
Comtois mène le clan silencieusement
Alexandre Despatie : « Philippe est une icône dans le monde du plongeon »
Aux Jeux olympiques de
Sydney, quatre ans après la médaille de bronze d'Annie Pelletier, le petit monde québécois du plongeon confirme à tous qu'il fait partie du grand monde. Émilie Heymans et Anne Montminy gagnent l'argent à la tour de 10 mètres en plongeon synchronisé, Montminy termine troisième au 10 m individuel et, à ses premiers Jeux olympiques, le jeune Alexandre Despatie mérite une quatrième place à la tour. Bref, c'est un succès sur toute la ligne.
Si Montminy a tiré sa révérence, Heymans et Despatie sont toujours dans le coup et se préparent en vue des Jeux d'Athènes en 2004. Ils s'entraînent quotidiennement à la piscine du Complexe sportif Claude-Robillard et servent évidemment de modèles aux plus jeunes.
Mais le modèle des modèles, c'est Philippe Comtois.
Le Lavallois de 26 ans n'a pas de médaille olympique dans sa collection. Il a beaucoup plus: la considération de ses pairs.
« Philippe est une icône dans le monde du plongeon», explique Alexandre Despatie. Émilie Heymans renchérit: « Tout le monde a du respect pour lui. » Michel Larouche, l'entraîneur du club CAMO, n'a aussi que des bons mots pour l'athlète : « Philippe, c'est le grand frère de tout le monde ici. C'est le modèle à suivre. » Linda Cuthbert, juge et présidente de la fédération canadienne, ajoute à ce concert d'éloges : « Je crois que Philippe ne réalise pas à quel point il est une inspiration. »
En effet, Philippe Comtois ne semble pas se rendre compte de l'ampleur de son exploit. Ou peut-être qu'il ne veut tout simplement pas s'en rendre compte. Il s'entraîne, plusieurs heures par jour et le soir venu, gagne sa croûte en enseignant les rudiments de son sport à des plus jeunes. Pour lui, le plongeon est un mode de vie. C'est tout.
En 1996, à 19 ans, Philippe Comtois termine 16e au tremplin de trois mètres des Jeux olympiques d'Atlanta. À ces mêmes Jeux, Annie Pelletier vole la vedette avec sa superbe remontée lui permettant de grimper sur le podium. Satisfait de sa première expérience olympique et bien loin des caméras braquées sur sa coéquipière retraitée, le Lavallois poursuit son petit bonhomme de chemin en grimpant dans les classements mondiaux. Tout fonctionne rondement pour viser un podium aux Jeux de Sydney, en septembre 2000.
Mais en mars de la même année, six mois avant les Jeux, il est victime d'un accident qui fait frémir tout le monde au Grand Prix d'Angleterre, à Sheffield. Pendant l'échauffement précédant la finale du trois mètres, il se démolit littéralement le genou gauche en frappant le tremplin. Le verdict est pénible à entendre: os fracturé, ligament déchiré et surtout, un important nerf sectionné. Les médecins lui disent qu'il sera handicapé à vie. L'athlète doit subir deux longues interventions chirurgicales et évidemment mettre une croix sur les Jeux de Sydney. C'est la fin du rêve olympique.
Mais Philippe Comtois n'a pas fait son dernier tour de piste. Après avoir abasourdi ses physiothérapeutes, il étonne le monde du plongeon en changeant sa jambe d'appel parce que sa cheville gauche ne répond plus. Un an après son accident, il se rend à Winnipeg où il gagne une médaille de bronze aux Championnats canadiens. Cet exploit lui vaut une chaleureuse ovation de la part de la communauté du plongeon. Philippe Comtois est bel et bien de retour.
« Ça faisait 15 ans que Philippe plongeait quand il a changé sa jambe d'appel, nous explique Alexandre Despatie. C'est comme si je vous demandais de vous mettre à écrire de la main gauche et de devenir un des meilleurs au monde pour l'écriture. C'est inimaginable. »
Quant au principal intéressé, il parle de son handicap en riant. « Je cours mieux que je marche, parce qu'en marchant, si j'oublie de lever mon genou gauche suffisamment haut, mes orteils frottent le sol et je pique du nez », explique-t-il, en s'esclaffant devant ses coéquipiers, parfois témoins de ses maladresses.
Mais quand il parle de ses objectifs, le plongeur est sérieux. Le long marathon menant aux Jeux olympiques d'Athènes commencera la semaine prochaine, avec la présentation du Grand Prix d'Australie, suivi de celui de Chine. « Au trois mètres individuel, je suis capable d'obtenir de bons résultats et en synchro (avec Alexandre Despatie), nous pouvons être aussi bons que les meilleurs au monde. »
Suivront d'ici août les Championnats canadiens, d'autres Grands Prix, les Championnats du monde aquatiques, qui serviront de qualifications olympiques, et les Jeux panaméricains.
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