Pierre Harvey - 2007

31 mars 2007

Une fête et une gang

Pierre Foglia

Ce petit jeu est donc parti d'une mienne chronique, même pas sportive. On était en pleine tourmente Myriam Bédard. Voulant resituer l'athlète, j'ai dit qu'elle était dans mon hall of fame des 40 dernières années et j'ai décliné, dans l'ordre, les cinq premiers noms de ma liste: Guy Lafleur, Gaétan Boucher, Pierre Harvey, Myriam Bédard, Caroline Brunet...

Comme toujours, quand on s'avance sur le terrain mouvant «du plus meilleur», on s'expose à des discussions du type ligue-du-vieux-poêle; pourquoi Guy Lafleur ? Pourquoi pas Mario Lemieux ?

Parce que c'est mon hall of fame, pas le vôtre. Parce que ce sont mes critères. Mais surtout parce que, bien évidemment, il ne saurait être question d'une seule liste, objective, absolue, universelle. Quelques lecteurs ont protesté contre mon choix de Myriam Bédard en quatrième place, arguant qu'elle s'était illustrée dans un sport où la compétition n'était pas aussi forte qu'en natation ou en athlétisme, par exemple. Bien observé. Mais dans mes critères, il y a plus que les médailles olympiques de Myriam. Il y a la tête de mule qui a dû se battre contre sa propre fédération, il y a son aride et long cheminement dans l'anonymat d'un sport méconnu, il y a surtout cette figure de femme forte, la première à s'imposer avant les Caroline Brunet, Maryse Turcotte, Chantal Petitclerc, Émilie Mondor et même la Fréchette. Rappelons-le: au cours des 30 dernières années, les plus grandes athlètes du Québdec ont été surtout des filles.

Ce qui ne m'empêchera pas vous reconnaîtrez là ma grande cohérence - de n'en mettre aucune dans mes trois premiers choix !

D'abord Guy Lafleur. Si on s'en tient strictement au talent, Mario Lemieux le devance largement. Mais pour ce qui est de la stature, Mario Lemieux est plutôt minuscule alors que Guy Lafleur est immense. Guy Lafleur, c'est le ti-cul qui a fait entrer une grande bouffée d'air frais dans le vestiaire du Canadien (il nous récitait même des poèmes). Le Canadien a accédé à la modernité, disons plus modestement à la communication, à partir de Guy Lafleur. Mais surtout, Guy Lafleur a incarné et dans une certaine mesure inspiré le Québec un peu fou (et un peu saoul) des années 70-80, ce Québec qui se découvrait tous les talents, toutes les audaces. Comme Maurice Richard? Vous n'avez rien compris. Tout le contraire de Maurice Richard. Je vous parlais ici de bonheur de vivre.

En seconde place, Gaétan Boucher. Si on parle puissance, vitesse, si on parle efficacité, abnégation, quête d'absolu, l'athlète des athlètes, c'est lui. Mais ça, c'est beaucoup une question de métabolisme, un cadeau des fées. L'extraordinaire chez Gaétan, qui vient entièrement de lui, c'est cette façon qu'il a eu de traverser la gloire comme on est surpris par un orage; de se secouer à la fin bon, c'est fini là? et de continuer son chemin, déjà sec, je veux dire complètement intact, totalement intègre.

En troisième place, Pierre Harvey. Je vais vous faire un aveu au nom de milliers de sportifs du dimanche de ma génération et de celle d'après, et de celle d'après encore: nous n'avons jamais voulu être Guy Lafleur. On l'adorait, mais bon, au fond, on n'en avait rien à foutre de ses voitures de sport à la con. Par contre, tous avons rêvé d'être Pierre Harvey. Le MODÈLE c'est lui. Pour le coeur, le corps, l'esprit du sport surtout. Notre idée du sport c'est exactement ça: une fête et une gang.


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