Alexandre Despatie prend les grands moyens pour accélérer la guérison de son pied fracturé.

Le plongeur de 22 ans revient d'un séjour dans une clinique de la banlieue de Boston, où il a entrepris une thérapie plutôt particulière qui, espère-t-il, le remettra sur pied plus rapidement, tout en lui permettant de maintenir et même d'améliorer sa condition physique.
Despatie songe même à participer au Grand Prix de Rostock, en Allemagne, au début de juin, une possibilité qu'il avait écartée la semaine dernière.
La thérapie en question a été mise au point il y a une trentaine d'années par le Dr Igor Burdenko, fondateur du Burdenko Water and Sports Therapy Institute, de Bedford, au nord de Boston.
La méthode Burdenko combine des exercices dans l'eau et au sol et vise à permettre au patient de poursuivre son entraînement sans douleur.
Né en Ukraine et formé en Russie, le Dr Burdenko a beaucoup travaillé avec des danseurs de ballet et des gymnastes. La blessure de Despatie, une fracture du cinquième os métatarsien du pied droit, est d'ailleurs commune chez les danseurs, signale le Dr Burdenko. Ce dernier a aussi travaillé avec plusieurs patineurs artistiques de renom, dont l'Américaine Nancy Kerrigan, vice-championne olympique à Lillehammer en 1994.
En rencontrant Despatie pour la première fois jeudi dernier, le Dr Burdenko a d'ailleurs immédiatement pensé à Kerrigan, qui s'était fait démolir le genou à coups de barre de fer par un membre de l'entourage de sa grande rivale Tonya Harding. La darling des Américains s'était relevée pour remporter l'argent derrière l'ingénue Ukrainienne Oksana Baiul une autre patiente du Dr Burdenko.
« Nancy Kerrigan était pressée par le temps, a rappelé le Dr Burdenko lors d'un entretien téléphonique, hier. Elle ne m'avait donné que quatre ou cinq semaines avant les Jeux olympiques. Alex a un peu plus de temps, mais il a une fracture, pas une contusion comme Nancy. De toute façon, les athlètes sont toujours limités dans le temps, ils ne peuvent pas remettre à plus tard. Je suis habitué à ça ».
« Il sera correct »
Aux yeux du Dr Burdenko, la fracture de Despatie, subie lors d'un échauffement il y a deux semaines, n'est pas «simple». La séparation est «pas mal grosse» et la fracture est située près de la jointure avec la cheville. « C'est compliqué, mais il sera correct », a-t-il néanmoins évalué.
L'un des principes fondamentaux de la méthode Burdenko est de permettre à l'athlète de se renforcer sans mettre de poids sur l'organe blessé. L'eau est donc l'élément idéal pour y arriver. Despatie a donc commencé par des exercices en piscine en position verticale avant de graduellement intégrer des exercices au sol, d'abord en position couchée, puis assis sur un banc.
Despatie a également emprunté un appareil visant à diminuer l'enflure et à accélérer la guérison. L'appareil utilise le laser, l'infrarouge et la thérapie magnétique pour régénérer les cellules.
Les premiers résultats sont probants. Après une journée de traitement, l'enflure avait diminué de moitié, a indiqué le Dr Burdenko. « Et en quelques heures, la douleur avait pratiquement disparu, a-t-il ajouté. Sur une échelle de 1 à 10, Alex m'a dit que c'était passé de 10 à deux ou trois. »
Messages compris
Le Dr Burdenko a été fortement impressionné par l'attitude et les aptitudes de Despatie lors de ses trois premières journées de thérapie, vendredi, samedi et lundi derniers. « Alex est une personne très talentueuse qui comprend mes messages, a-t-il noté. Il peut suivre mes conseils très facilement. Il est extrêmement concentré à apprendre, à s'améliorer. Il me donne beaucoup d'énergie. Ça devrait le mener à des résultats phénoménaux. Ça me permet de croire qu'il surmontera sa blessure dans un court laps de temps et qu'il pourra reprendra l'entraînement et la compétition à plein régime. »
Le Dr Burdenko refuse toutefois de prédire un temps de guérison. « Chaque personne guérit différemment, a-t-il souligné. Chose certaine, ce ne sera pas trois semaines. Il pourrait retrouver le même niveau qu'auparavant dans six ou sept semaines, mais je peux me tromper. »
Quoi qu'il en soit, les progrès rapides ont ragaillardi Despatie et son entourage. Alors qu'il croyait impossible de participer à une compétition internationale avant les Jeux olympiques, voilà que le Grand Prix de Rostock, du 6 au 8 juin, devient l'objectif. La cible est ambitieuse, mais pas irréaliste, croit Mitch Geller, le directeur technique de Plongeon Canada qui a accompagné le vice-champion du monde au Massachusetts.
« On a vu des gens avec des blessures plus graves revenir après quatre semaines, a souligné Geller. Alexandre ne sera pas prêt pour une compétition dans quatre semaines, mais le Grand Prix de Rostock est dans sept semaines. On ne sait pas si c'est possible, mais la porte est ouverte. On ne prendra toutefois aucun risque. »
Si Despatie n'est pas suffisamment remis, il pourra se rabattre sur les sélections olympiques de Victoria, du 20 au 22 juin, et qui représentent déjà un point d'interrogation aux yeux de son entraîneur Michel Larouche. En attendant, Despatie doit se rendre à deux autres reprises à la clinique du Dr Burdenko, en mai et en juin. Avec les Jeux olympiques de Pékin dans un peu plus de 100 jours, il y a urgence d'agir.
23 avril 2008
Simon Drouin
Si le doute envahit Alexandre Despatie durant sa convalescence, il aura une histoire inspirante à laquelle se raccrocher. Et il la connaît bien puisque c'est celle de Sylvie Bernier, une amie de la famille.
Un mois avant les Jeux olympiques de Los Angeles, en 1984, Bernier s'était bêtement fêlé une côte lors d'un échauffement. En plus de rater une semaine complète d'entraînement, elle avait dû réduire la cadence à son retour.
« Au lieu de faire ma routine quatre fois, je la faisais une fois, mais il fallait que ce soit parfait. C'était comme une compétition à chaque jour », a relaté Bernier récemment.
Elle avait aussi beaucoup utilisé la visualisation, un outil nouveau à l'époque. Refusant de dévoiler la moindre faiblesse à ses adversaires, elle avait tenu sa blessure secrète, allant même jusqu'à s'entraîner seule dans le bain libre lors d'un camp de l'équipe canadienne à Phoenix. Malgré la douleur, Bernier avait gagné l'or à Los Angeles. Elle est persuadée que Despatie saura se relever avant Pékin. « Ce ne sera pas facile, mais si un athlète est capable, c'est Alexandre », a affirmé la chef de mission de l'équipe canadienne à Pékin.
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