Jean-Michel Lachance raconte |
Extrait de Il s’est passé pas mal de choses durant ces trois dernières années,
par Jean-Michel Lachance, 21 décembre 2021
À la mi-novembre 2021, je me suis encore fait inviter pour la Vuelta al Ecuador. J'ai essayé de me préparer au mieux bien que je voyais difficile d'arriver prêt pour la Vuelta étant donné l'hiver précoce et donc le manque de volume, sans compter les étapes en très haute altitude.
Plus tôt que de dormir en altitude et risquer une trop grande fatigue, j'ai opté pour arriver un peu plus tôt en Équateur et faire 1-2 sessions à l'intérieur en hypoxie. Quelques jours après avoir confirmé mes plans de voyages, le variant Omicron est apparu. J'ai passé près de tout annuler, mais après avoir effectué mon test PCR de 2min/200$, j'ai décidé d'y aller tout de même.
Je suis arrivé à Quito le 3 décembre et j'ai pu faire quelques entraînements en altitude avant de me diriger vers Guayaquil où la course débutait.
Là bas, je rejoignais 6 coureurs américains : Brendan Houssler, Jordan Miller, Forest Lee Howard, Henry York, Joey Bacala et Matt Govero. Rapidement, on s'est lié d'amitié, notamment en se rendant à pied puis en partageant un taxi à 8 en kit de vélo pour se rendre à la présentation des équipes. Bien que seule équipe internationale, la course s'annonçait relevée avec les meilleurs cyclistes équatoriens, tous basés en altitude et avec des shapes de Carapaz.
Très conscient des difficultées à venir, notre plan de match était d'être offensif sur les 4 premières étapes. Voici comment elles se sont déroulées.
Étape 1: Guayaquil - Playas - 113km - 942m
Le profil de la première étape était relativement plat, mais la chaleur (35 °C) a rendu le tout très difficile. Forest et Matt ont réussi à se joindre à la première échappée. Quelques kilomètres plus loin, j'ai suivi une attaque et rejoint également le groupe et nous étions environ une douzaine de cyclistes avec les meilleures équipes représentées. Le rythme et la chaleur ont rapidment écrémé le groupe et avec 40km à faire nous n'étions plus que 5; 2 Movistars, 1 Best Pc et 1 Avena Polaca. La chaleur était vraiment pesante, mais j'étais tout de même confiant en mes capacités au sprint. Dans le final, il y a eu une confusion sur le parcours, mais j'étais très attentif et j'ai démarré mon sprint aussitôt que j'ai vu la ligne d'arrivée pour l'emporter. Première victoire sur une course UCI depuis 2013 et j'étais bien content.
Étape 2: Salinas - Manta - 217km - 2077m
Sans ambitions au classement général, on a placé le plus de coureurs que possible dans l'échappée plutôt que d'essayer de défendre le maillot. Portant le jaune, je suis resté tranquille pendant la première moitié de course. Dans l'échappée, nous avions Matt et Brendan. Rapidement, leur avance a grimpé à plus de 10min et à mi-course, lorsque j'ai vu l'ardoisier montrer les temps et que les coureurs de l'équipe n'étaient plus dans le groupe de tête, j'ai attaqué et on s'est retrouvé un petit groupe d'une dizaine. Rapidement, l'équipe Best PC est revenue et s'en est suivi un peloton très désorganisé où les attaques venaient de part et d'autres. À ce moment là, je me suis contenté de suivre, de même que lors de la dernière ascension. Pendant ce temps, Matt Govero a réussi tout un coup de manivelle en revenant sur la tête de course, en les lâchant et en remportant l'étape en solitaire! Le final de l'étape était très rapide et je pensais conserver le jaune, mais j'avais manqué l'attaque du jeune coureur de Movistar qui a terminé avec quelques secondes d'avance sur le peloton, derrière Matt.
Étape 3: Manta - Quevedo - 191km - 2377m
Encore une longue étape, coupée en deux avec une pause pour passer une section de route très mauvaise, il fallait être très attentif vu l'état de la chaussée. Encore une fois, nous avions placé 2 coureurs dans l'échappée soit Brendan et Henry. Encore une fois, l'équipe Best PC a fait tout un travail pour ramener les échappées, malgré leur avance de +6min. Henry a été le dernier rattrapé, se méritant ainsi le maillot du plus combatif. Le final étant assez différent du guide technique. Joey et Matt m'ont bien aidé à conserver mes forces jusqu'à environ 4-5km à faire. Ensuite, j'ai surfé vers le devant et passé proche de remporter une autre étape, étant bloqué dans le dernier droit.
Étape 4: Quevedo - Santo-Domingo - 810m
La quatrième étape entre Quebedo et Santo Domingo était la dernière opportunité avant la montage. Toujours 2ème au général, je n'avais pas vraiment de jeu pour me glisser dans l'échappée et j'ai donc pris ça relax dans le peloton. Dans l'échappée, nous avions 3 coureurs ; Matt, Henry et Jordan. Derrière, le peloton cette fois-ci n'était pas intéressé à chasser et l'échappée a terminé avec plus d'une minute d'avance, permettant ainsi à Matt de s'emparer du maillot jaune! Après la course, nous avions un long transpfert de 3h30 pour rejoindre la montagne.
Étape 5: Sangolqui - Ibarra 137km - 2196m
De Sangolqui à Ibarra, sur papier, c'était une bonne étape pour moi, avec des côtes assez roulantes. Par contre, la veille, avant la quatrième étape, un mal de ventre est apparu en plus d'une douleur à une côte. De plus, je n'ai pratiquement rien mangé pour dîner, souper et déjeuner avant cette étape de montagne. Néamoins, au départ de la course, les sensations étaient bonnes et j'ai réussi à suivre le peloton principal la majorité de l'étape jusqu'à ce qu'une descente technique me relègue en queue de peloton juste avant une côte pentue où j'ai perdu le contact. Visiblement, je ne m'alimentais pas suffisament et les réserves d'énergie étaient vraiment basses. Quand la pluie est arrivée, j'ai eu toute la misère du monde a enfiler mon imperméable et ensuite pour suivre le groupe qui m'a rattrapé. Je termine l'étape en hypothermie et pas mal claqué. Par ailleurs, Matt, Brendan et Forest ont également abandonné étant décrochés en début d'étape. Il ne restait donc plus que Henry, Jordan, Joey et moi.
Après la course, les douleurs à la côte m'inquiétait et j'ai demandé à voir le médecin de la Vuelta. On m'a emmené dans une clinique pour des examens. Prise de sang et analyse de selles. On m'a branché sur un soluté avec solution saline ainsi qu'un médicament pour protéger mon estomac. Résultats d'analyses super rapides : globules blancs élevés et parasites! Pour la côte, on suggère l'hypothèse d'une neuritis intercostal due aux efforts intenses et au stress de l'estomac. Pour les parasites, on me prescrit un anti-parasitaire pour 5 jours et on me rassure que c'est chose courante en Équateur, alors que pour la côte, on me prescrit un médicament pour contrôler la douleur et l'inflammation. Bref, je rentre à l'hotel vers 22h00 et dodo pour repartir le lendemain.
Étape 6: Ibarra - Tulcan - 170km - 3900m
Étape reine reliant Ibarra et Tulcan, on allait parcourir les terrains d'entraînement de Richard Carapaz. L'étape démarrait à Ibarra avec un climat confortable, puis on descendait beaucoup jusqu'à 1600m avec des températures de 38°C. On a ensuite attaqué une longue ascension de 24km dans laquelle je me suis accroché au premier groupe toute la première moitié. Pas encore rétabli de l'estomac, je ne m'alimentais toujours pas assez et j'ai été décroché du groupe. Par la suite, un autre groupe m'a rejoint, dont mon coéquipier Henry. Mon énergie était toujours assez basse et contrairement aux autres coureurs acclimatés aux hautes altitude, en haut de 2500m j'en arrachais pas mal. Mes jambes étaient vide et je n'arrivais pas à monter mes pulsations en haut de 153 bpm. Au 100ekm, je pensais être correct pour terminer dans les délais et j'ai décroché du groupe d'Henry. Le plus dur était toujours à venir, dont deux longues sections de gravier et la pluie qui s'est remise de la partie. Le froid ne m'affectait pas autant que la veille, mais sur la fin, alors que mes réserves d'énergie étaient au minimum, j'ai avalé tout ce qui me restait comme nourriture et j'ai roulé à bloc les derniers 20km. Au final, je termine bon dernier de l'étape et plus tard dans la soirée Henry et moi apprenons être hors délais.
Étape 7: Tulcan - Cayambe - 184km - 3225m
Finalement, vu les conditions climatiques extrêmes, les officiels ont allongé les délais et nous avons pu prendre le départ de la dernière étape de montagne. Je dois avouer que sur le coup je n'avais pas envie de prendre le départ. Je me sentais complètement vidé et ma côte continuait de m'empêcher de bien respirer. J'ai tout de même pris le départ. La course commençait avec une côte de 6,2 km à 5%. Encore une fois, je me suis fait décrocher à mi-ascension, tout en continuant mon effort jusqu'au sommet ou j'ai été rejoint par un groupe de cyclistes. Pour vous donner une idéede l'altitude : j'ai complété la côte avec une moyenne de 312w, ce qui se traduit par une puissance moyenne de 390-400w sur 17 min. considérant une perte de +20% de capacité aérobique à 3000-3200m d'altitude. Décroché du premier peloton, et avec 165km toujours à parcourir, j'ai pensé plusieurs fois à monter dans le bus et quand le directeur sportif est passé près de moi je n'ai pas manqué de lui dire d'être certain que mon sac serait dans l'autobus au cas où j'arrêterais! Néanmoins, avec une très longue descente, mon groupe a commencé à gagner en nombre avec d'autres coureurs décrochés se rajoutant au groupe. On devait être une bonne vingtaine et le reste de l'étape s'est très bien déroulé. Pour une fois, les coureurs du groupe roulaient à un rythme "grupetto" et la météo a également été plus favorable. Au final, on termine tout de même à 38min, mais sans inquiétude pour les délais.
Étape 8: Circuito Mitad del Mundo - 95km - 1000m
La dernière étape avait lieu autour du monument de la "mitad del Mundo" sur un circuit rapide de 9,5km au tour. Il ne restait plus qu'Henry et moi en course et nous avions quand même confiance de pouvoir bien performer. Mon plan était d'économiser mes forces tout au long de la course et tenter ma chance au sprint. Arrivé sur place, on était surpris de voir que le final était différent du circuit et qu'on terminait avec une côte en pavés de 800m... Sur le plat, j'étais super bien, mais les portions montantes du circuit étaient un peu plus difficile. Au final, on allait sprinter pour la 3ème place, j'étais bien positionné, mais l'altitude et la mauvaise connaissance du final ont fait en sorte que j'ai manqué de jus et également fait l'erreur de me lever en danseuse plutôt que d'attaquer le pavé en souplesse.
En fin de compte, je termine 17ème de l'étape et 41ème au classement général et plutôt satisfait des efforts déployés pour terminer cette très difficile vuelta. Chose certaine, si je reviens ici, ce sera avec une acclimatation d'au moins 3 semaines et une réserve de bouffe pour être autonome avec l'alimentation.
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