24 août 2008


Émilie Heymans
photo : Bernard Brault

Émilie, l'énigme résolue

J'ai pensé choisir Usain Bolt, l'éclair jamaïcain qui s'est moqué du livre des records et a insufflé une touche de folie, de joie de vivre et d'insouciance dans un monde du sprint trop souvent dominé par de p'tits pitbulls arrogants.

J'ai songé à Michael Phelps et à ses huit médailles d'or, à ses bras longs comme les ailes d'un albatros, et surtout, à sa victoire du bout des ongles dans le 100 m papillon.

J'ai hésité en me remémorant les larmes d'Eric Lamaze, debout sur la plus haute marche du podium à Hong-Kong après avoir gagné sa deuxième médaille en sport équestre. Dans ces Jeux où le thème de la rédemption n'était jamais bien loin, l'histoire de ce cavalier qui a vaincu ses démons personnels était peut-être la plus belle d'entre toutes.

J'ai pensé à Dylan Armstrong, sympathique colosse du lancer du poids passé à côté de la médaille de bronze par un minuscule centimètre. À Alexandre Despatie, qui nous a une fois de plus sorti le grand jeu, blessure ou pas. À Adam van Koeverden, Tom Hall, Richard Dober et la belle gang du canoë-kayak.

J'ai pensé à bien du monde. Mais au final, mon coup de coeur des Jeux, c'est Émilie Heymans.

Au fil des ans, la plongeuse a connu sa large part de déceptions. Bousillage de son dernier plongeon à la tour aux Jeux d'Athènes. Décevante quatrième place aux Mondiaux de Montréal. Séparation d'avec son entraîneur de longue date, Michel Larouche. Non-qualification pour les Jeux de Pékin du duo de plongeon synchro qu'elle forme avec Marie-Ève Marleau.

Ça commence à faire beaucoup.

Comme elle n'est pas du genre à s'extérioriser, on n'a jamais vraiment compris si ses échecs répétés la troublaient ou non. À côté du livre ouvert qu'est Despatie, l'énigme Heymans - pour reprendre la très juste expression de Mitch Geller, de Plongeon Canada - nous laissait tous perplexes. Et nous poussait presque à nous interroger sur son désir d'exceller.

Et pourtant, alors qu'elle aurait pu décrocher et tourner le dos au plongeon, elle a continué, dans l'anonymat d'un petit club de Pointe-Claire, parce que derrière ses grands yeux bleus se cache une détermination qui n'a probablement rien à envier à celle de Despatie. Avec Yihua Li, son entraîneuse, elle a bâti pierre par pierre la confiance qui lui a si longtemps fait défaut. Et jeudi, le temps d'une lumineuse finale du 10 m où elle s'est battue pied à pied avec les Chinoises, on a vu la vraie Émilie Heymans. Celle qui n'a plus peur de rien.



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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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