26 février 2006


En une de La Presse du 26 février 2006

La souffrance, encore et toujours

Toute la semaine, Clara Hughes a reçu des courriels d'encouragement. Personne ne se bat plus que toi. Personne n'est plus fort que toi. Personne ne peut souffrir plus que toi. Elle a prouvé hier que c'était vrai.

Clara Hughes a souffert le martyre à l'Oval Lingotto. Quand elle a franchi la ligne d'arrivée du 5000m, les muscles de ses jambes se sont tétanisés, flanchant finalement après l'effort titanesque qu'ils venaient de fournir pendant six minutes, cinquante-neuf secondes et sept centièmes. "C'est comme si une centaine de chevaux étaient passés sur mes jambes en même temps", a expliqué la patineuse après coup, bien consciente qu'aucun des journalistes qui l'entouraient n'avait jamais même approché un tel état.

Clara Hughes est arrivée il y a trois semaines à Turin avec la ferme intention de réussir la course de sa vie. Elle y est parvenue en remportant la médaille d'or dans le 5000m, devant la championne des trois derniers Jeux olympiques, l'Allemande Claudia Pechstein, et la Canadienne Cindy Klassen, qui a remporté sa cinquième médaille des Jeux et la sixième de sa carrière olympique, un record pour une Canadienne.

"C'est ce que j'avais en tête avant d'entreprendre cette course, juste cette souffrance. C'est ce que je trouve le plus satisfaisant : d'avoir surmonté cette douleur, cette douleur si intense que lorsque tu finis, tu penses que tu vas mourir. C'est ce qui s'est passé, et c'est ce que je voulais", a dit Hughes.

Pour la rouquine de Glen Sutton, c'est une deuxième médaille à Turin, après l'argent de la poursuite par équipe, qu'elle a partagé avec Klassen, Kristina Groves, Shannon Rempel et Christine Nesbitt. C'est aussi une cinquième médaille olympique. Elle a remporté deux fois le bronze en cyclisme sur route à Atlanta et le bronze du 5000 m des Jeux de Salt Lake City, il y a quatre ans.

Mais aucune de ces médailles n'a été gagnée de façon aussi sublime que celle d'hier, conquise devant une foule qui comptait des amis et des membres de sa famille venus du Canada, des États-Unis et d'Italie, y compris Rebecca, la fillette d'un couple chez qui le mari de Hughes habite pendant les Jeux. Installée près de la ligne de départ, la petite tenait une affiche qui disait "Forza Clara" (Allez, Clara).

Hughes partait dans la dernière des huit paires de patineuses, aux côtés de Pechstein, une policière de la garde frontalière allemande qui règne sur la distance depuis Nagano. Juste avant elles, Klassen venait de prendre une option sur la victoire avec un chrono de 7:00,57.

Hughes a commencé lentement, comme c'est son habitude. Pechstein a vite pris une dizaine de mètres d'avance sur elle. Les deux patinaient rapidement, un peu plus de 33 secondes au tour, mais pas aussi vite que Klassen avant elles.

L'écart avec le temps de Klassen a atteint 3,9 secondes après 2800 mètres. Ceux qui ne connaissaient pas Hughes ont commencé à s'inquiéter. Ceux qui savaient sont restés calmes. Car Clara est une finisseuse. Personne n'est plus endurant qu'elle, personne n'est capable de soutenir comme elle le rythme jusqu'à la fin. De fait, l'avance de Klassen a commencé à fondre : de 3,71 à 3,39, puis à 1,86 seconde à un tour de l'arrivée, au moment où Hughes a pris les devants sur Pechstein pour la première fois.

Plus que 400 mètres pour rattraper près de deux secondes. La mission n'avait rien d'impossible pour Hughes, qui avait battu Pechstein et Klassen en fin de course lors du dernier 5000 m avant les Jeux, aux Pays-Bas, en décembre. "Je savais que si je pouvais arriver à la fin pas trop mal en point et avec une bonne technique, je pourrais accélérer mieux que n'importe qui. Je suis comme une locomotive. La cycliste en moi resurgit quand je vois la ligne d'arrivée."

Hughes a tourné en 33,07... exactement le même temps qu'elle avait réalisé au passage des 1000 m. Pechstein a fait 33,93, alors que Klassen, à la peine dans le dernier tour, n'avait pu faire mieux que 36,43. Au final, Hughes était devant par une seconde sur l'Allemande et une seconde et demie sur Klassen.

Hughes a franchi la ligne, le " 1 " est apparu à côté de son nom sur le tableau indicateur et elle a levé les bras au ciel avant d'aller s'écraser sur la bordure intérieure de l'anneau, incapable de faire une enjambée de plus. Allongée sur le ventre, elle s'est mise à sangloter. " C'étaient des larmes de joie. Il y avait tellement d'émotion. Mon entraîneuse Xiuli (Wang) me disait lève-toi, lève-toi, et je lui répondais, Xiuli, je suis en train de mourir et j'ai gagné aux Jeux olympiques! "

Quand elle s'est finalement relevée, elle est allée enlacer Klassen. Les deux riaient comme des gamines. Quand Hughes est montée sur la plus haute marche du podium, elle a invité Klassen à la rejoindre. " J'ai été deuxième et troisième tellement souvent que c'était incroyable de gagner. Je ne voulais pas être toute seule là-haut à écouter l'Ô Canada. Et je n'allais sûrement pas chanter toute seule. Cindy est venue et nous avons chanté ensemble, très mal."

" Les médailles de Hughes et Klassen étaient les septième et huitième du Canada en patinage de vitesse. L'équipe est sur un high, qui s'est reflété dans la performance de Hughes, dont la technique n'était pourtant pas à point à l'entraînement cette semaine. " L'énergie positive peut mener loin, a dit Hughes. J'avais écrit " Joie " sur ma main, parce que c'est ce que je voulais ressentir après ma course, après que j'aie récupéré de l'épuisement physique. Et c'est ce que j'ai éprouvé. La joie pure, le bonheur et l'extase d'être en vie. C'est ce que je ressens en ce moment. Je me sens complètement en vie. "

Tellement en vie qu'elle a annoncé que cette course n'était pas la dernière de sa carrière olympique. En 2010, à Vancouver, elle aura 37 ans. Je n'oserais pas parier contre elle.


En une du cahier des Sports de La Presse du 26 février 2006



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Guy Maguire, webmestre, svpsports@gmail.com
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