau familial, ajoutons que le grand-père a toujours été un excellent plongeur, et qu'il fait du ski, de la planche à neige, et surtout qu'il pratique toujours son sport favori, le hockey.
Tous ses copains et ses copines de l'école Saint-Exupéry sont d'accord : c'est un ami extraordinaire.
Ce n'est pas parce qu'il a une hérédité sportive aussi considérable qu'Alexandre se sent obligé de battre des records. Simplement, il aime ça. Lâcher l'école, où il trouve que c'est " très agréable d'apprendre des choses ", pour se rendre à la piscine, c'est un plaisir, un de plus dans sa vie. Et son horaire n'est pas assez chargé pour l'empêcher de naviguer sur Internet et de " chater " avec ses amis de deuxième secondaire.
Alexandre a déjà dit, sans doute il n'y a pas si longtemps, qu'il aimerait être cosmonaute. Il n'en est plus aussi sûr et demande le temps de réfléchir. Mais il adore les livres de science-fiction. Il n'aime pas beaucoup les cours de français, mais a quand même de bonnes notes, surtout en maths, et sa moyenne est de 89 %. Pour son voyage à Kuala Lumpur, Alexandre avait emporté deux livres : les deux best-sellers de Bernard Werber, Les Fourmis. Dans le tourbillon des Jeux du Commonwealth, il n'a pas pu aller plus loin que les trois quarts du premier tome. Mais il va se dépêcher de terminer, poussé par sa mère. " Il me dit que c'est passionnant, j'ai très envie de les lire moi aussi ! " À treize ans, Alexandre a déjà une expérience du plongeon de huit ans ! Ses camarades d'entraînement, qui ont commencé à plonger alors qu'il n'était pas encore né, disent de lui que dès ses tout débuts, il était plus droit, il comprenait plus vite que n'importe qui. Lui ne veut pas donner de conseils, mais il dit très sérieusement : " Si vous avez la chance de faire ça, lâchez pas ! "
La gloire, c'est parfois un peu embarrassant. Pressé par les journalistes, Alexandre s'excusera gentiment : " Je sais que tout le monde aimerait me parler. Mais il faut comprendre que pour un jeune, c'est pas facile ! " Et en se tournant vers ses camarades de compétition, ceux qui ont fait avec lui les Jeux de Kuala Lumpur, il ajoute : " Il y en a d'autres qui ont participé, et qui ont très bien fait ! Ça fait que si vous avez des questions pour eux, n'hésitez pas ! "

page mise en ligne par SVP

Consultez
notre ENCYCLOPÉDIE sportive