L'Émilie Heymans qui craquait sous la pression est morte. Celle qui s'est présentée hier à la plateforme de 10 mètres contrôlait parfaitement ses émotions, et savait exactement où elle allait: sur le podium.

La plongeuse de Saint-Lambert a en effet arraché la médaille d'argent aux Jeux de Pékin, après plusieurs années de galère. «Une grande délivrance», a commenté cette grande fille imperturbable, qui n'a pas encore décidé si elle se rendra jusqu'aux Jeux de 2012 à Londres.
Émilie Heymans n'a pas l'habitude de laisser paraître ses émotions. Même avec une médaille d'argent au cou, la plongeuse de Saint-Lambert est restée tout en contenance. À peine a-t-elle esquissé un sourire crispé sur le podium. Devant les journalistes, ce fut le discours habituel : je suis contente d'avoir plongé comme je le fais à l'entraînement. Mais ne vous y trompez pas, Heymans est immensément heureuse de cette troisième médaille olympique, une première dans une épreuve individuelle.
Pour prendre la mesure de son bonheur, il faut se référer à une image. Celle, magnifique, de son immense sourire après son quatrième et avant-dernier plongeon de la finale du 10 mètres, hier soir, à Pékin. Le masque était tombé, un moment inhabituel pour cette féroce compétitrice. Libérée d'une immense pression, Heymans a su à ce moment que le podium tant espéré ne pouvait plus lui échapper.
Mais la championne du monde de 2003 n'était pas rassasiée.
Heymans a poussé la Chinoise Chen Ruolin dans ses derniers retranchements grâce à un dernier plongeon qui a fait murmurer les milliers de partisans chinois. Deux plongeuses plus tard, la petite puce de 15 ans s'est avancée au bout de la plateforme sous les cris d'un public qui attendait le sacre de sa championne. Chen s'est élancée avant de disparaître sans laisser de trace sous la ligne d'eau du bassin de l'Aquacube. Au terme d'une soirée de plongeon exceptionnelle, l'or était à elle. Mais dans le coeur de la Québécoise, l'argent valait tout autant.
« C'est vraiment un grand accomplissement. J'ai passé à travers des moments vraiment difficiles durant ma vie, mais ça a fait de moi la personne que je suis et ça m'a permis de plonger comme ça aujourd'hui », a dit Heymans après la cérémonie des médailles.
À l'image d'Alexandre Despatie deux jours plus tôt, Heymans s'est immiscée entre deux plongeuses chinoises grâce au meilleur pointage de sa carrière dans un événement international (437,05). Auteure du seul plongeon de 100 points de la finale, Chen l'a emporté avec 447,70 points. Sa compatriote Wang Xin, 16 ans et tenante du titre mondial, a gagné le bronze avec 429,90 points.
Imperturbable
Chen et Wang, deux athlètes de 4 pieds 6 pouces pesant moins de 70 livres, ont impressionné les juges par leurs entrées à l'eau frôlant la perfection. La puissante plongeuse québécoise a répliqué avec sa grâce et ses mouvements dynamiques.
Surtout, Heymans ne s'est pas laissé envahir par le doute comme ce fut le cas aux derniers Jeux d'Athènes de 2004 et aux Mondiaux de Montréal de 2005, où des erreurs franches l'avaient reléguée au quatrième rang.
« Elle a eu l'air imperturbable tout le temps qu'elle a passé en Chine, a souligné Mitch Geller, directeur technique à Plongeon Canada. Elle est arrivée avec une mission en tête. »
Heymans semble aussi avoir tiré profit d'une relation plus harmonieuse avec Yihua Li, qui a pris la relève de Michel Larouche après une séparation douloureuse en 2005. Pour la première fois de sa carrière, l'athlète de 26 ans a aussi fait appel aux services d'une psychologue sportive.
« J'ai juste grandi, je suis plus mature, ça a aidé beaucoup, a indiqué Heymans. J'ai beaucoup travaillé sur l'aspect mental, à croire en moi, savoir que je peux très bien faire. »
Heymans avait gagné l'argent aux Jeux de Sydney et le bronze à Athènes en synchro. Elle devient la cinquième athlète canadienne à gagner trois médailles à trois Jeux olympiques consécutifs.
« Je ne réalise pas encore tout à fait ce qui s'est passé ce soir, a dit Heymans. Je ne réalise pas plus que c'est fini. Il me semble que ça fait tellement longtemps que j'attends, que je suis ici, dans le village des athlètes. Je commence et tout à coup c'est fini. C'est vraiment une grande délivrance. »
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