10 janvier 2006
« Nous ne comprenons pas... »
Un septuagénaire perd la vie en s'engageant à contresens sur la 10-55
René-Charles Quirion
« Nous ne comprenons pas ce qui a pu se passer... »
Les six filles de Andréa Cloutier s'expliquent mal ce qui a pu arriver avant que leur père perde la vie de façon tragique, en prenant l'autoroute 10-55 à contresens dans la nuit de dimanche à hier à la hauteur de Saint-Élie-d'Orford. La fausse manoeuvre de l'homme de 74 ans a causé un accident frontal avec un véhicule dans lequel prenait place un jeune couple dans la vingtaine.
Pauline Cloutier assure que son père ne souffrait d'aucune maladie et ne prenait pas de médicament. Selon elle, il était en grande forme.
Un malaise ?
« Nous ne savons pas d'où il est parti. Ce que nous pensons, c'est qu'il aurait pu avoir un malaise et qu'il a décidé de se diriger vers l'hôpital. Nous ne savons aucunement ce qui a pu se passer », explique sa fille.
L'homme serait parti du chemin Bédard à Saint-Élie-d'Orford où il réside pour traverser le viaduc de l'autoroute sur la route 220 en direction du parc Industriel de Sherbrooke, puis s'est engagé en sens inverse sur l'autoroute en face du chemin Godin. Il était environ minuit lorsque Andréa Cloutier a emprunté la voie rapide en direction de Montréal, mais dans le sens où le trafic se dirigeait vers Sherbrooke. La collision frontale s'est produite à la hauteur de la halte routière située à quelques mètres de l'entreprise Animat.
« La victime a pris la bretelle d'accès à contresens. Il ne s'est vraisemblablement pas aperçu de sa manoeuvre, car il a roulé sur une distance de un kilomètre avant de causer une collision frontale avec un véhicule qui venait en sens inverse », explique le porte-parole de la Sûreté du Québec en Estrie, Louis-Philippe Ruel.
L'homme de 23 ans et la femme de 21 ans qui prenaient place l'autre véhicule, un Ford Probe, ont subi de graves blessures. De multiples interventions en traumatologie ont été nécessaires, mais on ne craint pas pour leur vie. Quant au septuagénaire, son décès a été constaté à son arrivée au CHUS.
« Mon père passait par cet endroit régulièrement depuis 55 ans. Personne ne s'explique ce qui a pu se passer. Il était en grande forme et prenait une longue marche à tous les jours. Il conduisait seulement dans la région et nous demandait de le reconduire lorsqu'il se rendait à l'extérieur », précise Pauline Cloutier.
Aucune présence d'alcool
Les enquêteurs de la SQ ont fermé l'autoroute 10-55 pendant trois heures dans la nuit pour reconstituer la scène de l'accident.
« Il n'y a pas présence d'alcool. Il reste seulement à tenter de déterminer ce qui a pu provoquer cette erreur humaine », mentionne l'agent Ruel.
À la direction régional de Transport Québec, le porte-parole Paul Jeannette soutient que la signalisation est adéquate afin d'empêcher les automobilistes d'emprunter la bretelle d'accès de l'autoroute à contresens.
Un panneau d'interdiction est posé au début de la bretelle et un autre est installé une centaine de mètres plus loin dans la courbe menant à la voie rapide.
« La signalisation n'est aucunement en cause », confirme le porte-parole de la SQ.

Une ex-accidentée de Windsor revit d'horribles souvenirs
René-Charles Quirion
L'accident qui a coûté la vie hier à Andréa Cloutier a rappelé de mauvais, d'horribles souvenirs à Sandra Roy de Windsor.
Il y a 14 mois presque jour pour jour à quelques kilomètres de distance de l'accident d'hier sur l'autoroute 10, Mme Roy, qui se dirigeait vers Montréal, a vu un véhicule surgir devant elle sur la voie rapide. Elle n'a pu éviter la collision frontale avec le véhicule conduit par un octogénaire qui venait à contresens à la hauteur de Saint-Élie d'Orford en cet après-midi du 12 novembre 2004.
« Je ne me souviens de rien. Il me manque un mois et demi de ma vie. Je suis resté plusieurs jours dans le coma. J'ai été très chanceuse de m'en sortir. J'ai fait de la physiothérapie, j'ai réappris à conduire et puis je suis retournée faire le travail que j'aimais », explique Sandra Roy.
Moins d'une année après son accident, à force de persévérance et de détermination, elle a pu réintégrer son emploi comme directrice au Centre d'excellence en formation industrielle à Windsor.
Sans vouloir condamner, Sandra Roy se demande pourquoi la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ) n'insiste pas davantage sur les examens que doivent passer les personnes âgées pour garder leur permis de conduire.
« À partir d'un certain âge, les personnes aînées devraient passer des tests d'aptitude à conduire. On parle beaucoup du danger des jeunes sur les routes, mais on devrait aussi s'intéresser aux personnes âgées. Il faut se questionner à ce niveau », croit Mme Roy.
Le porte-parole du Service de police de Sherbrooke, René Dubreuil, soutient que le corps municipal reçoit souvent des appels à propos d'automobilistes qui empruntent l'autoroute en sens inverse.
« Je vous dirais qu'environ 95 pour cent de ces événements concernent des personnes âgées. Les gens nous expliquent qu'ils se sont trompés », mentionne René Dubreuil.
Le directeur du développement de la sécurité routière à la SAAQ, Alain Colerette, assure qu'une attention particulière est portée à la capacité de conduire des personnes âgées. Des examens médicaux et de la vue sont obligatoires pour les détenteurs de permis de conduire à 75 ans, à-80 ans et aux deux ans par la suite.
Selon les données de la SAAQ en 2004, les conducteurs de 65 ans et plus, qui représentent 12 pour cent du total des usagers de la route, ont causé 5200 accidents à l'échelle du Québec, soit huit pour cent des accidents avec dommages corporels. En comparaison, les 16-24 ans qui comptent pour dix pour cent des conducteurs étaient à l'origine de 23 pour cent de ce type d'accidents.
« Les personnes âgées ne sont pas sur-représentées en ce qui a trait aux accidents. Cependant, nous portons une attention particulière. Nous travaillons sur divers projets de sensibilisation et d'alternative à la conduite automobile. La SAAQ demeure vigilante au phénomène du vieillissement de la population. Présentement les personnes de 65 ans et plus représentent 500 000 conducteurs et ce chiffre sera de 1,5 million en 2030 », mentionne Alain Colerette.
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