30 janvier 2010


photo : Reuters

Qui d’autre!

La patineuse de vitesse longue piste et grande dame de l’olympisme, Clara Hughes, portera le drapeau canadien aux Jeux de Vancouver. Une nomination incontournable pour le Comité olympique canadien malgré la participation de 206 athlètes à cette compétition.

Entrer dans le stade en tête de la délégation du Canada en portant l’unifolié constitue un grand honneur et procure une sensation incroyable à l’athlète élu. Mais le faire dans son propre pays, devant une foule partisane, s’avère un privilège unique que seuls Abby Hoffman, athlétisme, et Brian Orser, patinage artistique, ont bénéficié respectivement à Montréal, en 1976, et Calgary, en 1988.

« C’est le plus grand honneur de ma carrière sportive », a-t-elle reconnu.

Des athlètes préfèrent s’éloigner de la distraction causée par cette tâche protocolaire ou refuseront parce que leurs compétitions suivent de peu la cérémonie d’ouverture. Hugues avait indiqué qu’elle accepterait avec joie et fierté. « Je n’ai pas hésité une seconde. J’en rêvais. »

Elle devient le sixième porte-drapeau issu du patinage de vitesse longue piste à être sélectionné après Gordon Riley (1952), Ralph Ollin (1964), Gaétan Boucher (1984), Sylvie Daigle (1992) et Catriona Le May Doan (2002). Lors des Jeux de Turin en 2006, cette mission fut confiée à la joueuse de hockey Danièle Goyette.

Dans un pays où le bilinguisme officiel ne concerne souvent que le Québec, Hughes rejoindra les francophones et les anglophones. Elle se tire d’affaire en français. On se souviendra que le choix du kayakiste unilingue anglophone Adam van Koeverden, aux Jeux de Pékin, avait causé des remous.

Hughes se considère véritablement une citoyenne du pays. Elle s’identifie autant à l’Ouest, au Centre qu’à l’Est. Native de Winnipeg, elle réside une bonne partie de l’année à Glen Sutton, un petit village des Cantons de l’Est et elle passe beaucoup de temps à Calgary où elle s’entraîne avec l’équipe nationale.

La dame de 37 ans revendique également un exploit peu commun à l’échelle planétaire. En effet, ils ne sont que quatre médaillés à avoir grimpé sur le podium aux jeux d’été et d’hiver. En cyclisme, elle a remporté deux médailles de bronze aux Jeux d’Atlanta (1996) et elle a participé également à ceux de Sidney (2000).

Elle a raconté à quelques reprises que le goût de concourir aux olympiques lui était venu en surveillant le Québécois Gaétan Boucher sur l’anneau de glace de Calgary. Elle n’avait que 16 ans. Pourtant, il n’y a pas gagné de médaille après avoir été la grande vedette du Canada aux Jeux de Sarajevo avec deux médailles d’or et une de bronze. Elle admirait sa détermination et sa combativité.

Une blessure à une cheville, qu’il n’avait pu totalement guérir avant les J.O., avait empêché Boucher de monter sur le podium. Mais il voulait tellement gagner.

Personnes influentes
Jusque-là, la vie de la petite Hughes se voulait très indisciplinée. Drogues légères, alcool, fugues régulières alimentaient son quotidien d’adolescente de Winnipeg. Le sport a commencé à occuper une grande place dans sa vie même si elle a été victime de rechutes en quelques occasions.

Hughes se souvient du rôle déterminant dans son existence de l’entraîneur Mirek Mazur, de Hamilton, qui lui a inculqué le goût de la compétition en cyclisme et l’a disciplinée. Elle affirme qu’il a changé radicalement sa vie. Elle insiste également sur l’apport précieux de Éric Van Den Eynde, un Québécois, qui lui a appris à croire en elle et de ne jamais s’imposer de limites. Clara a découvert l’Estrie en s’associant à cet entraîneur.

« Éric me laissait grandir par moi-même et m’accordait la liberté de mes décisions », explique-t-elle.

Après les Jeux de Sidney, Hughes a renoué avec le patinage de vitesse, sa première passion sportive. Elle a rencontré une autre de ses sources d’inspiration, l’entraîneuse Xiuli Wang. Elle soutient que cette femme chinoise lui a refilé sa sagesse et ses connaissances à petites doses.

Clara inclut son époux dans ce cercle restreint, Peter Gunzman, « la personne la plus inspirante que je connaisse », parmi celles qui ont exercé une grande influence sur sa vie.

Humaniste
De mon expérience des Jeux de Turin, je garde un souvenir magique de la course de 5000 mètres que Hughes a remportée. Un nombre impressionnant de journalistes canadiens s’entassaient en bordure de la piste à la hauteur de l’arrivée. C’est long, cette course. Hughes se tenait dans le peloton. À quelques tours de la fin, elle a accéléré. Tous retenaient leur souffle. Ce fut l’explosion quand, le visage crispé par l’effort, elle franchissait le fil en tête. Elle ressemblait à un train grande vitesse incapable de stopper sa course.

En conférence de presse, intarissable dans ses commentaires, elle annonçait qu’elle donnait 10 000 $ de ses finances personnelles à l’organisme Right To Play. Qui ? Quoi ? Plusieurs apprenaient qu’il s’agissait d’une organisation mondiale aidant les enfants du tiers monde à s’amuser par le sport.



Page mise en ligne par SVP

Guy Maguire, webmestre, svpsports@gmail.com
Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive

veloptimum.net