Après une longue attente, Émilie Heymans entreprendra enfin ses troisièmes Jeux olympiques, ce matin, dans le cadre des préliminaires du 10 mètres à l'Aquacube de Pékin. Ce n'est pas une raison pour se presser. Comme d'habitude, quand le sifflet se fera entendre, elle prendra tout son temps pour s'installer au bout de la plate-forme.

Sa routine est sacrée. Personne ne peut la bousculer.
« Elle est presque une énigme », image Mitch Geller, chef de l'équipe canadienne de plongeon. « Quand elle est là-haut, elle projette sa personnalité. »
Rien à voir avec de la bravade ou de l'arrogance, précise Geller. Heymans est simplement différente des autres plongeuses. « Elle a son propre agenda, dit-il. Tout le monde la regarde se préparer et au moment où elle est prête à s'élancer, tu ne penses à rien d'autre. Tous les yeux sont rivés sur elle. »
Une énigme, elle l'est aussi pour les journalistes. Elle n'est pas facile à interviewer. Plusieurs s'y sont cassé le nez, y compris un vieux chroniqueur réputé.
« Elle est timide et réservée et elle n'aime pas parler d'elle, tout simplement », explique Éric Heymans, son père, rencontré la semaine dernière à la Maison du Canada, à deux pas du Nid d'oiseau.
On s'attendait à une entrevue individuelle, mais toute la famille nous attendait sur la terrasse ensoleillée. En plus de M. Heymans, il y avait Marie-Paule, la mère, escrimeuse pour la Belgique aux Jeux de Montréal; Séverine, la soeur aînée qui travaille à la piscine olympique, et, un peu en retrait, Christian, le chum ex-pro de volleyball aujourd'hui ingénieur.
Comme avec Émilie, il faut prendre son temps avec les membres de la famille Heymans. Ils sont très gentils et polis, mais posés. Les informations tombent au compte-gouttes. Le père est souvent le premier à parler, mais après une heure et demie de discussion, chacun aura offert un éclairage particulier sur cette athlète à la personnalité complexe, parfois mal interprétée.
Pour différentes raisons, Émilie a la réputation de mal résister à la pression. Elle avait utilisé les vilains mots « j'ai choké » après sa contre-performance à la tour aux Jeux olympiques d'Athènes. Elle avait fini quatrième.
« Si elle a fait tant de "grosses erreurs", comment se fait-il qu'elle a systématiquement fini parmi les cinq premières à chacun des grands événements internationaux depuis 2003 ? soulève M. Heymans. Pour elle, un 7,5 est un plongeon raté. Pour une autre plongeuse, un 6,5 est synonyme de constance. »
Émilie a parcouru beaucoup de chemin depuis sa séparation douloureuse avec l'entraîneur Michel Larouche dans la foulée des Championnats du monde de Montréal, en 2005. Blessé, ce dernier a mis deux ans à s'en remettre. Son refus de rencontrer les journalistes à Pékin n'est sans doute pas étranger à ces événements. Mais aucune inimitié ne subsiste entre Larouche et Heymans, maintenant dirigée par Yihua Li au club de Pointe-Claire. Larouche est le premier à bondir de son siège quand celle qu'il a menée à un titre mondial réussit un autre plongeon spectaculaire. « Si Yihua se blessait ou tombait malade, ce serait Michel qui la remplacerait », résume Éric Heymans.
En Yihua, Émilie a trouvé une alliée et une confidente. Leur relation est basée sur la collaboration. « C'est une femme. Il y a plus de dialogue », dit M. Heymans.
Heymans est aussi bien entourée. Au centre d'entraînement de la piscine olympique, elle travaille étroitement avec le préparateur physique Alain Delorme. Présent à Pékin, ce dernier lui envoie ses plans d'entraînement par Internet.
L'athlète de 26 ans semble plus sereine et plus confiante que jamais. Cela a à voir avec la maturité, mais aussi à ses rencontres avec la psychologue sportive Penny Werthner. « Émilie voulait essayer, dit sa mère Marie-Paule. Après toutes ces années, elle en est venue à la conclusion qu'elle ne pourrait régler seule son problème de confiance. »
Les deux ont également beaucoup travaillé sur le processus de préparation mentale spécifique à une compétition. « Elle entrait en phase de concentration intense beaucoup trop tôt, dit Mme Heymans. Par exemple, Émilie pensait qu'elle devait être très concentrée dès qu'elle se levait. »
Parvenue en finale, elle était donc épuisée mentalement et physiquement. Aussi, elle se détend en écoutant des films et en côtoyant ses proches. À Pékin, elle a rencontré sa soeur et son copain à quelques reprises, ce qu'elle n'aurait jamais fait avant. « Elle se donne la permission de penser à autre chose qu'au plongeon », explique Séverine.
Dans un sport aussi imprévisible que le plongeon, un podium n'est jamais garanti. Aujourd'hui et demain, la nervosité sera donc au paroxysme pour tous les membres de la famille. Sauf pour Christian, peut-être parce qu'il est passé par là.
L'objectif ? Une médaille d'or pour compléter l'argent de Sydney et le bronze d'Athènes, en synchro. « Mais n'importe quelle couleur ferait l'affaire » conviennent-ils dans un éclat de rire.
page mise en ligne par SVP

vélo
ski de fond
plongeon
Consultez
notre ENCYCLOPÉDIE sportive