3 mai 2008


photo : Patrick Sanfaçon

Jennifer Abel songe à Pékin... mais pas trop

Jennifer Abel était en plein élan pour son dernier plongeon quand une chanson de Fatboy Slim s'est malencontreusement mise à résonner dans les haut-parleurs de la piscine du Parc olympique.

La plongeuse de 16 ans a un peu manqué son coup. Certains athlètes auraient déchiré leur chemise en public et imputé la faute à l'étourderie du DJ. Pas Abel. De toute façon, a-t-elle souligné, les plongeurs ont l'habitude de s'entraîner dans ce genre d'ambiance. « Ça ne m'a pas dérangée plus que ça », a assuré la jeune athlète lavalloise.

Abel a fini sixième de sa ronde demi-finale au tremplin de 3 mètres, hier après-midi, lors de la deuxième journée de la Coupe Canada de plongeon. Elle s'était déjà sortie de la course pour une participation à la finale de demain en bousillant son entrée à l'eau sur son quatrième et avant-dernier plongeon.

Pas grave. « Une demi-finale à 16 ans, à ma première participation individuelle à la Coupe Canada, ça se prend bien », a résumé Abel quelques minutes plus tard.

Surtout qu'en préliminaires, en matinée, Abel avait fini cinquième avec un excellent score de 312,65 points, ce qui conforte son statut de sérieuse prétendante à l'une des deux places disponibles pour les Jeux olympiques de Pékin.

Si l'expérimentée Blythe Hartley, de Calgary, est largement favorite en vue des sélections de Victoria, le mois prochain, Abel sera difficile à déloger pour le deuxième visa pour la Chine. La principale intéressée s'avoue elle-même un peu surprise et préfère afficher un certain détachement par rapport à une éventuelle sélection olympique.

« Avec l'année que je connais, ça rentre de plus en plus dans mon esprit », a néanmoins concédé Abel, surprenante 11e à la Coupe du monde FINA de Pékin, en février, résultat qui a procuré au Canada une place supplémentaire pour les JO. « Mais je suis encore jeune. J'ai encore le temps pour deux ou trois autres Jeux olympiques. Si ce n'est pas cette année, ce sera dans quatre ans, sinon huit. »

Reste qu'Abel a toujours été précoce. Dès l'âge de 9 ans, elle avait été inscrite aux championnats nationaux juniors, ouverts aux 18 ans et moins. À cette époque, elle affichait déjà des qualités athlétiques exceptionnelles, mais peinait avec sa coordination, raconte Michel Larouche, entraîneur-chef de CAMO Plongeon, où Abel s'entraîne depuis ses débuts. Cesar Henderson est son entraîneur principal.

«Elle éprouvait des difficultés à contrôler sa force et toute cette énergie, a raconté Larouche. En vieillissant, elle est devenue de plus en plus coordonnée. Elle est plus en mesure d'utiliser sa force de la bonne manière. Et elle réussit des entrées à l'eau de plus en plus précises. »

En 2006, Abel s'est révélée sur la scène internationale en gagnant la médaille de bronze au 3m aux Mondiaux juniors de Kuala Lumpur. À sa première saison dans la catégorie senior, elle a enlevé le bronze au 3m au Grand Prix de Madrid, en janvier.

Larouche estime que le potentiel d'Abel, née d'un père haïtien et d'une mère québécoise, est énorme. « À cet âge-là, les plongeons qu'elle fait, c'est particulier. C'est presque exceptionnel », a affirmé le coach, qui fêtait hier le 23e anniversaire de son embauche à CAMO. « Dans les années à venir, elle deviendra encore meilleure. »

Larouche croit d'ailleurs qu'Abel sera l'une des premières plongeuses à réaliser un double saut périlleux et demi avant avec deux vrilles, un plongeon exécuté seulement par les hommes à l'heure actuelle.

Chaque chose en son temps, aurait probablement objecté la sage Jennifer.



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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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