1988


aux Jeux olympiques de Calgary, 1988
photo : J. Gibson, Presse Canadienne

9e au relais 4 x 10 km, 14e au 30 km, 17e au 15 km et 21e au 50 km de ski de fond des Jeux olympiques de Calgary


Pierre Harvey a prononcé le serment de l’athlète
aux Jeux olympiques de Calgary


aux Jeux olympiques de Calgary
photo : Alfred Lanctôt, Le Journal de Montréal

Autres rèsultats :
- 19e au 15 km de la Coupe du monde de sski de fond de Le Clusaz en France
- 32 au 15 km de la Coupe du monde de skki de fond de Davos en Suisse
- 3e au 30 km de la Coupe du monde de skki de fond de Castelrotto en Italie
- premier non-Européen en 100 anss à gagner le 50 km de la Coupe du monde de ski de fond d’Holmenkollen en Norvège
- gagnant des 4 courses aux Championnatss canadiens de ski de fond à Thunder Bay en Ontario


Le premier non-Européen en 100 ans à gagner le 50 km d´Holmenkollen en Norvège

En fin juin Pierre Harvey annonce sa retraite de la Coupe du monde de ski de fond et des Jeux olympiques.


« Ça allait très bien en début de saison. En Italie j’avais fini 3e dans une Coupe du monde. Ensuite de ça, deux semaines avant les Jeux, j’étais encore dans les 5 premiers au monde. J’arrivais aux Jeux de Calgary assez confiant.

ML : Et là on arrive, 14e place au 30 km classique, 17e au 15 km classique et 21e au 50 km classique. Vous avez dit en entrevue que c’est à partir de ce moment-là que vous avez commencé à perdre vos illusions sur la pureté du sport. Est-ce toujours le cas aujourd’hui ?

PH : C’est sûr que c’est très décourageant pour un athlète qui a tout fait ce qu’il pouvait, qui sait qu’il a le potentiel pour être dans les meilleurs au monde mais qui se fait voler… Pour moi ça c’est du vol. Tu sais que les Russes je les ai battus. J’ai fini 5e devant eux deux semaines avant les Olympiques. On arrive aux Olympiques, je fini 14e. Il y a 4 Russes dans les 6 premiers. Tu te dis voyons comment ils font pour être 4 dans les 6 premiers, c’est impossible ?

Mon entraîneur de l’époque, Marty Hall, avait dit ouvertement « Aie ça c’est tricher, ça pas d’allure ! » Les gens de la délégation canadienne, du comité olympique canadien, étaient venus voir mon entraîneur en disant « Arrête de parler comme ça aux médias parce qu’on te sort du village. On est le pays hôte, on ne peut pas insulter nos invités en leur disant qu’ils ont triché ». Il était complètement convaincu. Découragé. Moi aussi.

J’ai terminé les 4 courses aux Jeux olympiques et la saison n’était pas finie, au mois de février. Il restait encore des courses en mars.

ML : Et vous avez terminé sur une note positive

PH : Ouais, mais après les Jeux je ne voulais même pas retourner en Europe pour compléter les 2 courses de la Coupe du monde. Je ne voulais même pas y aller. Je suis trop découragé. Trop écoeuré. Le vrai mot c’est écoeuré. Tu t’es fait rouler, tu t’es fait voler parce que tu étais aussi bon qu’eux autres, mais eux ont triché. Ils montent sur le podium et sont des héros. C’est super frustrant pour un athlète. Je me disais « Moi j’arrête, je retourne travailler ». À ce moment-là je travaillais chez Vachon. Je retourne chez Vachon, j’oublie ça, c’est fini !

Là ma conjointe Mireille me dit « Au moins termines ta saison et après ça tu verras, tu prendras une décision plus tard, à l’été. Tu y réfléchiras tranquillement, plutôt que de partir sur un coup de tête ».

Je retourne au Québec pour quelques jours. Puis je retourne en Suède, une Coupe du monde, 30 km, les mêmes coureurs qui sont aux Olympiques, je gagne la course ! La semaine suivante, 50 km à Holmenkollen, le 100e anniversaire de la course, encore les mêmes coureurs. C’est pas compliqué, un peloton de skieurs de fond, il y en a une centaine au monde, les tops, c’est toujours les mêmes qui reviennent semaine après semaine. Je gagne les deux Coupes du monde, tout de suite après les Jeux. Ça prouvait que physiquement j’étais en forme, que tout était correct. C’était l’effet du blood doping qui faisait son effet durant les Jeux.

Par après j’ai regardé, sur une période de dix ans, j’ai fait les Championnats du monde et les Jeux olympiques et je voyais qu’à chaque fois que ça s’appelait Championnats du monde je perdais 10 places.

Si durant l’année 80 j’étais 42e au monde, quand j’arrivais aux Championnats du monde j’étais 52e. En 87 si j’étais 15e au monde au classement général, aux Championnats du monde je finissais 25e. Je perdais tout le temps 10 positions quand ça s’appelait Jeux olympiques ou Championnats du monde.

ML : Ça c’est le côté ingénieur qui essaie d’analyser pour comprendre ?

PH : Si j’avais fait une courbe de mes résultats moyens, j’aurais vu un peak à chaque fois que ça s’appelait les compétitions les plus importantes. Aux 4 ans ce sont les Jeux olympiques, aux 2 ans les Championnats du monde. Si je regardais tous mes Championnats du monde, mes Jeux olympiques par rapport aux moyennes de ma saison, je perdais tout le temps une dizaine de places. C’était l’effet du dopage. j’en suis convaincu.

ML : Sachant que c’est vous qui avez prononcé le serment des athlètes aux Jeux de Calgary, ça fait encore plus mal de voir vos compétiteurs… Faut le prouver, mais il y a des preuves qui s’accumulent et qui peuvent devenir accablantes

PH : C’est sûr, mais dans certains pays, t’as pas le choix. Oui je blâme les athlètes, mais c’est surtout le système autour. Si tu es né en ex-Allemagne de l’Est, que tu as 8 ans, que tu fais de la gymnastique ou de la natation, et que ton entraîneur qui t’entraînes à tous les jours te dis tu dois manger tel produit, tu dois faire tel entraînement si tu veux rester dans l’équipe, le jeune athlète est dominé par son entraîneur. L’entraîneur fini par faire ce qu’il veut avec. Ce sont des systèmes qui sont bien organisés. La même chose pour le coureur cycliste. Le jeune Italien qui a 16 ans, qui veut aller aux Championnats d’Italie, qui veut aller aux Championnats du monde, son coach lui dit si tu veux y aller il faut que tu prennes ça et il faut que tu fasses ça. Ce sont des systèmes autour qui sont corrompus

ML : Est-ce que ça existe de façon aussi organisée qu’à l’époque ? Politiquement la situation n’est plus la même, est-ce plus fait de façon personnelle par des petits groupes ?

PH : C’est sûr que ça a évolué. Moi je ne suis pas un spécialiste du dopage mais je suis convaincu que ça a diminué, On voit de plus en plus d’athlètes canadiens qui se taillent des places dans les 10 premiers. Donc il y a moins de tricherie. L’Agence mondiale anti-dopage est quand-même efficace. Je dirais pas à 100%, mais à 90-95%. Il y en a encore quelques uns qui passent au travers des mailles du filet mais je trouve que ça s’est beaucoup beaucoup amélioré. Parce qu’on ne verrait pas de Canadiens régulièrement dans les 10 premiers au monde si le dopage était aussi fort qu’avant.

C’est sûr qu’avant il y avait la guerre entre la Russie et les États-Unis. Les pays communistes, qui essayaient de montrer que leur système était meilleur. C’étaient les dirigeants qui voulaient prouver à tout prix au reste de la planète que leur système était meilleur

ML : Les athlètes de l’Est étaient des pions finalement

PH : Ils étaient utilisés. Pour prouver au reste du monde. Un peu comme l’armée. Les soldats ce n’est pas eux qui décident d’aller se battre. Il y a des dirigeants politiques qui disent on va envahir tel pays, on tire sur les gens. Le sport c’est un peu une guerre, dans ces années-là. Aujourd’hui ça s’est amélioré. On le dénonce de plus en plus. Mais j’ai toujours trouvé ça drôle qu’on trouvait rarement des athlètes américains coupables de dopage. Quand on a vu des Carl Lewis…

ML : On a pas vu beaucoup de presse quand l’affaire Lewis est sortie il y a quelques années

PH : C’est sûr que les grands pays essaient de cacher ça. Ça paraît mal de montrer au reste de la planète que tu triches. Tu gagnes, mais par des moyens illégaux. C’est sûr que ce n’est pas une fierté. Nous autres, au Canada, je pense qu’on est honnêtes de ce côté-là. C’est le côté positif qu’il faut retenir. Au moins quand on gagne, on gagne correctement. Quand on fini 10e ça ne veut pas dire que les autres ont triché, mais au moins on est convaincus qu’on gagne proprement. Il y a quelques Canadiens qui se sont fait prendre mais souvent ils se sont fait prendre pour montrer... Quand on a pris Ben Johnson, on mettait l’agneau sur l’autel pour monter au reste de la planète que le Canada… C’est le meilleur au monde, c’est un Noir et c’est lui qu’on va brûler sur l’autel pour montrer qu’il ne faut pas faire ça du dopage. Mais les autres coureurs qui étaient à côté de lui sur la ligne de départ, il y en avait la moitié qui avait pris les mêmes produits que lui, j’en suis convaincu.

ML : Sachant ça, dans le sport il y a des dérives possibles, comme dans n’importe quel autre domaine de la société, mais quand Alex a voulu suivre vos traces, comment on éduque un enfant, comment comme père lui donner les meilleurs outils ?

PH : C’est sûr qu’Alex les a entendues ces histoires-là, il m’entendait parler avec mes chums en vélo, en ski. Il sait très bien qu’il y a eu du dopage dans le passé et qu’il en existe encore. Même lui, qui a participé à des Championnats du monde juniors il y a 3-4 ans, il a reçu par la poste une médaille de bronze ou d’argent parce que celui qui l’avait précédé a été pris pour dopage. Il a reçu la médaille pendant l’été et il était enragé. Il sait que ça existe mais la seule consolation c’est qu’on en prend encore des athlètes à tricher. Donc le système est quand même encore assez efficace.

Lui-même il est testé peut-être dix fois par année. À l’improviste. Des fois il est chez-lui à Saint-Ferréol et à sept heures le matin quelqu’un cogne à la porte. OK tu fais un test ici. Sans s’annoncer, à l’improviste. Le système est quand même bon mais il y en a qui essayent de se sauver. Mais c’est minime.

Dans les sports professionnels, bien structurées, là c’est une machine. Mais pour les athlètes amateurs c’est de plus en plus difficile de tricher. C’est sûr que si tout un groupe comme la ligue de baseball des États-Unis ou la ligue de football disent « Nous nos athlètes on veut les protéger, on ne veut pas qu’ils se fassent prendre » ils sont capables de trouver des façons…

ML : Ce sont même les syndicats des joueurs des ligues professionnelles qui s’opposent à ce qu’il y ait des tests anti-dopage

PH : C’est sûr que c’est louche. Quand les gens s’opposent à ça tu te demandes pourquoi. Mais ce sont des sports professionnels. Au moins dans le sport amateur, c’est de plus en plus propre. Moi je dis tant pis pour eux. Je trouve ça triste parce que ce sont eux les premiers perdants.

Moi je me souviens il y avait un de mes chums finlandais, on était toujours à peu près du même niveau. On a skié pendant 5-6 ans ensemble, on progressait à peu près au même rythme. On était dans les 20 premiers au début. Ensuite de ça, de temps en temps, on faisait les 15 premiers dans les Coupes du monde. Temps en temps on s’approchait des 10 premiers, année après année on progressait. Puis une bonne année est arrivé un Championnat du monde, il a gagné et moi j’ai fini comme 9e. Après la course je vais le voir et je lui demande qu’est-ce qui s’est passé ? L’année suivante ce gars-là ne courait plus en ski de fond. Parce que tu le sais quand tu triches. Tu le sais en dedans de toi-même. T’as pas la même fierté. Tu les sais que tu as volé tes chums.

C’est sûr que si j’étais né en Russie et que ma seule façon de survivre était de prendre un produit pour me rendre aux olympiques et gagner pour mon pays, je suis pratiquement obligé de le faire. Peut-être que je l’aurais fait comme des athlètes Russes ou autres. Je ne blâme pas la personne. C’est un système. Et le système aujourd’hui on pense qu’il s’améliore. Les gens réalisent que oui c’est le fun de gagner, mais pas à tout prix !

Selon moi ça devient de plus en plus propre mais je n’ai pas de lunettes roses, je dis pas que c’est 100% parfait. »

extrait d’une entrevue réalisée par Mathieu Laberge en 2012.



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