Cette médaille-là, Alexandre Despatie y tenait absolument. Pour conjurer le sort, après une blessure au dos et une fracture toute récente au pied. Même les préliminaires, lundi, ont été difficiles.
Vincent Brousseau-Pouliot
Mais, hier, le plongeur de Laval s'était ressaisi et avait retrouvé sa concentration et son goût de vaincre. Bilan: une médaille d'argent au cou, grâce à une performance remarquable au tremplin de 3 mètres.
Le Québec a trouvé son roi des Jeux: Alexandre Despatie, qui a offert la meilleure performance de sa carrière hier afin de rafler la médaille d'argent au tremplin individuel de 3 mètres. Il s'agit de la première médaille québécoise individuelle aux Jeux olympiques de Pékin.
Hier en finale, Despatie a été devancé par le Chinois He Chong, qui a accumulé 572,90 points contre 536,65 pour le plongeur québécois. L'autre Chinois en lice, le champion du monde en titre Qin Kai, a pris le troisième rang avec une récolte de 530,10 points.
Toute la soirée, Alexandre Despatie et Qin Kai ont lutté pour le troisième rang. À son sixième et dernier plongeon, le champion du monde en titre a effectué un plongeon parfait. Les 17 000 spectateurs à l'Aquacube de Pékin ont retenu leur souffle quand Despatie s'est exécuté immédiatement après son rival chinois. L'athlète de Laval a réussi son meilleur plongeon des Jeux, conservant ainsi sa mince avance sur Qin Kai au deuxième rang.
« J'ai eu des frissons en sortant de l'eau, dit Despatie. Je savais que j'avais disputé une bonne épreuve. Rendu là, la couleur de la médaille ne me dérangeait pas car je ne me rappelle pas d'avoir aussi bien plongé. Ma médaille d'argent est en or. »
À 23 ans, Despatie récolte la deuxième médaille olympique de sa carrière. Il avait aussi terminé au deuxième rang au 3 mètres à Athènes en 2004. Deux médailles de même couleur, mais gagnées d'une façon bien différente. À Athènes, Despatie avait bénéficié d'une préparation parfaite. À Pékin, il effectuait un retour à la compétition après six mois d'absence en raison d'une blessure au dos et d'une fracture à un pied.
« Je suis arrivé à Athènes dans des conditions idéales, se rappelle Despatie. J'étais en forme, je n'avais pas de blessures et j'avais gagné toutes les épreuves importantes avant les Jeux. Mais j'ai fait une grave erreur en finale, et j'ai dû me contenter de la médaille d'argent. Cette fois-ci, c'est le contraire. Il ne m'est rien arrivé de bon cette année. D'avoir été capable de mettre tout ça de côté ce soir et d'aligner six plongeons de haute qualité, ça veut tout dire pour moi. »
Désigné par les Chinois comme l'ennemi numéro un à l'Aquacube de Pékin, Despatie avait montré des signes inquiétants lors des préliminaires. Ratant deux de ses six plongeons, il a terminé au neuvième rang, se qualifiant tout de même aisément pour la demi-finale. « Mes entraîneurs canadiens et même un entraîneur italien qui me connaît bien m'ont tous dit la même chose : "tu ne plonges pas pour toi, tu plonges pour prouver quelque chose aux autres", dit-il. Ils avaient raison. En finale, j'ai dû me répéter 250 fois dans ma tête de plonger pour moi. »
Après une nuit de sommeil, Despatie est arrivé dans de meilleures dispositions hier en demi-finale, où il a pris le deuxième rang. Il a toutefois gardé le meilleur pour la finale. S'il n'est pas monté sur la plus haute marche du podium, c'est uniquement en raison du brio de son rival He Chong. « C'était sa journée aujourd'hui, explique simplement Despatie. J'aurais aimé gagner moi aussi, mais je suis vraiment content pour lui. »
« C'est la meilleure performance de la carrière d'Alexandre, dit Mitch Geller, directeur de la haute performance de Plongeon Canada. S'il n'avait pas été blessé cette année, il aurait peut-être pu développer assez de puissance pour rivaliser de plus près avec He Chong. Mais dans les circonstances, nous n'aurions pas pu espérer mieux. »
Après la finale, Despatie a fait une longue accolade à la chef de mission du Canada aux Jeux de Pékin, Sylvie Bernier. La médaillée d'or en plongeon aux Jeux de Los Angeles en 1984 est une amie de longue date de la famille Despatie. « Je n'ai jamais douté d'Alexandre, dit-elle. Il est l'un des plus grands compétiteurs que je connaisse. Il carbure à la pression. On parle beaucoup de son talent, mais c'est surtout sa préparation mentale qui m'a impressionnée aujourd'hui. Plus ça plonge bien, plus Alexandre plonge bien. Aujourd'hui, chacun de ses plongeons était parfait. »
Une journée parfaite qui allait se continuer jusque tard dans la nuit. « Je ne pense pas que je vais parvenir à dormir, dit Despatie. Sauf peut-être une sieste. »
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