24 février 2001

Conférence sur le dopage sportif chez les jeunes

Belle et rebelle

Chantal Gilbert

MONTRÉAL, 24 février 2001 (Radio-Canada) - Quand les athlètes nous disent de leur laisser la parole, il faut les croire. Et les laisser faire parce que ça vaut la peine. La nageuse Nadine Rolland, qui a remporté 17 médailles sur le circuit de la Coupe du monde cette année, et le cycliste Erik Lyman, attrapé pour dopage, il y a un an et demi, ont livré deux messages percutants au cours de la conférence sur Le dopage sportif chez les jeunes.

D'un côté, Nadine. La belle. Bien dans sa peau. Elle a trouvé la façon de réussir à faire ce qu'elle aime le plus au monde, sans se droguer, et elle rayonne. Sa formule magique: s'entourer d'une équipe d'entraîneurs et de professionnels compétents qui sauront l'appuyer, être satisfaite de ses résultats même si elle termine 6e de la course, se coucher quand elle est fatiguée et s'amuser pour se changer les idées. Bien vivre quoi !

De l'autre côté, Erik, le petit diable. Le rebelle. Un fou du vélo qui un jour s'est rendu compte qu'il était peut-être le seul sur les circuits européens à ne pas se doper. En 1998, le scandale Festina lui ouvrait les yeux. Mais de la mauvaise façon. Il a pris des stéroïdes anabolisants quelques fois et bien mal. Il s'est évidemment fait prendre et bannir pour quatre ans. Tant mieux pour lui ! Ça lui a probablement sauvé la vie.

Bouleversant Lyman. Un vrai petit porc-épic. Il en a marre des médias qui ont «trop parlé» de «son» cas de dopage. Il leur en veut : « Toujours les mêmes questions stupides », lance-t-il. En revanche, il veut bien en parler, du dopage.

Professeur de français au niveau secondaire et étudiant pour un deuxième baccalauréat, en traduction, Lyman trouve le temps de faire des conférences pour les jeunes. Il leur raconte son histoire de «méchant drogué». « Je leur dis : changez vos mentalités et soyez indépendants intellectuellement et émotionnellement. S'il y a une pression à mettre, il faut que ce soit une pression que vous avez choisi d'avoir, pas celle que les autres ont décidé de vous mettre », explique-t-il.

Et puis voilà que, quand on regarde le porc-épic droit dans les yeux, on se rend compte que le regard est tendre : « Moi, en tout état de cause, cette pression-là, je suis capable de me la mettre tout seul. Ma mère, là... Ma mère, quand j'échappe une plume... elle me trouve beau ! C'est pas grave pour elle que je sois premier ou que j'arrive 150e. Pour mon entourage, c'est la même chose. Je suis chanceux, j'ai de l'amour inconditionnel. J'ai eu une enfance superbe, je ne suis pas une victime qui a eu une enfance difficile. C'est pas pour ça que j'ai pris des stéroïdes. »

Est-ce à cause du vélo et du monde paumé qui entoure tout ce cirque qu'il a dû embarquer dans la galère, comme les autres cyclistes ? « C'est moi qui ai fait que j'ai dû embarquer. Faut arrêter de chercher tout le temps si c'est le sport ou la société. Ça, ça reste des concepts abstraits ! Moi, je suis quelque chose de concret et, en moi, il y avait la réponse. J'avais la possibilité de dire oui ou de dire non. Et j'ai dit oui ! » concède-t-il.

« Maintenant, je sais qu'il y a autre chose après le vélo. J'ai grandi depuis que je me suis fait prendre. Je sais que la vie, c'est autre chose que le vélo et que, même si l'on ne gagne pas, il y a d'autres façons de s'épanouir. Mais en même temps, c'est tellement enivrant de gagner une course devant 50 000 personnes dans les rues de Rome. Dans mon cas, il faut que je devienne une rock star... et que les gens recommencent à m'applaudir. »

On le sent tourmenté, rebelle, amer. « J'ai une sacrée tête dure, mais on ne fait pas des champions avec des gens soumis. Je faisais du vélo huit heures par jour sous la pluie, le vent, la neige ou la grosse chaleur. Cent jours de compétition à vivre dans des hôtels et à mal manger. Tout pour bien récupérer, quoi ! Ça prend un caractère un peu particulier, une personnalité un peu à part. Je suis rebelle, oui ! mais pas amer. Je suis bagarreur et teigneux, mais j'ai une envie de vivre immense. Tantôt je sors d'ici et j'entame une autre carrière, et vous allez entendre parler de moi. Vous allez entendre parler de moi d'une autre manière », affirme-t-il le feu dans les yeux.

Erik ne veut plus rien savoir du vélo de compétition, mais il en fait tous les jours pour le plaisir. L'été, il prend trois mois de vacances et il s'amuse. Il écrit de la poésie, joue de la guitare, va au cinéma. Il passe du bon temps à discuter et à essayer de changer le monde assis aux terrasses des cafés avec des amis, ce qu'il ne pouvait jamais faire auparavant. « Je suis d'une génération perdue. Il faut s'occuper des jeunes. Autrement ! Faut changer le message, la philosophie. Il faut leur donner Nadine en exemple, leur expliquer comment elle fait pour s'entraîner, s'étirer, se reposer. Il faut leur dire ce qu'elle mange. Arrêtez de parler de moi et parlez d'elle », conclut-il.

T'inquiète pas, le rebelle. Nadine, c'est mon dessert. Je me la réserve pour la fin de cette conférence sur le dopage chez les jeunes sportifs. Et en passant, j'ai bien hâte de te voir sur scène avec ta poésie et ta guitare de rocker.



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