Transcription de l'émission Enquête diffusée le 20 septembre 2007 à la télévision de Radio-Canada Le Secret de Geneviève Jeanson.

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Alain Gravel (présentation de l’émission) : C’est le plus gros scandale de dopage sportif au Québec : l’affaire Geneviève Jeanson .

Geneviève Jeanson (en entrevue) : La descente aux enfers. C'était déguelasse !

Alain Gravel (présentation) : Geneviève Jeanson était une des plus grandes vedettes du sport au Québec. La reine du cyclisme québécois a été déchue après avoir échoué un test anti-dopage. Malgré tous les soupçons qui ont pesé contre elle, elle n’a jamais bronché.

Geneviève Jeanson (en entrevue) : J’ai rien d’autre à dire que la vérité, moi !

Alain Gravel (en entrevue) : Qui est ?

Geneviève Jeanson (en entrevue) : C’est quoi la question ? Quelle vérité que je peux donner ?


Geneviève Jeanson

Alain Gravel (présentation) : Après deux ans de silence, Geneviève Jeanson a accepté de nous parler. Elle nous a mis au défi de trouver la vérité. Enquête sur un des plus gros gâchis de notre histoire sportive.

Alain Gravel (en voix-off) : Voici les premières images de Geneviève Jeanson depuis deux ans. Elle vit seule à Phoenix, en Arizona. Elle roule encore en vélo, mais uniquement pour le plaisir. Elle jure qu’elle ne reprendra jamais la compétition.

Jusqu’à tout récemment, elle était copropriétaire de ce restaurant avec son ex-entraîneur André Aubut. Après un conflit, elle a récemment rompu tous ses liens avec lui.

Elle se sent personna non grata au Québec.

Geneviève Jeanson (en entrevue) : En ce moment je ne suis pas en paix avec Montréal. Je ne suis pas en paix. Ici, à Phoenix, c’est une place où il n’y a pas personne qui me connaît. Je peux me réinventer. Mes cheveux sont quelle couleur ? Je peux le faire ici… Je peux le faire à Montréal aussi. Mais c’est que… à Montréal il y a des attentes. À Montréal il y a… un personnage. Et le personnage que les gens connaissent là-bas n’est pas Geneviève.


Geneviève Jeanson

Alain Gravel (en voix-off) : Le personnage dont Geneviève Jeanson parle traîne des soupçons de dopage qui ont toujours plané sur sa carrière. Soupçons confirmés lorsqu’elle échoue un test antidopage pendant le Tour de Toona en Pennsylvanie en 2005. Elle a écopé d’une suspension de deux ans.

Convaincre Geneviève Jeanson de nous parler a été très difficile. Nous avons tenté de la contacter en décembre dernier. Elle nous a raccroché la ligne au nez. En février, par l’entremise de son ancien relationniste, nous avons obtenue une première rencontre informelle avec elle à Phoenix. Mais elle ne voulait pas parler à la caméra. Nous la convainquons alors de raconter toute son histoire. Ce qu’elle fait un mois plus tard alors que nous retournons une deuxième fois en Arizona.

Alain Gravel (entrevue) : Pourquoi vous voulez parler aujourd’hui ?

Geneviève Jeanson (en entrevue) : Pourquoi est-ce que je veux parler aujourd’hui ? Parce que je suis en paix avec moi-même. Parce que je crois que le test de l’EPO n’est pas à point.

Alain Gravel (voix-off) : L’histoire de Geneviève Jeanson dépasse la simple histoire de dopage. Et même le sport.

Tout a commencé à Lachine, dans l’ouest de Montréal, avec le rêve d’une jeune fille de devenir la plus grande. À 16 ans elle devient championne canadienne junior. À 18 ans elle remporte les championnats mondiaux juniors en Italie. Elle devient la coqueluche du milieu sportif québécois.

Professionnelle, elle devient une des meilleures au monde. Elle remporte de nombreuses compétitions internationales, dont la Coupe du monde, sur le mont Royal, à quatre reprises. Une carrière remarquable mais assombrie par de nombreux soupçons de dopage.

Alain Gravel (en entrevue) : Les gens, qu’est-ce qui disaient ?

Geneviève Jeanson (en entrevue) : Y disaient : « Geneviève Jeanson qu’est-ce qui est arrivée ? Elle a perdu 20 livres pendant l’hiver ! Elle est dopée ! Elle prend des stéroïdes. » Depuis que j’ai 16 ans je suis catégorisée. Donc pour moi, là, regarde…

Alain Gravel : À 16 ans ça se disait ? Dans le peloton ? Sur le bord ?

Geneviève Jeanson : Sur le bord des routes ça se disait. Ça fait partie de ma vie.

Alain Gravel (voix-off) : Impossible de parler de Geneviève Jeanson sans parler de son entraîneur André Aubut tellement ils étaient liés. Elle n’a que 15 ans lorsqu’elle le rencontre. Personnage controversé, on a toujours considéré qu’André Aubut était la source de tous les problèmes de Geneviève Jeanson. Ancien professeur d’éducation physique et ancien champion canadien de canot-kayak, son attitude est dénoncée par plusieurs même si on lui reconnaît une compétence certaine comme entraîneur.


André Aubut

Alain Gravel (en entrevue) : Est-ce que vous assistiez aux entraînements ?

Yves Jeanson (en entrevue) : Oui pi je voulais pas assister aux entraînements.

Alain Gravel : Pourquoi ?

Yves Jeanson : Parce que je pouvais pas accepter que mon enfant se fasse traiter comme du poisson pourri si ça avait mal été durant la course.

Alain Gravel (en entrevue) : Y’a tu un moment où vous vous êtes dit : Yé fou ce gars-là ?

Geneviève Jeanson (en entrevue) : Plusieurs fois je me suis dit qu’il était fou, plusieurs fois je me suis dit Geneviève c’est toi qui est folle. Parce que c’est moi qui lui demandait. Ça ne m’intéressait pas d’être… de faire partie de la parade. Je voulais diriger la parade. Ça ne m’intéressait pas. Donc je lui demandais. Même à 15 ans, de me pousser.

Alain Gravel (voix-off) : Plus les succès s’accumulent, plus on se questionne sur sa relation avec son entraîneur. Après les premiers succès de Geneviève Jeanson, André Aubut convainc ses parents de la laisser partir en Arizona. Elle n’a pourtant que 17 ans et lui 43. Ils vivent sous le même toit.

Yves Jeanson (en entrevue) : J’ai toujours laissé faire Geneviève. J’ai jamais été un parent, ni ma femme, pour lui dire « Non tu fais pas ci, non tu fais pas ça ». On lui a toujours laissé entière liberté de tous ses choix.

Alain Gravel (voix-off) : Parmi les rumeurs qui ont couru il y avait celle selon laquelle André Aubut était violent à l’endroit de sa jeune athlète. On la sentait réticente à nous en parler lorsque nous avons abordé la question lors de la première entrevue avec elle. Elle finit quand même par lever une partie du voile sur sa relation avec lui. Mais on sent qu’elle ne dit pas tout.

Alain Gravel (en entrevue) : Ça l’air que ça a été mal mal rough des bouts ? Geneviève Jeanson (en entrevue) : Ouais…

Alain Gravel : Ça a été violent ?

Geneviève Jeanson : C’était violent ! C’était violent ! Juste une énergie, une façon d’être, une façon de répondre… une façon d’être. Violente. Agressif. Pas de bonne humeur…

Alain Gravel : Comment ? Il vous méprisait ? Insultait ?

Geneviève Jeanson : Il était très agressif dans ses propos.

Alain Gravel (voix-off) : Les ex-coéquipières de Geneviève Jeanson qui sont dispersées un peu partout n’hésitent pas à témoigner de la violence verbale d’André Aubut. ?

Alain Gravel (en entrevue) : Est-ce que c’était violent physiquement ? Est-ce que vous l’avez déjà vu la frapper ? ?

Catherine Marsal (ex-coéquipière, en entrevue) : Je ne l’ai jamais vu porter la main sur elle. Dieu merci parce que là je pense que quelque chose se serait passé. Mais je pense qu’André est trop… Il est intelligent, quand même. Je pense pas qu’il aurait fait ça. Il savait très bien à quoi il pouvait s’exposer mais on l’a déjà vu lancer une radio en direction de Geneviève, savez les talkie-walkie. C’est assez lourd quand même si vous le lancez avec une certaine force. Parce qu’elle avait pas fait ce qu’il voulait durant la course ou parce que la course s’était pas bien passée ou parce qu’elle avait fait deuxième et que Lyne Bessette avait gagné, c’était terrible !

Amy Moore (ex-coéquipière, en entrevue – traduction à l’écran) : C’était en Arizona. André et Geneviève parlaient en français et il était en colère. J’ai cru comprendre que selon lui elle ne mangeait pas assez ou quelque chose comme ça. Il a pris son assiette et l’a lancée à travers la pièce. J’ai eu peur et je suis partie.

Magali Le Floc'h (ex-coéquipière, en entrevue) : C’est quelqu’un qui pouvait faire peur malgré tout.

Alain Gravel (en entrevue) : Peur comment ?

Magali Le Floc'h : Moi franchement quand il s’énervait je n’aurais pas aimé être toute seule avec lui.


On voit bien l'oeil au beurre noir de Geneviève Jeanson alors qu'elle pose
sur cette photo avec un ami, au centre, et son entraîneur André Aubut

Alain Gravel (voix-off) : Rares sont ceux et celles qui se portent à la défense d’André Aubut. Manon Jutras, qui a couru chez Rona en 2001 et 2002, fait partie de ces gens-là.

Alain Gravel (en entrevue) : Parlons André Aubut : très mauvaise réputation, ça varie entre quelqu’un de dur jusqu’à violent mentalement. Prédateur sportif. Est-ce des termes trop fort pour vous ?

Manon Jutras (ex-coéquipière, en entrevue) : Ah oui pour moi c’est un simple personnage. La victoire coulait dans ses veines. À cause de cette passion là parfois il pouvait s’emporter. On en a vu comme ça des entraîneurs au hockey qui dirigent derrière le banc de façon très passionnée. Pour moi André Aubut c’est un être comme ça.

Alain Gravel (voix-off) : André Aubut dirige d’une main de fer la carrière de Geneviève Jeanson. Il l’isole de ses coéquipières comme ça arrive si souvent dans les cas de dopage.

En 2003 les Championnats du monde ont lieu à Hamilton, au Canada. Pour le clan Jeanson-Aubut c’est l’heure de la consécration.

Mais à 4 heures du matin les officiels de l’Union cycliste internationale se pointent à son hôtel pour une prise de sang. Le scandale éclate. Son hématocrite c'est-à-dire le volume de globules rouges contenus dans son sang est trop élevé. Il dépasse la norme sportive règlementaire de 47% chez une femme. Puisqu’il ne s’agit pas d’un test antidopage, elle n’est suspendue que pour la course du jour, pour des raisons médicales. Mais on la soupçonne fortement d’être dopée et c’est pourquoi on la soumet immédiatement à un test d’EPO.

Yvan Waddell, qui dirigeait l’équipe canadienne à l’époque, était auprès d’elle lorsqu’on lui a annoncé la nouvelle.

Alain Gravel (en entrevue) : Elle réagit comment ?

Yvan Waddell (en entrevue) : Elle réagit… totalement en crise. Elle pleure. Elle me demande si elle va mourir. Elle est inconsolable. C’est comme si j’avais ma fille dans mes bras et je la consolais et j’étais même inconfortable moi-même, je ne la connaissais déjà pas beaucoup à part d’avoir eu des rencontres avec. Là t’a une athlète qui braille, qui demande si elle va mourir. Dire ça, déja, c’est comme… naïve…

Alain Gravel (voix-off) : À Hamilton Geneviève Jeanson s’est est sortie puisque le test antidopage qu’elle a subi n’a pas détecté d’EPO dans ses urines. Il s’agit d’une substance très populaire dans les milieux cyclistes professionnels qui s’injecte et qui a pour effet d’augmenter le nombre de globules rouges. Ainsi l’athlète améliore ses capacités cardio-vasculaires de façon spectaculaire. Mais l’EPO comporte aussi sa part de risques. Puisqu’il épaissit le sang ce qui peut entraîner des accidents cardio-vasculaires et même la mort. Ce qui est déjà arrivé.

En lui rappelant l’épisode d’Hamilton lors de notre première entrevue, Geneviève Jeanson jure qu’elle n’avait pas pris d’EPO malgré son hématocrite élevé.

Alain Gravel (en entrevue) : C’est quoi le souvenir que vous avez d’Hamilton ?

Geneviève Jeanson (en entrevue) : L’enfer. La descente aux enfers. Ah c’était déguelasse. J’ai toute fait pour oublier ça de ma tête. En partie parce que j’ai jamais compris ce qui m’était arrivé ce jour-là, je le sais pas. Je ne sais pas pourquoi mon corps a réagi comme ça, je ne sais pas ce qui est arrivé.

Alain Gravel (en entrevue) : Est-ce que dans sa réaction vous pensiez qu’elle bluffait, qu’elle vous mentait ou vous pensez qu’elle était sincère quand elle disait « ça se peut pas » ?

Yvan Waddell (en entrevue) : Je pensais qu’elle était sincère, que ça ne se pouvait pas ou que quelque chose avait été fait à son insu. Je croyais déjà à cette hypothèse là fortement.

Alain Gravel : Est-ce que vous voulez dire que son entraîneur la dopait à son insu ?

Yvan Waddell : Moi j’ai toujours pensé ça, oui. J’allais dire ça se peut pas qu’une athlète si intelligente pose pas des questions sur ce qu’on lui administre mais moi je me suis dit elle est tellement obnubilée quand ce gars-là, elle est tellement différente… J’ai toujours cru que oui.

Magali Le Floch (ex-coéquipière, en entrevue) : Si elle s’est dopée je suis quasi sûr que c’était lui derrière.

Alain Gravel (en entrevue) : Lui et elle ou surtout lui ?

Magali Le Floch : Je pense surtout lui. L’influence qu’il avait sur elle… Il n’y avait plus de Geneviève c’était André Aubut au travers d’une personne, d’un corps quoi ! Geneviève n’existait plus. Sa personnalité elle existait plus à ce moment-là.

Catherine Marsal : Dans le cas précis, si André lui avait dit «Tu dois le faire » je suis pas sûr que Geneviève aurait dit non je veux pas le faire. Je veux pas dire que ça s’est passé ou pas mais vu la manipulation morale que André avait sur Geneviève je pense qu’elle aurait suivi les consignes d’André.

Alain Gravel (à l’écran) : Jusqu’où Geneviève Jeanson était-elle prête à aller pour gagner ?

Alain Gravel (commentaire en voix off) : Cette tente aurait été l’arme secrète de Geneviève Jeanson pour devenir une des meilleures cyclistes au monde.
La tente hypoxique a pour effet de raréfier l’oxygène et stimule la production de globules rouges.
Geneviève Jeanson a prétendu qu’elle l’a utilisée pendant toute sa carrière en couchant à l’intérieur 300 nuits par année.
C’est à cause de cette tente, s’est-elle justifiée, aux Championnats du monde à Hamilton, qu’elle a eu un hématocrite trop élevé. Mais plusieurs se sont demandés à l’époque si son taux se rapprochait de la limite de 47% ou s’il le dépassait largement ce qui aurait indiqué un dopage certain.
Devant notre caméra, lors de la première entrevue, Geneviève Jeanson refuse, comme elle l’a toujours fait, de le révéler. Mais devant notre insistance, elle dévoile pour la première fois un chiffre.

Alain Gravel (entrevue) : C’était quoi finalement le taux d’hématocrite ? Foglia a écrit 56 alors que la norme c’est 47. Ce qui laisse entendre que c’était énorme. C’était-tu 56 ?

Geneviève Jeanson : 54.

Alain Gravel : Quand même pas mal haut 54 !

Geneviève Jeanson : Pas mal haut ! Regarde bein ! J’ai eu peur de mourir !

Alain Gravel (commentaire en voix off) : Geneviève Jeanson dit-elle la vérité lorsqu’elle donne son hématocrite à 54 % ? Impossible de le vérifier puisque c’est une valeur confidentielle. Mais un hématocrite à 54% c’est déjà énorme. Est-il possible d’avoir un hématocrite aussi élevé et être propre ? Comme elle nous a mis au défi de le faire, nous avons par la suite demandé à de nombreux spécialistes si une tente hypoxique pouvait expliquer une valeur aussi élevée. Tous se sont montrés sceptiques.

Guy Thibault (conseiller en recherche, Ministère de l’éducation, du loisir et du sport) : Je serais très surpris que l’utilisation à moyen ou à long terme de la tente hypoxique pour des raisons physiologiques et logistiques puisse mener à des hématocrites dépassant le niveau prescrit par l’Union cycliste internationale.

Alain Gravel (entrevue) : Qui est de 47 ?

Guy Thibault : 47 chez les femmes et de 50 chez les hommes.

Michel Audran (directeur du laboratoire de biophysique, Université de Montpellier) : 54 c’est beaucoup !

Alain Gravel (entrevue) : Mais le 54 ne prouve pas nécessairement qu’il y a une prise d’EPO ?

Michel Audran : Non ça peut être une transfusion sanguine !

Alain Gravel : Ça amène un soupçon, en tout cas ?

Michel Audran : Ah oui un gros soupçon quand même !

Alain Gravel (en voix off) : La poussière des événements de Hamilton n’est pas retombée qu’un deuxième scandale éclate : l’affaire Duquette.

Geneviève Jeanson (archives) : Je n’ai jamais touché à de l’EPO de ma vie. J’en ai jamais vu. On ne m’en a jamais donné, proposé. J’en ai jamais pris.

Alain Gravel (en voix off) : Le Dr Maurice Duquette est ce chirurgien orthopédiste qui plaide coupable à une accusation portée contre lui par le Collège des médecins d’avoir administré à une reprise de l’EPO à Geneviève Jeanson comme test diagnostique. Mais il s’est ravisé 24 heures plus tard après avoir reçu une mise en demeure du clan Aubut-Jeanson.

À nouveau lors de notre première entrevue Geneviève Jeanson nie tout en bloc.

Geneviève Jeanson (entrevue) : Il y a quelqu’un qui m’a vu aller dans son cabinet de médecin.

Alain Gravel (entrevue) : Quelqu’un, une cycliste ? Une cycliste qui vous a vu aller dans le cabinet du médecin ?

Geneviève Jeanson : Oui. Pi après ça ce que j’ai lu dans les journaux c’est que j’étais accusée de ne pas savoir qu’il utilisait de l’EPO avec ses patients. Comment est-ce que je suis supposée savoir ça ? Il ne m’a jamais proposé, il ne m’a jamais donné de drogue, il ne m’a jamais parlé de ça. Il m’a jamais montré. Il ne m’a jamais parlé de ses patients. C’est un médecin. Tu parles pas des patients.

Alain Gravel (en voix off) : Attaquée de toutes parts tant par les journalistes que par le milieu cycliste Geneviève Jeanson se défend mal, à l’époque.

(archives, voix-off non identifiée d’un journaliste en conférence de presse) : Comment expliquez-vous à ce moment là qu’il ne vous a pas référé à un spécialiste ?

(archives : on voit Geneviève Jeanson muette, qui ne sait pas quoi répondre).

Alain Gravel (en voix off) : Mais elle s’acharne encore devant nous à tenter de nous convaincre qu’elle était propre.

Alain Gravel (entrevue) : C’était devenu un cauchemar. C’était pu drôle le bécyk ?

Geneviève Jeanson : Non. C’était pu l’fun.

Alain Gravel : Mais vous continuiez quand même ?

Geneviève Jeanson : Ouais. Parce que j’avais quand même que’que chose à prouver.

Alain Gravel : Prouver quoi ?

Geneviève Jeanson : Prouver que j’étais pas dopée.

Alain Gravel : C’était pu d’être la meilleure au monde, c’était de prouver que vous étiez pas dopée ?

Geneviève Jeanson : À un moment donné c’était une question de survie. Je suis venue à réaliser que... c’est qui t’ce monde-là pour décider quand est-ce que je va arrêter de faire du bécyk ? Sont qui ? Je vais arrêter quand je vais en avoir envie.

Alain Gravel (en voix off) : Nous avons tenté d’obtenir une entrevue avec le docteur Duquette. Nous avons eu pour seule réponse un message téléphonique où il nie tout.

(Voix off du Dr Maurice Duquette) : J’ai un avis de ne pas faire de déclaration publique. Alors je suis complètement pogné. Si j’ai un avis contraire de l’avocat de mon assurance, il me fera plaisir de collaborer. Parce que j’ai jamais cru qu’il y avait de drogue chez elle. Merci.

Alain Gravel (en voix off) : Après l’affaire Duquette, un troisième scandale éclate en 2004 : l’affaire de la Flèche Wallonne, en Belgique, une des courses les plus importantes du calendrier professionnel. Les officiels de l’Union cycliste internationale traquent désormais Geneviève Jeanson. Ils la convoquent à cet hôtel de Liège pour lui annoncer que son hématocrite est encore trop élevé. Mais ils doivent par la suite se rétracter, admettant avoir fait une erreur. Mais les autorités anti-dopage ne la lâchent pas. Immédiatement après la course, elle est convoquée pour un nouveau test anti-dopage. Comble de malheur, elle oublie de se présenter pour passer ce test, ce qui, selon les règlements sportifs, équivaut à un test positif.

Même trois ans après cet événement on sent sa hargne lorsqu’elle aborde cet épisode.

Geneviève Jeanson (entrevue) : C’est là que je me suis rendu compte comment l’UCI c’est des rats. I am using very strong words. Ils sont capables de faire leurs petites magouilles.

Alain Gravel (en voix off) : Par miracle Geneviève Jeanson s’en sort à nouveau. Elle n’écope que d’un avertissement et d’une amende pour la course de la Flèche Wallonne. Mais la pression est de plus en plus forte. À son retour à Montréal, elle s’effondre devant les journalistes devenus plus durs à son endroit.

Mais dans ses explications sur ce troisième incident on la sentait toujours aussi déterminée à prouver qu’elle n’était pas dopée et surtout qu’elle était toujours la meilleure.

En l’écoutant lors de notre entrevue à Phoenix on sent bien qu’elle était prête à tout pour gagner.

Geneviève Jeanson (entrevue) : Ma plus grand victoire ? C’est en 2004. Après la Flèche Wallonne. La conférence de presse de la Coupe du Monde de Montréal, tout le monde me fait pleurer. Les journalistes : Geneviève Jeanson craque. Front page de La Presse : elle craque, elle vaut plus rien. Elle gagnera jamais. Samedi arrive. Lyne Bessette elle vient de gagner j’sais pas trop quoi, elle se sent forte « J’m’en va là pour gagner, ci pis ça, j’me sens bien, let’s go». On en met, on en met. Envoye la p’tite Geneviève, on va la driller. Qui c’est qui gagne ?

Alain Gravel (entrevue ) : C’est une vengeance ça ou quoi ?

Geneviève Jeanson : C’est une vengeance. Je ne suis pas une individu qui est motivée par la vengeance. Je suis toujours motivée par le dépassement de moi-même. C’te jour-là : la vengeance. Je voulais les saigner !


André Aubut félicite Geneviève Jeanson après sa victoire sur le mont Royal
photo : Martin Chamberland

Alain Gravel (en voix off) : Mais les autorités anti-dopage continuent à avoir des doutes sur Geneviève Jeanson. Ils la talonnent sans cesse. Ils multiplient les tests anti-dopage.

Puis finalement, en juillet 2005, au Tour de Toona en Pennsylvanie Geneviève Jeanson est testée positive à l’EPO. C’est le dernier clou dans le cercueil de sa carrière. Elle est suspendue pendant deux ans.

Encore aujourd’hui, même devant l’évidence, elle nous répète et martelle qu’elle ne s’est jamais dopée et que le test de Toona est un faux positif.

Alain Gravel (entrevue) : Vous êtes convaincue que c’est un faux positif ? Qu’est-ce qui vous fait dire que vous êtes convaincue ?

Geneviève Jeanson (entrevue) : J’ai jamais pris de drogue. C’est un faux positif. J’ai jamais pris de drogue. Ça ne rentre pas dans mes valeurs de vie. J’aime la vie.

Alain Gravel (en voix off) : Geneviève Jeanson ment-elle ? Pourrait-elle avoir été victime de son entraîneur comme certains le pensent ? Et si elle disait la vérité, pourquoi cette énorme machination contre elle ? À la fin de notre deuxième visite à Phoenix nous lui signalons que nous irons vérifier ses prétentions.

Mais avant de quitter l’Arizona nous nous rendons au restaurant d’André Aubut pour le convaincre de nous parler. Mais il ne veut rien savoir.

Alain Gravel (en voix off) : Bonjour. Alain Gravel de Radio-Canada.

(Voix off d’André Aubut) : Oui, bonjour. Ça va bien ?

Alain Gravel (en voix off) : Pas mal. Et vous ? Vous savez qu’on est dans le coin ces temps-ci ?

(Voix off d’André Aubut) : Oui.

Alain Gravel (en voix off) : On aimerait ca faire une entrevue avec vous éventuellement. Vous voulez pas ? Pas possible ?

(Voix off d’André Aubut) : Non.

Alain Gravel (en voix off) : Ça a fait jaser pas mal au Québec. Vous savez ça ?

(Voix off d’André Aubut) Continuez à jaser !

Alain Gravel (en voix off) : Nous sommes dans la ville de Gand en Belgique. Nous rencontrons cet homme qui est un médecin biologiste renommé et qui a tenté d’innocenter Geneviève Jeanson. Le Dr Delangue est connu pour avoir réussi à blanchir trois athlètes accusés de dopage dont Rutger Beke cet athlète belge qui a été reconnu positif par erreur en 2004.

Dr Joris Delanghe (entrevue) : Beke n’est pas le seul, sans doute.

Alain Gravel (en voix off) : Le Dr Delangue voit des similarités entre le cas Jeanson et le cas Beke. Pour prouver ses dires, il a fait simuler à Geneviève Jeanson une épreuve et a ensuite fait venir ses échantillons d’urine en Belgique pour démonter qu’elle faisait partie des rares athlètes qui peuvent produire de faux positifs lors de tests anti-dopage. Mais il n’y est pas parvenu.

Alain Gravel (entrevue) : Dans une échelle de 1 à 10, quand vous comparez les deux est-ce que c'est le même niveau, vous pensez, sur le plan scientifique ?

Dr Joris Delanghe : Non, le cas de Beke est plus fort que le cas de Jeanson, sans doute. Beke c’est 10 sur 10 et Geneviève ce n’est que 8 sur 10.

Alain Gravel (en voix off) : Mais le Dr Delanghe avait d’autres munitions pour tenter d’innocenter Geneviève Jeanson. Le fait qu’elle ait été testée pour l’EPO à deux reprises à Toona. Le premier test était positif mais le second qui a été réalisé 60 heures plus tard était négatif. Selon le Dr Delanghe c’est impossible puisque si elle était positive la première fois elle aurait dû l’être aussi la deuxième fois, étant donné la durée de vie de l’EPO dans l’organisme, qui est selon lui de plus d’une semaine.

Dr Joris Delanghe : On ne peut pas concilier ces données avec la durée de vie de l’EPO. Normalement après l’administration de l’EPO le test est capable de détecter l’EPO pendant une période d’environ huit jours.

Alain Gravel (en voix off) : Les plus grands spécialistes du dopage sanguin contredisent le docteur Delanghe. Ils affirment que la durée de vie de l’EPO dans l’organisme, soit la période durant laquelle on peut épingler les athlètes dopés, est très courte.

Parmi ces spécialistes il y a Michel Audran de Montpellier, dans le sud de la France, qui affirme qu’il est parfaitement possible que l’EPO détectée dans le corps de Geneviève Jeanson lors du premier test ait disparu 60 heures plus tard lors du deuxième.

Michel Audran (entrevue) : Moi j’ai pas besoin de 60 heures. 18 heures j’arrive à faire.

Alain Gravel (entrevue) : Vous arrivez à effacer un très positif ?

Michel Audran : En 18 heures le gars peut passer de très positif à pas positif.

Alain Gravel (en voix off) : À Montréal une des plus grandes spécialistes canadiennes du dopage, le Dr Christiane Ayotte, qui a le rapport du Dr Delanghe sur Geneviève Jeanson entre les mains, critique très sévèrement ses méthodes de travail.

Dr Christiane Ayotte (directrice du laboratoire de contrôle du dopage INRS) : Ça, ici, ce que M. Delanghe nous a mis dans la littérature, c’est de la crotte ! Sincèrement, il n’y a pas un biologiste... et ça c’est peut être difficile pour quelqu’un qui en fait pas, mais il n’y a pas un biologiste moléculaire qui va regarder des gels de cette nature-là, qui étaient censés être la preuve que le test était un faux positif, et qui va dire... Ben là regardez…

Alain Gravel (en voix off) : Pour Christiane Ayotte les résultats du test de Geneviève Jeanson en 2005 sont très clairs : elle était bel et bien dopée.

Dr Christiane Ayotte : Ça je vous dirais que c’est un profil qui est positif.

Alain Gravel (entrevue) : Vous si vous aviez eu ça ici ça aurait été clair que c’est positif. Il n’y a pas d’équivoque ?

Dr Christiane Ayotte : Non, il n’y a pas d’équivoque.

Alain Gravel (en voix off) : Geneviève Jeanson qui risquait une suspension à vie a longtemps contesté son test positif à l’EPO auprès de l’Agence américaine anti-dopage qui a ses bureaux à Colorado Springs. Les audiences pour trancher la question devaient se tenir à Montréal en décembre dernier. Mais à la dernière minute elle a signée une entente pour une suspension de deux ans. Dans cette entente elle admettait avoir échoué à un test anti-dopage à l’EPO mais continuait à affirmer malgré tout n’avoir jamais été dopée. Selon elle, le fait qu’elle n’ait écopée que d’une suspension de deux ans et non pas d’une suspension à vie est une victoire morale. Ce qui fait sursauter les autorités antidopage américaines.

Alain Gravel (entrevue, traduction française à l’écran) : Geneviève Jeanson et le Dr Delanghe considèrent que la suspension de deux ans est une victoire. Parce que, disent-ils, l’USADA avait peur de perdre la cause.

Travis Tygart (directeur général USADA, traduction française à l’écran) : C’est ridicule. Elle a reconnu avoir été testée positive tout en étant conseillée par de très bons avocats. Écoutez, elle a eu deux ans. Je suis très surpris qu'un athlète qui reçoit une telle sanction considère cela comme une victoire.

Alain Gravel (présentateur) : Au retour : Même les plus fervents défenseurs de Geneviève Jeanson ne la croient plus.

Daniel Larouche : Ce jour là j’ai compris que Geneviève s’était très très très probablement dopée.


Geneviève Jeanson

Alain Gravel (présentateur) : Acculée au pied du mur Geneviève Jeanson va-t-elle finalement finir par avouer ?

Alain Gravel (voix-off) : Juin dernier, nous revenons à Phoenix une troisième fois. Notre dernière rencontre avec Geneviève Jeanson date de deux mois. Depuis elle s’est trouvé un nouvel emploi : elle vend des vélos sur Internet. Nous voulons cette fois la confronter aux nombreuses contradictions que nous avons accumulées sur sa version à savoir qu’elle ne s’est jamais dopée. Mais elle ne bronche pas.

Geneviève Jeanson (en entrevue) : J’ai rien d’autre à dire que la vérité moi !

Alain Gravel (en entrevue) : Qui est ?

Geneviève Jeanson (en entrevue) : C’est quoi la question ? Quelle vérité que je peux donner ?

Alain Gravel : Est-ce qu’elle est dopée ou pas ?

Geneviève Jeanson : Non elle s’est pas dopée.

Alain Gravel : Avez-vus déjà pris de l’EPO ?

Geneviève Jeanson : Non.

Alain Gravel : Avez-vous déjà fait des auto-transfusions sanguines ?

(Geneviève fait signe que non de la tête)

Alain Gravel : Avez-vous déjà eu des offres pour prendre de l’EPO ?

Geneviève Jeanson : Non.

Alain Gravel : Avez-vous l’impression que vous allez réussir à blanchir votre nom ?

Geneviève Jeanson : I do not give a flying fuck ! Ça me dérange pas du tout.

Alain Gravel (voix-off) : Nous voulons aussi confronter Geneviève Jeanson sur les doutes d’ex-coéquipières sur le fait que sa fameuse tente hypoxique ait déjà existé.

Alain Gravel (en entrevue) : Vous avez déjà vu ça vous une tente hypoxique ?

Manon Jutras : Non. Dans les cas des courses on loge dans des motels.

Alain Gravel : Vous avez jamais vu la tente hypoxique ?

Manon Jutras : Non.

Alain Gravel : Jamais ?

Manon Jutras : Non.

Amy Moore (traduction à l’écran) : J’ai dormi avec elle plusieurs fois et je n’ai jamais vu de tente. En Arizona ou ailleurs.

Alain Gravel (en entrevue) : Amy Moore nous a dit qu’elle a couché avec vous à l'occasion, et à Lachine, et à Phoenix et en entraînement à l’extérieur, nous a dit qu’elle n’a jamais vu de tente de sa vie.

Geneviève Jeanson (en entrevue) : Non. C’était secret. Amy Moore, est pas restée un mois avec moi. C’est pas quand t'arrêtes la tente dix jours de temps pendant la off season ou pendant le mois de janvier que tu capotes avec ça.

Alain Gravel : C’était secret, secret à ce point-là ?

Geneviève Jeanson : Oui parce que j’étais déjà marginale.

Alian Gravel (voix off) : Si elle reste de marbre lorsque nous l’interrogeons sur les soupçons de dopage qui pèsent contre elle, le ton change lorsqu’on aborde à nouveau sa relation avec André Aubut. Elle se montre cette fois plus ouverte à nous en parler. Elle nous apprend qu’elle vient de commencer une thérapie pour se guérir des blessures morales qu’il lui aurait infligées.

Alain Gravel (en entrevue) Aviez-vous peur de lui ?

Geneviève Jeanson (en entrevue) : Oui j’avais peur. Il y a beaucoup d’entraînements que j’ai faits, c’était sous la peur, c'était pas parce que ça me tentait. Bein souvent je gagnais des courses pour lui fermer la gueule ! Je gagnais pi, anyway, c’était jamais assez bon, anyway.

Yves Jeanson (en entrevue) : il était violent avec elle

Alain Gravel (en entrevue) : Est-ce qu’il la frappait ?

Yves Jeanson : Je pense qu’il l’avait déjà frappé une fois.


Yves Jeanson

Alain Gravel (en entrevue) : Votre père nous a dit aussi des choses encore plus graves. Il nous a dit que vous lui avez dit qu’il vous a frappé. Est-ce que c’est vrai ?

Geneviève Jeanson (en entrevue) : (après une longue hésitation) C’est pas quelque chose que je suis très à l’aise de discuter, pas encore.

Alain Gravel : Vous voulez pas en parler ?

(Geneviève fait signe que non de la tête)

Alain Gravel (voix off) : Dans une conversation téléphonique, André Aubut a nié catégoriquement avoir déjà frappé Geneviève Jeanson. Il admet cependant avoir été dur verbalement envers elle, en soulignant qu’il y a des choses qui se disent dans le feu de l’action, mais que ça s’arrêtait là.

La relation Aubut-Jeanson a été plus loin qu’une simple relation sportive. Ils se sont mariées l’an dernier à Phoenix. Voici d’ailleurs leur certificat de mariage. Ils ont divorcé six mois plus tard. Les deux affirment qu’il s’agissait d’un mariage d’affaire pour leur permettre d’opérer un restaurant dans l’état de l’Arizona.

Alain Gravel (en entrevue téléphonique avec André Aubut) : Il y a eu une période où il y a eu des sentiments entre les deux ?

Alain Gravel (voix off) : Ont-ils déjà été amoureux ? Oui, en 2005, si on se fie à André Aubut. Geneviève Jeanson admet avoir déjà habité avec lui comme s’ils étaient un couple mais elle dit n’avoir jamais eu de sentiment amoureux pour lui.

Mais ce ne sont pas les seules révélations de ce troisième voyage à Phoenix. En lui reposant naïvement la question sur son taux d’hématocrite lors des Championnats du monde de Hamilton, elle nous réserve une surprise de taille. Elle nous dévoile que son taux était de 56%, comme le voulait les rumeurs de l’époque, et non de 54%, comme elle nous l’avait déjà affirmé.

Geneviève Jeanson (en entrevue) : 55… 55, 56, quelque chose comme ça. Regarde, j’ai eu tellement peur, je pensais que j’allais mourir, tout de suite sur la chaise, je pensais que j'allais mourir.

Alain Gravel (voix off) : Un simple chiffre, 56% et non pas 54% mais qui veut tout dire. Cette admission est de taille. La justification de la tente hypoxique tient-elle toujours avec un tel taux ? Le lendemain, avant notre départ, Geneviève Jeanson devient tout à coup évasive dans ses réponses.

Alain Gravel (en entrevue) : Les gens disent : « C’est un alibi ». Les plus grands spécialistes. Tout le monde ! Ils te regardent avec un sourire en coin…

Geneviève Jeanson (en entrevue) : Tant mieux pour eux autres ! Je l’ai faite la tente, qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Le corps humain c’est pas un robot que tu mets on pi off. C’est la seule explication que j’ai. Tant mieux pour eux autres, qui disent ça, tant mieux ! Je suis bein, contente, validez votre job, ostie, allez-y. Tant mieux ! C’est la seule affaire que j’ai à dire. Je l’ai utilisée. J’ai couché là-dedans. C’était pas l’fun.

Alain Gravel : T’a jamais rien pris à part ça ?

Geneviève Jeanson : Des vitamines !

Alain Gravel (voix off) : Retour à Montréal nous soumettons cette nouvelle contradiction à celui qui l’a défendu corps et âme devant l’Association cycliste canadienne.

Ivan Simoneau a rédigé pour elle un rapport justifiant son hématocrite élevé à Hamilton par l’utilisation de la fameuse tente.

Sans le savoir, nous annoncions à Ivan Simoneau que l’hématocrite de Geneviève Jeanson était beaucoup plus élevée que ce qu’elle et André Aubut lui avait dit. On le sent mal à l’aise.

Alain Gravel (entrevue) : 56, même si j’avais un taux naturel élevé, disons 45, 46, c’est quand même 20% de plus que la norme permise. Est-ce qu’à 56 on peut être propre ?

Ivan Simoneau : La valeur est énorme. C’est clair que la valeur est énorme. Maintenant c’est une valeur qui a été prise. Puis des décisions ont été prises par la suite.

Alain Gravel : C’est énorme ?

Ivan Simoneau : C’est énorme.

Alain Gravel : C’est du jello dans le sang ! C’est dangereux !

Ivan Simoneau : C’est dangereux ! La réponse c’est-tu dangereux ? La réponse c’est dangereux. Oui. Pis de l’avoir sortie de la course c’est une bonne décision.

Alain Gravel (voix off) : On comprend l’inconfort d’Ivan Simoneau lorsqu’on lit le courriel qu’il nous a fait parvenir le lendemain de l’entrevue. Il écrit que l’équipe Aubut-Jeanson lui avait toujours parlé d’un taux de 53% et non de 56%. Avec un hématocrite à 56% il considérait que le rapport qu’il avait produit pour l’Association cycliste canadienne est invalide à cause de la falsification de la donnée de base fournie par le clan Aubut-Jeanson.

Une véritable bombe.

Autre coup de théâtre. Dans un courriel qui a suivi la lettre d’Ivan Simoneau, Geneviève Jeanson admet que c’était absolument vrai qu’elle et André Aubut avaient dit à Ivan Simoneau à l’époque que son hématocrite était de 53%. Elle ajoute : Tout devait être caché. Mais qu’est-ce qui devait être caché ?

Les gens qui ont défendu Geneviève Jeanson se sentent désormais trahis.

Daniel Larouche (ex-relationniste de Rona et de Geneviève Jeanson, en entrevue) : Ce jour là j’ai compris que Geneviève s’était très très très probablement dopée.

Alain Gravel (voix off) : Geneviève Jeanson n’a désormais plus d’arguments. Nous la rejoignons le lendemain par téléphone à Phoenix, quatre mois après nos premières rencontres où nous n’avons cessé de l’interroger sur les soupçons de dopage contre elle. Elle finit par craquer et lâcher le morceau.

(Geneviève Jeanson au téléphone) : Je sais que tu m’as déjà posé la question, si j’avais pris de la drogue ou non. J’en ai pris.

Alain Gravel (on camera, au téléphone) : C’était quoi ? C’était de l’EPO finalement ?

Geneviève Jeanson : Ouais. La seule affaire que j’ai touchée. C’était ça.

Alain Gravel : La seule chose que tu as touchée c’est de l’EPO ?

Geneviève Jeanson : Oui.

Alain Gravel : À Hamilton étais-tu sur l’EPO ?

Geneviève Jeanson : Oui.

Alain Gravel : Ok, ça t’en avait pris à Hamilton. Les courses du mont Royal ? Geneviève Jeanson : Oui.

Alain Gravel : C’était à l’année longue ?

Geneviève Jeanson : À peu près, oui.

Alain Gravel : À l’entraînement et pi après c’était de diminuer les doses pour passer au travers des tests, c’est ça ?

Geneviève Jeanson : Non, non. Passer au travers les tests, t’as juste à pas en prendre cinq jours avant pis t’es correct.


Alain Gravel en entrevue avec Geneviève Jeanson

Alain Gravel (voix off) : Un mois plus tard nous retournons pour la quatrième fois à Phoenix à la fin juillet. Après dix ans de contradiction, de demi-vérités et de mensonges, elle décide de tout avouer.

Alain Gravel (entrevue) : Le dopage. Vous vous êtes dopée. Pendant longtemps ?

Geneviève Jeanson (en entrevue) : Pendant longtemps.

Alain Gravel : Depuis le début ?

Geneviève Jeanson : Ouais, depuis le début.

Alain Gravel : Quel âge ?

Geneviève Jeanson : 16 ans.

Alain Gravel : 16 ans. La première fois ?

(Geneviève fait signe que oui de la tête)

Alain Gravel : À 16 ans. C’était quoi ?

Geneviève Jeanson : C’était de l’EPO. Je le savais que ce n’était pas bien mais je me suis fait prendre dans un engrenage et j’avais aucun outil, j’avais pas les moyens de m’en sortir, je ne savais pas comment. Je voulais pas décevoir personne. Je savais pas quoi faire. Ça m’est comme arrivé, ça m’est tombé sur la tête pis à 16 ans je savais pu quoi faire.

Alain Gravel : C’est arrivé comment ? Est-ce que c’est vous qui avez décidé de prendre ?

(Geneviève fait signe que non de la tête)

Alain Gravel : Non ? Votre entraîneur ?

(Geneviève fait signe que oui de la tête)

Alain Gravel : Est-ce qu’André Aubut vous a dit « Écoute bien ma p’tite fille si tu veux gagner y’a pas 56 000 façons. C'est comme ça ». C’est ça qu’il vous a dit ?

Geneviève Jeanson : Oui.

Alain Gravel : Au début, à 16 ans ?

(Geneviève fait signe que oui de la tête)

Alain Gravel (on camera en conversation téléphonique avec André Aubut) : C’est vous qui lui avez dit : « Écoute bein si tu veux gagner il va falloir que tu en prennes ».

Alain Gravel (voix off) : Lors de notre conversation téléphonique André Aubut confirme que Geneviève Jeanson s’est bel et bien dopée. Mais ce n’est pas lui qui l’a incitée à prendre de la drogue (…) qu’ils ont pris la décision ensemble.

Deux semaines plus tard il revient dans un courriel sur sa déclaration et se contredit en disant que depuis la conversation qu’il a eu avec nous ses esprits s’étaient refroidis et qu’il nous écrivait pour nous faire part de sa véritable version, entre autres qu’il ne savait pas que Geneviève Jeanson utilisait de l’EPO et qu’il avait toujours cru qu’elle utilisait sa tente hypoxique.

Dans ses aveux Geneviève Jeanson affirme que le dopage est un passage obligé pour performer dans les milieux cyclistes.


Geneviève Jeanson
photo : Société Radio-Canada

Geneviève Jeanson (en entrevue) : De mon point de vue c’est inévitable mais c’est pas la bonne chose à faire.

Alain Gravel : Ça veut dire quoi ?

Geneviève Jeanson : Ça veut dire que c’est dans le milieu.

Geneviève Jeanson : Ce qui me fait le plus mal c'est d’avoir menti au monde qui me croyait. Je savais pas quoi faire.

Alain Gravel (en conclusion de la première partie) : Plusieurs questions demeurent sans réponse dans l’affaire Geneviève Jeanson. Où trouvait-elle la drogue ?

Le Dr Maurice Duquette est-il celui qui lui a injecté ses premières doses d'EEPO ? Jusqu’où est allée sa relation difficile avec son entraîneur André Aubut.

Et finalement est-il possible que tout son entourage, incluant son commanditaire principal RONA, ait ignoré pendant si longtemps qu’elle était dopée ? Les réponses à ces questions la semaine prochaine.

L’engrenage qui mène au dopage sportif.

La semaine prochaine Geneviève Jeanson nous raconte toute son histoire et ouvre une boîte de Pandore.

Dopée à partir de l’âge de 16 ans, Geneviève Jeanson est tombée très jeune dans la trappe de la célébrité et de l’argent. L’appât du gain aurait pu lui être fatale avec un sang rendu visqueux par l’EPO.

Geneviève Jeanson (en entrevue) : Des fois j’étais couchée, j’essayais de m’endormir, mon cœur battait pas vite mais c’était tellement puissant que ça me donnait un coup dans l’estomac, je sentais comme POW !

Alain Gravel (en conclusion) : Enquête la semaine prochaine sur la détresse d’une athlète dopée.

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Note du webmestre :
À lire également :
- Les deux Geneviève Jeanson !, par Alain Gravel
- des réactions de téléspectateurs

Des photos du tournage de l'émission.



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