3 janvier 2006


photo : Martin Bouffard

Il a conquis les Championnats du monde FINA

Quand je pense aux Championnats du monde FINA, qui ont eu lieu à Montréal en juillet dernier, je revois aussitôt deux hommes en maillot de bain : le maire Gérald Tremblay et Alexandre Despatie.

Le premier, à contre-courant et en Speedo, s'il vous plaît, est en train de récupérer des championnats à la dérive, alors que le second effectue un plongeon frisant la perfection et la poésie.

Les politiciens, c'est bien connu, sont capables de patiner. Le maire Tremblay, lui, est également capable de nager.

Il l'a prouvé de façon combien éloquente en sauvant ce qui s'est révélé le show sportif par excellence de l'été à Montréal.

Tremblay a sauvé le show, Despatie l'a conquis.

Ce n'est pas souvent qu'on applaudit un politicien, et Tremblay, il faut bien le dire, aurait mérité une place sur la première marche du podium.

A l'occasion des cérémonies d'ouverture des championnats, le public lui a témoigné sa reconnaissance en l'acclamant.

À la Ville, ces championnats, en fin de compte, ont coûté un peu plus de quatre millions, mais qu'est-ce que quatre millions quand les gens ont la chance d'applaudir les meilleurs du monde ? Pour beaucoup plus d'argent, ils sont habitués à obtenir beaucoup moins. Donc, bravo au maître nageur qu'a été Gérald Tremblay !

Despatie ? Il a été génial, rien de moins. Médaille d'or au tremplin de trois mètres et médaille d'or au tremplin d'un mètre. Deux victoires combien spectaculaires, qui ont fait la joie d'un public survolté.

Au tremplin d'un mètre, le Lavallois de 20 ans a devancé non pas un, mais deux Chinois, Xiang Xu et Feng Wang. Battre les Chinois au plongeon, c'est comme battre des Brésiliens au foot. Ça se fête !

« Je n'ai jamais aussi bien compétionné, aussi bien plongé dans deux compétitions consécutives », admettait Despatie.

« Après ma victoire au tremplin de trois mètres, je pensais que ma job était finie. Cette seconde médaille se veut donc un boni. »

« Ça vibrait dans mes oreilles... »
Il fallait voir les gens réagir dans les gradins.

Si une foule est capable de générer des ondes positives, Despatie avait sans doute l'impression qu'ils étaient plus de 4000 à plonger avec lui.

« À la hauteur de la piscine, a raconté le jeune champion, ça vibrait tellement les gens criaient fort. C'était puissant.

« Ça vibrait dans mes oreilles, dans mon corps. Je n'avais jamais rien ressenti de pareil. Ça n'a pas de prix.

« À mon dernier plongeon dans chacune de mes deux épreuves, je me voyais gagner avant même de plonger. Ces gens font un peu partie de mes médailles. »

Dans les deux épreuves, Despatie a réalisé un parcours parfait, ayant été premier dans les préliminaires et premier en demi-finale avant de se sauver avec l'or.

Au plongeon de trois mètres, Despatie est devenu le premier plongeur de l'histoire à franchir le cap des 800 points, un record non homologué par la FINA.

« La meilleure journée de ma vie en compétition », disait Despatie.

« J'ai réussi à rassembler mes forces pour connaître le genre de journée dont je rêvais depuis le début de l'année.

« Parce que j'ai gagné chez moi, cette médaille vaut plus que les autres. Au cours d'une carrière, très peu d'athlètes ont la chance de vivre un championnat de cette envergure dans leur patelin. Une journée inoubliable... »

Bref, Despatie aura été le rayon de soleil d'un été très chaud, mais sûrement trop court.