Février 2004

Il fait la fierté des Québécois sur la scène sportive internationale depuis plusieurs années. Il défie à la fois l'air et l'eau avec les meilleurs atoutes qui soient : talent, simplicité, détermination. Rendez-vous sur le tremplin pour un plongeon dans l'univers d'Alexandre Despatie !
entrevue de Robert Vegiard
rédaction de Catherine Ponton-Hurtubise
Ce n'est pas pour rien qu'Alexandre Despaties est un athlète aussi apprécié. À lui seul, il incarne les plus belles valeurs olympiques; il respire la santé, la jeunesse, la discipline... et il se montre aussi à l'aise sur le tremplin que devant les caméras. C'est à un jeune homme solide qu'on tend le micro, un jeune homme qui a atteint les sommets sans se départir de sa simplicité ni de son côté terre-à-terre. Fait intéressant, Alexandre illustre aussi le cheminement de l'enfant talentueux qui atteint le niveau professionnel de sa discipline et qui doit organiser sa vie en conséquence. Voilà une situation qui donne l'exemple à de nombreuses familles qui comptent dans leurs rangs de futurs médaillés en puissance.
Originaire de Montréal, Alexandre a grandi à Laval-sur-le-Lac, tout près du secteur de Sainte-Dorothée, qu'il n'a jamais quitté. C'est pratiquement simultanément à son entrée à l'école primaire des Trois-Soleils qu'il se prend de passion pour le plongeon. Il a alors cinq ans et, bien qu'il ait touché à plusieurs sports, du hockey au tennis en passant par le ski, c'est celui-là qu'il préfère entre tous. « Ç'a été comme un déclic; j'adorais déjà être dans l'eau et je passais des heures dans la piscine derrière chez moi. Je ne me suis même pas posé de questions avant de prendre cette direction ! » Pas étonnant, avec un tel intérêt, qu'Alexandre progresse rapidement, en plus de se montrer naturellement doué. Il est même si talentueux et appliqué qu'après seulement deux semaines de cours, un entraîneur d'un niveau supérieur organise une rencontre avec les parents d'Alexandre pour obtenir leur accord pour l'intégrer immédiatement dans un groupe plus avancé. Faut-il voir là un signe du destin ? Quoi qu'il en soit, les parents d'Alexandre ne peuvent pas refuser à leur fils une si belle opportunité, surtout devant l'enthousiasme dont ce dernier fait montre.
Au fil des années, la passion d'Alexandre pour le plongeon ne décroît pas, ce qui l'amène même à choisir la polyvalente Antoine-de-St-Exupéry à cause de son programme de sport-études très développé, qui lui permettra de conjuguer le plongeon avec son programme scolaire. C'est durant cette période qu'il commence à se faire connaître davantage des médias et qu'il remporte titres et médailles. Il s'illustre notamment aux Jeux du Commonwealth en 1998 avec une médaille d'or au 10 mètres qui lui vaut d'être le plus jeune médaillé de l'histoire des Jeux ; et à Sydney en 2000, où il est le plus jeune membre de l'équipe canadienne (dont il fait partie depuis 1996). Il a également été sacré champion du monde junior aux 1 mètre et 10 mètres en 1999, vice-champion du monde au 3 mètres en 2000 et vice-champion du monde au 10 mètres en 2001. Ce ne sont là que quelques titres parmi les records fracassés et les victoires...
Une journée dans la vie d'Alexandre
Passer du niveau amateur au niveau professionnel implique également pour un jeune homme comme Alexandre un mode de vie rigoureux qui ne va pas sans nécessiter une grande discipline personnelle. En effet, une journée dans la vie d'Alexandre, aussi bien dire son emploi du temps du lundi au vendredi, se déroule comme suit :
Lever à sept heures, déplacement, entraînement au centre Claude-Robillard de neuf heures à midi, pause-repas d'une heure, reprise de l'entraînement de treize heures à quinze heures trente, et finalement un cours au Cégep (il est en deuxième année au collège André-Grasset) de quinze heures trente à dix-sept heures. « En rentrant je suis mort de fatigue, concède-t-il, je ne me couche pas plus tard que vingt-deux heures trente, et le plus souvent, je m'endors devant la télé... ». Voilà bien la rançon de la gloire ! Mais que ne sacrifierait-on pas pour sa passion !
La fin de semaine, Alexandre a un entraînement de deux heures le samedi matin à 8 heures 45, où il fait du ballet pour améliorer sa coordination et sa flexibilité. Et finalement, quand arrive le dimanche, il fait relâche. « J'en profite pour voir mes amis, dont certains sont restés les mêmes depuis l'école primaire. Ils sont très importants pour moi .. Sent-il parfois le besoin de se ressourcer, de faire le vide, au milieu d'un horaire si chargé ? « C'est encore avec mes amis que j'y arrive. Ils comprennent qu'en dehors de la piscine, je n'ai pas envie de parler de plongeon. Nous n'en parlons jamais entre nous, ce qui fait que je peux m'évader complètement de mon sport quand j'en ai besoin. On fait des tas d'autres choses, à la place ! »
En ce qui a trait aux petits désagréments de sa discipline, on ne peut oublier les blessures qu'elle peut évidemment occasionner. Surtout lorsque, comme Alexandre, on préfère entre tous le tremplin le 10 mètres... La seule blessure qui ait été assez grave pour le faire arrêter partiellement pendant quelques mois est survenue en 1999, un an avant les Olympiques. Alors qu'il souffrait déjà d'une blessure mineure au dos, il s'est poussé à bout dans les compétitions pour se rendre aux Jeux. Par conséquent, il a dû arrêter de sauter à cette hauteur pendant trois mois. « J'ai eu peur de perdre le goût pour le 10 mètres, puisque je ne me concentrais que sur le 3 mètres. En fait, j'ai eu un peu l'impression de reculer, ou en tout cas d'être vraiment ralenti par cet arrêt. Mais finalement, tout est rentré dans l'ordre ». Le type de blessures qui revient le plus souvent touche la région des bras et des épaules, des triceps et des poignets. On diminue énormément les chances de se blesser avec un bon réchauffement, explique Alexandre, mais le 10 mètres ne pardonne pas ». La vitesse d'entrée dans l'eau, nous apprend-il, est de 35 à 40 km à l'heure, ou 9,8 mètres à la seconde. On peut comprendre que l'impact nécessite un bon gabarit pour être encaissé, c'est pourquoi on ne laisse généralement pas les jeunes enfants sauter de si haut. La preuve, faire un flat après un plongeon du 10 mètres peut être assez dangereux, sans parler de la douleur. « Ça m'est arrivé une fois, si fort que ma peau a été coupée et que je saignais à deux endroits. Le reste de la zone de peau était bleu violacé. Certains plongeurs perdent connaissance et vont jusqu'à cracher du sang ! ».
Pour éviter ces petits désagréments, il faut savoir s'y prendre, c'est pourquoi la supervision de l'entraîneur est vitale pour l'athlète qui souhaite dépasser ses limites.

Objectif 2004 :
une équipe pluridisciplinaire
Alexandre est entouré par une équipe de professionnels, particulièrement depuis que ses entraîneurs, *Michel Larouche et César Henderson ont mis sur pied l'an dernier le programme « Objectif 2004 ». Ce dernier inclut la participation du psychologue sportif Bruno Ouellet, de la nutritionniste Mélanie Olivier (qui est aussi celle d'Éric Lucas) et de plusieurs thérapeutes, dont une orthothérapeuthe. « Avant je ne voyais pas la nécessité d'un psychologue sportif, et je n'aimais pas vraiment l'idée du patient étendu à côté du médecin qui prend des notes dans un calepin. Mais j'aime beaucoup l'approche de Bruno Ouellet, qui est plus humaine et surtout plus détendue. Nous discutons, il cherche à me connaître et souvent, il me fait réaliser des choses sur moi-même que je n'avais pas remarquées », avoue Alexandre. De plus, une équipe de relations publiques gravite autour de lui, ainsi que son commanditaire McDonald's, sans compter ses proches ; c'est le père d'Alexandre qui s'occupe de la majeure partie de la gestion des finances.
Finalement, on ne peut passer sous silence la question que se posent nombre de jeunes Québécoises : « Et les amours ? » Rassurez-vous, Alexandre est célibataire, surtout en raison de son manque de temps. « Pour moi, dans une relation, il faut que je puisse voir ma copine quand je le veux et être là chaque fois qu'elle a besoin de moi. En ce moment, mon horaire ne me permet pas de faire ça et de toutes façons, ce ne serait pas très juste pour la copine en question ». Le fait d'être célibataire ou non ne change toutefois rien à la détermination de ses fans. Alexandre raconte qu'il reçoit souvent des courriers électroniques de la part de jeunes filles qu'il ne connaît pas, par lesquels elles l'invitent au restaurant ou à sortir. « Je prends ça avec le sourire, c'est vraiment très gentil » commente-t-il en riant !
Les passions du champion
Pour l'instant, il se passionne pour bien d'autres choses, à savoir les voitures, la gastronomie et tout particulièrement le cinéma. « J'aimerais être acteur quand j'arrêterai les compétitions. C'est vraiment quelque chose que j'aimerais réaliser un jour. J'ai eu des offres pour faire de la télévision, mais je n'ai pas de temps pour ça non plus, ça ne s'est donc jamais concrétisé. Si jamais ça ne fonctionne pas, je voudrais faire carrière dans les affaires, peut-être avec mon père dans l'immobilier » réfléchit-il, prosaïque. Une chose est certaine, Alexandre n'est pas fait pour le travail de bureau. Comme dans le sport, il a un besoin inconditionnel de se dépasser, de relever des défis et d'être constamment en mouvement. Comme tous les jeunes de son âge, il a besoin de se dépenser et ne peut envisager la sédentarité à aucun prix. Pas après avoir passé une grande part de sa vie à s'activer entre le tremplin et l'eau !
En fin de compte, si Alexandre est aussi admiré des Québécois, c'est non pas seulement pour ses victoires, mais pour le travail acharné auquel il s'attelle afin de s'accomplir en tant qu'athlète. Il est là, au fond, le grand saut : se propulser soi-même vers les sommets.
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*Lors du 31e gala annuel de Sports Québec, le 18 décembre dernier, le plongeon a obtenu des notes parfaites ! En plus de rafler les deux titres d'athlète de l'année, le « Maurice » de l'entraîneur par excellence est allé à Michel Larouche et César Hendersen, entraîneurs d'Alexandre et d'Émilie Heymans.

Les parents d'Alexandre Despatie
Si un jeune athlète comme Alexandre Despatie doit organiser son univers en fonction de sa passion et de ses objectifs, il en va de même pour ceux qui gravitent autour de lui. Famille et amis sont nécessairement eux aussi impliqués dans ce mode de vie pour le moins mouvementé. Les parents d'Alexandre ont vu très tôt que leur fils était un enfant déterminé, ce qui est caractérisé par sa personnalité et qui explique son engagement dans les sports. Dès que leur fils a démontré son talent naturel et manifesté une passion pour le plongeon, ils n'ont pas hésité à investir leur temps et leur énergie dans l'avenir prometteur d'Alexandre. « Au fond, les parents sont les premiers commanditaires d'un jeune athlète, et notre famille est fondée sur des valeurs comme le support, l'engagement, le courage de réaliser ses rêves. Aussi nous lui avons donné tout notre appui, comme nous le faisons pour sa soeur. Nous avons fait nos choix en conséquence, autant au niveau du budget que de l'organisation familiale. Ça ne nous est pas apparu comme un sacrifice, mais bien comme un investissement dans la réalisation d'Alexandre », racontent M. et Mme Despatie. Justement, comment arrivent-ils à composer avec les horaires, les obligations de leur fils, la pression exercée sur lui ? « Il est certain qu'Alexandre a 18 ans et qu'il est désormais un adulte; il a développé suffisamment de maturité pour gérer son propre stress, mais il vit encore chez nous, et nous avons donc encore un rôle d'éducation à jouer. Parfois, nous devons lui dire de s'arrêter, de se reposer un peu. En fait, nous tentons surtout de lui assurer un équilibre constant, qu'il ait du temps pour se consacrer à ses études, à ses amis. Pour nous c'est important qu'il se consacre à l'entraînement, mais nous pensons qu'il est vital pour lui de vivre une vie normale ». Quand se sont-ils rendu compte que leur fils avait l'étoffe d'un champion? « Au début, nous n'avions aucune attente, mais après les Jeux de Sydney (en 2000), nous avons compris qu'il irait loin. Toutefois, l'important c'est qu'il ait du plaisir. En fait, c'est quand il s'amuse qu'il performe le mieux. Pour nous, c'est ce qui compte ».
Dans la carrière d'Alexandre Despatie comme dans celle de tout jeune athlète qui aspire aux sommets, il est un aspect incontournable : l'appui d'un commanditaire. Or, il se trouve que par le plus heureux des hasards, Alexandre a déniché une équipe en or, qui est devenue pour lui une seconde famille : McDonald's. En effet, après les jeux du Commonwealth, Alexandre avait fait une déclaration aux médias à propos de son envie de manger un Big Mac dès qu'il serait de retour à Montréal ! Comme suite à cette déclaration, McDonald's, qui encourage depuis de nombreuses années l'activité chez les jeunes tant en commanditant des athlètes olympiques des quatre coins du monde que des équipes sportives locales, a vu en Alexandre un ambassadeur exemplaire de sa mission auprès des jeunes. Dès lors, de véritables liens d'affection se sont noués entre Alexandre et l'équipe. « Nous travaillons avec Alexandre et ses parents en constante collaboration, nous sommes très proches », explique Katia Cyr, superviseurs des relations publiques chez McDonald's.
« La performance des athlètes n'est pas l'objectif que nous cherchons à atteindre; nous souhaitons davantage encourager l'entraînement et les valeurs qui y sont rattachées, la passion, la détermination. Alexandre est le représentant idéal de ces valeurs, et ses performances rappellent l'effort constant qu'il met en oeuvre pour réussir ». De son côté, Alexandre tient un rôle important dans la famille McDonald's en participant à des levées de fonds, en s'impliquant de diverses façons dans la mission sociale de l'entreprise. « En vérité, il possède une telle joie de vivre, une telle passion jusqu'à donner des sessions de motivation aux employés de McDonald's, des jeunes pour la plupart, et leur transmet son énergie positive et sa volonté de dépassement », ajoute Katia Cyr. Jusqu'à ce jour, Alexandre est le plus jeune athlète olympique commandité par McDonald's, derrière les Annie Pelletier et Jean-Luc Brassard.
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