9 juin 2007
Jean-Nicolas Saucier
C'est la question que je vous pose : mais où donc étiez-vous, jeudi, en fin d'après midi ? Le Tour du Grand Montréal, l'épreuve cycliste qui amène dans la région la crème de la crème en matière de cyclisme féminin, vous connaissez ? En moto lors du deuxième tour de l'épreuve, j'ai dû compter, en étant très généreux, peut-être 250... disons 300 d'entres vous. Sur une population avoisinante qui dépasse les 50 000 âmes, je dois dire que c'est pas "vargeux".
Je vous entends déjà, les excuses toutes prêtes. "La météo n'était pas géniale, il faisait froid et ça avait l'air de vouloir pleuvoir." C'est vrai, tout à fait raison, et pis après ? Non, dans le fond, des excuses vous n'en avez pas 100 000... vous n'en avez qu'une : vous vous en fichez pas mal de la crème de la crème de la crème de je ne sais trop quoi. Et c'est votre droit le plus solennel. Personne ne va vous enlever ça.
Personne. Pas même un maire amoureux de vélo qui, depuis trois ans déjà, fait des pieds et des mains pour mettre sur pied, dans votre petite localité, un événement d'envergure internationale, aussi peu international soit-il. Le peloton de coureuses est international, l'événement, lui, pas mal moins. Les cracks de vélo en Belgique et en Suisse suivent peut-être les résultats à distance, mais les Belges et les Suisses dits "normaux" font probablement comme vous; ils s'en fichent carrément eux aussi. Et ils ont le droit, tout comme vous.
À prime abord, disons qu'un événement sportif d'envergure internationale présenté le jeudi après-midi, à 16 h 15, ça non plus c'est pas "vargeux". Pour encourager les gens à venir assister, on repassera. Bon, si c'était le septième match de la finale de la Coupe Stanley qu'on présentait à 16 h 15 à l'aréna Paul-Lemieux, je ne dis pas. Vous seriez sûrement nombreux à faire la file, à 6 h du matin, pour être certain d'avoir des billets. Mais le Tour du Grand Montréal, pas vraiment. Plusieurs d'entre vous pensent sûrement qu'il s'agit d'une version champêtre du Tour de l'Île, et c'est tout à fait justifiable.
Bien honnêtement, je vous comprends, ou presque. À 16 h 15 le jeudi après-midi, vous êtes probablement encore au travail. J'imagine la scène. "Patron, je vais quitter à 15 h 30 pour aller voir le Tour, histoire de démontrer mon support pour ce grand événement d'envergure internationale, d'accord ?" Bonne chance ! Mon patron à moi, il me laisse y aller, mais il s'attend à ce que je lui rapporte quelques bons textes pour l'édition du week-end. À chacun son métier.
Et si vous n'êtes pas au travail, ou si vous finissez à 17 h et que vous pourriez attraper les trois derniers tours de l'épreuve, il y a probablement un "zillion" de choses que vous pourriez faire à la place. Je vais être papa prochainement, et à 17 h le jeudi, je vais penser à changer les couches de Patrice ou Marie-Jane avant d'aller voir le Tour. Et c'est normal. Un événement d'envergure internationale à 16 h 15, c'est bon pour les coureuses, mais pour le public, on repassera encore une fois. C'est pour ça que le circuit de la Coupe du monde de cyclisme féminin est à des années lumières de la Coupe Stanley.
Rien contre les athlètes, au contraire. Entre vous et moi, je trouve ça un peu déprimant. Vous allez dépenser une fortune pour aller voir vos Canadiens donner un spectacle coussi coussa, un spectacle que vous voyez bien mieux à la TV, sans que ça vous coûte une cent. Une bande de millionnaires bien trop payés, versus une centaine de filles qui pédalent pour leur vie et travaillent à temps partiel pour vivre leur passion. Mon respect va aux filles, et je n'ai pas honte de le dire, même si j'adore le Canadien, et Kovalev aussi, mais ça, c'est une autre histoire.
Le pire, et là encore, vous n'avez pas tort, c'est que cet événement que vous n'allez pas voir vous fait probablement suer en raison des nombreuses rues barrées, des dérangements que ça occasionne et de la perturbation que cela cause. Je le sais, je suis arrivé en retard au Tour. Quel bordel de se retrouver dans la circulation avec ça, surtout si on a aucune idée de ce qui se passe. Mais c'est partout pareil. À Granby, à Châteauguay, c'est la même chose. Patrick, mon conducteur de moto, m'a dit que c'était mort là aussi. Vous n'êtes si pires que ça après tout, vous êtes normaux.
N'empêche, le Tour du Grand Montréal est un événement de grande classe qui met en vitrine des athlètes exceptionnelles, rien de moins. Mais ça ne vend pas. Et là aussi, c'est normal. C'est pour ça qu'on appelle ça du sport amateur, même si ces athlètes n'ont rien à voir avec des amateurs. Quand on y pense, ça reflète très bien la société dans laquelle on vit. Et le reflet de la société, c'est bien dur à changer. Même un maire amoureux de vélo ne peut y arriver, pas plus qu'un organisateur de Tour (Daniel Manibal) qui vit, mange et respire pour le cyclisme.
Pour conclure, car il le faut, chapeau à M. Gilbert qui, même si cet événement ne lève pas, met sur pied année après année une organisation digne d'un événement de grande envergure international. Tout le monde le dit, même si ça ne change rien au fait que ça ne lève pas. Chapeau aussi à Manibal qui, de son côté, a réussi à imposer cet événement dans la grande région montréalaise. C'est quand même le plus important tour cycliste en Amérique du Nord. Tout ça, même si ça ne lève pas.
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