1980

- 2e au 15 km, 2e au relais 3 x 10 km, 22e au 50 km et 3e au 30 km aux Championnats canadiens de ski de fond au Mont Sainte-Anne

- le boycott des Jeux olympiques de Moscou

« J'adorais le vélo et je suis arrivé au point, quand il y a eu le boycott de Moscou, là j'étais un peu découragé, je me disais voyons on s'entraîne pendant 4 ans, notre rémunération pour un athlète c'est de pouvoir participer aux Jeux puis tout d'un coup le gouvernement prend les athlètes en otage. C'est les athlètes qui payent parce que les Russes sont en train d'envahir un autre pays, c'est nous autres qui va payer le prix de ça, voyons j’ai pas rapport à ça moi !

ML : L’avez vu venir ce boycott des Jeux ?

PH : Non. On était convaincu qu’on s’entraînait pour aller aux Jeux. On s’est entraîné tout le printemps comme d’habitude, les camps d’entraînement ici au Canada, en Floride, puis ensuite je suis parti en Europe pour le Tour de Hollande, le Tour de Belgique, toute la série de tours du printemps, les premières courses importantes. Ça allait super bien. Un beau matin on était à notre camp de base en Europe, on reçoit un télégramme qui dit le Canada a pris sa décision, on ne participera pas aux Jeux, revenez au pays, c’est fini !

ML : Comment on encaisse un coup comme ça ?

PH : La moitié de l'équipe canadienne sur route a arrêté complètement la compétition. La plupart des athlètes était rendus entre 22 et 25 ans. À 25 ans tu n'espères pas continuer pendant encore 10 ans. Tu sais que si tu ne cours pas professionnel, participer aux Jeux c'est ton objectif. Tu as terminé tes études, c'est le temps de passer à autre chose. La moitié de mes chums ont quitté pour embarquer sur le marché du travail. Moi j'avais terminé l'université, je travaillais dans une entreprise, j'avais le choix de continuer à faire du vélo mais je me disais au niveau où je suis rendu, si je veux continuer à m'améliorer en vélo c'est le temps de penser à aller vivre en Europe. Je sentais que je plafonnais. Tu cours dans un peloton au Canada, on est 100 au départ, mais il y en a 10-15 de ton niveau. Après 50 km on se retrouve un p'tit peloton, 7-8, tu prends ton temps jusqu'à l'arrivée, qui va se faire au sprint, tout le monde essaie de s'économiser en vue du sprint. Tu t'améliores pas, tu atteints un plateau, tu plafonnes. J'arrivais à chaque année aux championnats du monde au mois de septembre. Ici au Canada on roulait à une moyenne de 40. Tu arrives aux Championnats du monde, à GO c'est 50 km/h et là tu restes accoté à 50-55 pendant toute la course. Là tu es toujours à la limite. On partait 6 Canadiens aux championnats du monde et après 30 km on se retrouvait 2 Canadiens dans le peloton, tous les autres étaient éjectés. Ceux qui passaient l'été à se reposer dans les roues et à essayer de gagner au sprint... Les Canadiens n'avaient aucune chance quand ils arrivaient en Europe.

Moi je me disais si je veux progresser dans ce sport-là il faut que j'aille courir en Europe à l'année.

ML : Avez-vous déménagé là-bas ?

PH : Non. C'est là que je me suis dit le Canada on est un pays nordique et en ski de fond, juste avant le camp d'entraînement pour les Jeux de Moscou, au printemps il y avait un Championnat canadien qui avait lieu au Mont Sainte-Anne et j'avais terminé 2e au classement général. On avait les Jeux de Lake Placid, juste au sud de la frontière...

ML : Vous avez participé aux Championnats canadiens pour votre simple plaisir ?

PH : Moi je m'entraînais. Durant l'hiver j'étais dans le club Rouge et or de ski de fond, le club de l'université Laval, c'était pour rester en forme pour l'été pour le vélo. En étant 2e je me disais que ça serait le fun d'aller aux Jeux de Lake Placid mais à ce moment-là on avait un critère au Canada : il fallait être dans les 16 meilleurs au monde pour participer aux Jeux olympiques. Le premier Canadien était peut-être 25e au monde. Donc il n'y a aucun homme qui a participé aux Jeux de Lake Placid en ski de fond. On a eu 5 femmes. Mais moi ça ne me dérageait pas car une semaine après je partais pour la Floride pour aller m'entraîner pour les Jeux de Moscou. Lorsqu'il y a eu le boycott c'est là que je me suis remis en question : est-ce que je continue, est-ce que je commence à travailler ? Je voyais qu'en ski j'avais un potentiel. J'ai dit j'arrête de m'entraîner en vélo et je fais le focus sur le ski de fond.

ML : Est-ce que c'est venu naturellement ce choix-là ou ça a été difficile à faire ?

PH : Pas vraiment difficile. Le cyclisme, je me disais, j'ai pu de plaisir. Si je veux continuer en vélo c'est sûr que je quitte le Québec et je m'en vais vivre en Europe. J'avais pratiquement fini mon cours d'ingénieur en 80. Je me disais gagner sa vie dans un peloton cycliste c'est pas mal plus difficile que comme ingénieur au Québec.

Ça c’est la vie dure. J'allais à chaque été faire des courses en Europe, en Hollande, en Belgique, toutes les courses par étapes, plus les Championnats du monde. Je passais 3 mois par année en Europe et je savais très bien comment la partie se jouait. J’ai dû faire 3-4 Championnats du monde, en 75 comme junior et puis ensuite jusqu’à 80. À chaque année j’étais dans l’équipe canadienne qui allait aux Championnats du monde. Je connaissais le calibre et je savais qu’est-ce que ça prenait pour continuer là-dedans. C’est là que j’ai dit je pense que j’ai plus de plaisir en ski de fond.

Aussi je savais que le ski de fond c’est un sport individuel, à l’époque. Aujourd’hui c’est rendu, avec des départs de masse de plus en plus, mais dans les années 80 c’étaient tous des départs individuels. Donc si le Suédois s’entraîne chez-lui et qu’il est capable de performer comme ça, moi je suis capable de faire le même entraînement que lui, ici au Canada. Et vu que c’est un départ où ce n’est pas le peloton qui va me tirer, c’est ma propre performance. Si je m’entraîne aussi bien qu’un Russe, qu’un Suédois, qu’un Norvégien, je pourrais être aussi fort que lui.

ML : Est-ce que ça vous plaisait beaucoup cet aspect là du sport ?

PH : Oui. Surtout qu’en vélo ma force c’était les contre-la-montre individuels. Moi partir en peloton et attendre au sprint, j’aimais pas ça. Quand on part 50 km et c’est le premier rendu à l’autre bout, on part à une minute d’intervalle, c’est de la force pure, c’est pas de la technique ou de la stratégie. J’aimais mieux ce côté-là du sport. Quand je courrais au Canada en vélo on faisait des courses et à toutes les montées moi je partais en échappée et là il y en a deux qui me rattrapaient et là ils attendaient. À la montée suivante je repartais, et je me faisais souvent battre à l’arrivée, mais je me disais au mois de septembre, quand on va courir aux Championnats du monde en Allemagne ou en Hollande, ceux qui ont passé l’été à suivre les roues et à se reposer après 10 km, ils ne seront même pas capables de suivre le rythme. Pour moi les courses au Canada c’était de la préparation. À GO je partais en échappée, un groupe me rattrapait, je repartais en échappée, je donnais des coups dans les montées, c’était travailler fort. Je me disais si je veux m’améliorer, je ne peux pas rester en arrière du peloton et profiter des autres. C’est ce que je retrouvais dans le ski de fond. C’est un sport individuel, c’est ton effort que tu dois faire.

À l’automne 80 j’ai participé au premier camp d’entraînement de ski de fond plus sérieux. À la première course j’ai réussi à être sélectionné dans l’équipe nationale pour faire mes premières coupes du monde en Europe. À l’hiver 81 je participais pour la première fois à des Coupes du monde en Scandinavie. L’année suivante il y avait les Championnats du monde à Oslo.

ML : En cyclisme sur route il y a toujours une ambiance assez spéciale. Est-ce que vous avez trouvé une grande différence avec le ski de fond ?

PH : Oui. Je trouvais ça beaucoup plus facile en ski de fond, dans le sens qu’une course sur route tu pars pour 180 km, c’est 5-6 heures sur le vélo, et tu vas avoir toutes sortes de température, de la pluie, du froid. Le Tour de Hollande, c’est 9 jours, 11 étapes, chaque jour c’est 5-6 heures par jour sur le vélo. Physiquement c’est beaucoup plus dur. Tandis qu’une course de ski de fond, un 15 km c’est 45 minutes. Tu te réchauffes pendant une demi-heure. Quand ils disent GO tu as 45 minutes d’efforts à faire, intenses, c’est super intense, t’es à la limite, t’es à 180 pulsations, le VO2 max accoté au maximum tout le temps mais tu sais, il a beau pleuvoir, tu sais que tu ne souffriras pas du froid parce que ça va durer 45 minutes. Ce sont des compétitions très intenses mais très courtes.

Ensuite de ça tu rentres à l’hôtel et tu te reposes puis tu t’entraînes pour la prochaine course, la semaine suivante. C’est pas aussi difficile que le métier de coureur cycliste, c’est extrêmement pénible. Les cyclistes font 20 000 km d’entraînement, à 30 km/h de moyenne, ça fait combien d’heures à pédaler ? Puis c’est les courses par étapes pour repartir et des chutes. Le ski de fond c’est un sport plus propre dans le sens que tu fais ton intensité, tu fais ta course, c’est purement physique.

Aujourd’hui ça a évolué beaucoup parce qu’il y a des départs de masse de plus en plus. Dans ce temps-là c’était un sport pur, c’était la performance pure. Celui qui gagne, tu dis bravo. Il a bien fait aujourd’hui, c’est pas parce qu’il est resté dans la roue de l’autre, c’est parce qu’il est en super forme, il avait des bons skis. Et tout était beau.

J’aimais beaucoup l’entraînement de ski de fond. Quand je courrais en vélo je me souviens que tout l’été on pédalait des heures, des heures, 4-5 heures par jour à l’entraînement, mais entre les compétitions pas question d’aller courir, d’aller faire du camping. Tu te reposes, tu es couché dans ta chambre d’hôtel, les jambes sur l’oreiller pour la circulation sanguine. Tu étais obligé de te concentrer à 100% là-dessus.

Tandis que l’été quand je m’entraînais pour le ski, je partais faire du vélo, je faisais des courses de triathlon, je faisais de la natation. À tous les matins je me levais, j’allais courir une heure, les fins de semaine je partais faire des triathlons, je faisais du vélo, je travaillais au travers. La variété des sports, la musculation, travailler le haut du corps, le bas du corps. Partir une fin de semaine avec un sac à dos et aller marcher dans les Addirondacks pendant 4 heures-5 heures par jour, ça faisait partie de mon entraînement. Partir en canot-camping, c’est la même chose. L’été je m’amusais à faire tous les sports possible.

ML : Pour être cycliste il fut être seulement cycliste, c’est ça le problème ?

PH : Quand on est cycliste, c’est un travail de moine. On dit « on fait le métier » ça veut dire que tout ce que tu fais c’est du vélo. Ensuite tu te reposes et le lendemain tu recommences encore 4-5 heures de vélo. Il faut être hyper spécialiste. »

extrait d’une entrevue réalisée par Mathieu Laberge en 2012.



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