19 mars 2009


Je connais des gens qui combattent et narguent le cancer les ayant attaqués depuis 25 ans. D'autres qui sont tombés au combat en six mois, six semaines. Chaque fois, j'ai l'impression qu'on a affaire à un tireur embusqué qui choisit ses victimes de façon totalement arbitraire. Parfois il prend des amateurs de vélo et de viandes maigres en pleine forme, qui ont toujours tout fait pour le fuir. Parfois, il préfère des excessifs de la vie qui courent après lui depuis toujours en le défiant.
Cette maladie nous glisse entre les doigts comme une glu qui colle ou s'étiole selon son bon vouloir. Je la déteste car elle m'a pris trop de gens que j'adorais mais je n'ose pas le dire trop fort. Je ne lui fais pas du tout confiance. Et si elle décidait de se venger?
Le cancer me fait penser aux monstres que je croyais cachés sous mon lit quand j'étais enfant. Il me terrorise.
Statistique Canada nous a donné hier une sorte de portrait de la situation sur ses ravages ici. Rien pour nous rassurer. Ou plutôt si, un peu.
On le combat mieux que jamais. Et les taux de survie sont plus élevés. Mais il y en a partout. Sein, prostate, côlon... Poumon aussi, peau, vessie.
La meilleure façon de guérir un cancer, dit-on, est de le détecter très tôt. Une réalité terrifiante pour ceux, nombreux, à ne pas avoir de médecin de famille. Car la détection, on la fait comment? En étant suivi par un pro qui peut faire les tests de dépistage à intervalles appropriés et qui peut, élément à ne pas négliger, répondre aisément aux petites inquiétudes. «Ça ne me dérange pas beaucoup, mais est-ce normal que ceci ou cela?» «Et ce grain de beauté, qu'en pensez-vous?» «L'autre jour, j'ai remarqué que...»
Demain matin, vous remarquez une bosse à un endroit bizarre, un saignement inhabituel, inexpliqué, avez-vous quelqu'un à qui en parler facilement, aisément?
Au Québec, il y a aussi l'attente omniprésente dans le réseau de la santé qui est agaçante, car le cancer adore que ses cibles attendent. Il adore qu'on reste là à ne rien faire, oscillant entre l'impatience et la procrastination encouragée par le système.
L'autre jour, une amie appelle sa gynéco après avoir raté son rendez-vous annuel, vous savez celui où on fait du dépistage pour le cancer du col de l'utérus et le cancer du sein. Résultat: un nouveau rendez-vous en septembre... 2010! On a beau vouloir faire de la prévention, si le médecin n'est pas là...
Difficile de trouver des études qui nous parlent clairement de l'impact des délais imposés par le réseau sur les cancers au Québec, notamment parce que les études sur les patients atteints de cancer sont souvent faites en suivant des protocoles qui les mettent, en quelque sorte, hors du système. Difficile aussi de tracer la ligne entre l'attente imposée par le système et les délais causés par les patients eux-mêmes.
Mais il est clair que l'attente joue le jeu de la maladie. Une recherche menée par des chercheurs du Centre universitaire de santé McGill et publiée dans le Journal of Urology en 2006 sur l'impact de l'augmentation des délais pour les chirurgies contre le cancer de la vessie est claire: on observe une augmentation de la mortalité chez les patients à partir d'un certain nombre de semaines d'attente avant une chirurgie.
Les médecins voient régulièrement des malades arriver chez eux à un stade trop avancé, des gens qui auraient dû voir un docteur plus tôt. Mais parmi eux, combien sont ceux qui ont été négligents, combien sont-ils à avoir réellement été ralentis dans leur quête de soins par le système lui-même, combien sont-ils à avoir laissé traîner les choses à cause de leur perception de l'inefficacité du réseau de la santé?
On n'en sort pas.
En attendant, on essaie de se dire que ce n'est pas si mal que ça un test de dépistage du cancer du côlon ou de la prostate. Un mauvais moment à passer.
On se rappelle que la façon la plus efficace de mettre statistiquement les chances de son bord, c'est d'arrêter de fumer. (La Société canadienne du cancer estime qu'il reste encore 1,4 million de fumeurs au Québec.)
Ensuite, on aide aussi les probabilités si on se met à l'exercice (si ce n'est déjà fait), si on mange plus de fruits et de légumes, si on maintien un poids normal...
Doit-on ou pas manger plus de chou ou de curcuma? Doit-on cesser totalement l'alcool? Doit-on éviter les cosmétiques et autres produits pour la peau remplis de produits chimiques?
Ça, c'est vous qui décidez. La vie est un énorme exercice de gestion de risque et de probabilités. Déjouer le cancer aussi.
19 mars 2009

Les risques pour le Canadien moyen d'avoir un diagnostic de cancer dans les 10 prochaines années sont de 1 sur 50, révèle le palmarès canadien du cancer dévoilé hier par Statistique Canada. Mais ce taux augmente avec l'âge, atteignant 90% chez les hommes de plus de 80 ans.
Le cancer du sein et celui de la prostate arrivent en tête du palmarès et représentent chacun un cancer sur cinq. Les cancers du côlon et du rectum viennent ensuite, et constituent 13% des cas de cancer.
«Nous avons l'étude la plus exhaustive sur le cancer au Canada», explique Larry Ellison, coauteur de l'étude. «Nous tenons compte de tous les cas inscrits au registre national du cancer, alors que les autres études prennent un échantillon.» Cet effort permettra par la suite d'avoir un portrait exact de la progression de la maladie et des traitements.
En tout, 695 000 Canadiens encore vivants ont reçu un diagnostic de cancer invasif entre 1995 et 2005, la période couverte par l'étude. Cela représente 2,2% de la population. Les auteurs de l'étude soulignent que les taux canadiens sont jusqu'à 10% plus élevés que ceux de la France et de l'Italie, mais que de meilleurs programmes de dépistage et une méthodologie différente (la France ne recense directement que 15% de ses cas de cancer) peuvent expliquer cette différence.
Phil Gold, oncologue qui dirige le Centre de recherche clinique de l'Université McGill, estime que l'étude confirme les avancées importantes des cancers les plus meurtriers. «On a fait des progrès immenses pour la leucémie, le cancer du sein, et ceux de la prostate et des intestins, dit le Dr Gold. La leucémie, en particulier, est presque toujours guérissable chez les jeunes. Mais on a encore du travail pour certains cancers assez fréquents, comme celui du pancréas, et pour les mélanomes.»D'une manière générale, les hommes sont plus touchés que les femmes, à cause des taux très élevés de cancer de la prostate. Avant 55 ans, les femmes sont presque deux fois plus susceptibles d'avoir un cancer que les hommes, à cause du cancer du sein. Mais le cancer de la prostate, qui survient plus tard dans la vie, change la donne.
Le dilemme de la prostate
Deux autres études parues hier compliquent cette analyse. Elles visaient à vérifier si les antigènes spécifiques de la prostate (PSA selon le sigle anglais) permettent de prédire qui a besoin de chirurgie contre le cancer de la prostate. Une étude européenne a conclu que la mortalité baisse de seulement 20% durant une période de suivi de neuf ans, soit 7 morts de moins sur 10 000 hommes. Une étude américaine semblable n'a pas trouvé d'impact positif sur la mortalité sur une période de suivi de 10 ans.
Les deux études, publiées dans le New England Journal of Medicine, ont porté sur plus de 250 000 cobayes. La Société américaine du cancer les a jugées «dignes de figurer parmi les plus importantes études sur la santé masculine».
Cette absence de résultats positifs pour ce test sanguin s'explique par un nombre élevé de «faux positifs», des tumeurs qui évoluent trop lentement pour causer la mort du patient. Les auteurs de l'étude américaine ont appelé ces tumeurs des «lions sans dents». «On peut penser que la prévalence élevée du cancer de la prostate est en partie due à ces faux positifs, qu'ils soient détectés par l'examen traditionnel ou par le test PSA, dit le Dr Gold. D'ailleurs, l'inventeur du test PSA estime lui-même qu'il crée trop de faux positifs.»
Ces faux positifs pourraient expliquer une partie des différences entre hommes et femmes après 60 ans. D'ailleurs, devant l'incertitude, la seule décision qu'a prise l'USPSTF - l'agence gouvernementale américaine responsable des recommandations sur le dépistage - à propos du cancer de la prostate est de le décourager pour les hommes âgés de plus de 75 ans, parce qu'ils sont trop vieux pour mourir de ce cancer à progression lente. À titre de comparaison, l'USPSTF recommande le dépistage pour le cancer colorectal entre les âges de 50 et 75 ans.
Prévalence et incidence
L'étude de Statistique Canada ne recense que les personnes vivantes qui ont eu le cancer. Il s'agit de la prévalence. Le nombre total de cas, l'incidence, qui inclut les gens qui en sont morts, est plus élevé. Mais la différence diminue sans cesse, selon Larry Ellison, l'auteur de l'étude, parce que les traitements sont de plus en plus efficaces. «Pour le cancer de la prostate, par exemple, la prévalence et l'incidence sur cinq ans sont presque identiques, parce que 95% des patients survivent plus de cinq ans. Mais pour le cancer du poumon, où la survie à cinq ans n'est que de 15%, c'est une autre chose.» En d'autres mots, si la prévalence sur cinq ans d'un cancer augmente, cela peut vouloir dire que les traitements sont meilleurs, et non qu'il est plus fréquent.
19 mars 2009
Ariane Lacoursière
Si Québec adoptait un programme national de dépistage du cancer colorectal, le taux de mortalité de cette maladie, qui touche un Québécois sur 17, diminuerait d'environ 30%. Mais cette mesure ne figure plus dans les priorités du gouvernement, dénonce l'Association des gastroentérologues du Québec.
Le cancer colorectal est au 2e rang des plus mortels en Amérique du Nord. «Il se détecte très tôt. Si on avait un programme national de dépistage à l'image de celui qui existe pour le cancer du sein, on pourrait prévenir bien des cas», dit le président de l'Association des gastroentérologues du Québec, le Dr Victor Plourde.
L'Ontario et plusieurs pays européens ont déjà adopté une telle mesure. Le dépistage vise généralement les personnes âgées de 50 à 70 ans. Une première analyse permet de détecter la présence de sang dans les selles. Le cas échéant, les patients doivent subir une coloscopie.
Le cancer colorectal peut être détecté à un stade très précoce. Car avant de se développer, des excroissances de l'intestin (polypes) sont visibles. «Un polype prend de huit à dix ans à se transformer en cancer, dit le Dr Ramses Wassef, chirurgien au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM). Les symptômes arrivent très tard. Souvent, le cancer touche d'autres organes. À ce moment, il est trop tard.»
«Le cancer colorectal est très agressif et touche autant les femmes que les hommes. Il devrait y avoir un programme de dépistage systématique», commente le porte-parole de la Coalition Priorité cancer, le Dr Pierre Audet-Lapointe.
Actuellement, les patients qui désirent subir une coloscopie de dépistage attendent environ un an pour passer leur test, selon le Dr Ramsez. Les gastroentérologues ne suffisent pas à la demande. Si jamais un programme national de dépistage était créé, l'attente pour subir une coloscopie pourrait exploser.
Pas du tout, selon le Dr Plourde. Ce dernier explique que les 180 gastroentérologues du Québec effectuent chaque année 120 000 coloscopies. «On a estimé qu'un programme de dépistage amènerait seulement 15 000 tests de plus, dit-il. Ce n'est pas tant que ça. Si on nous facilitait l'accès aux plateaux techniques, on pourrait répondre à la demande.»
Le Dr Plourde raconte qu'il a longuement travaillé à l'élaboration d'un programme de dépistage avec l'ancien ministre de la Santé, Philippe Couillard. «Tout était presque prêt, dit-il. Mais il y a eu un changement de garde et depuis, on n'a pas de nouvelles. On sait juste que ce n'est plus dans les priorités.»
Au ministère de la Santé, on affirme que «des études sont actuellement en cours». L'Institut national de santé publique mène trois études sur la pertinence d'implanter un programme de dépistage. Ces études devraient être finalisées sous peu. «On regarde s'il faudrait lancer un programme de dépistage auprès d'un groupe ciblé ou de façon plus générale», dit la porte-parole du ministère, Dominique Breton. Une annonce pourrait bientôt être faite à ce sujet.
Tous les médecins ne sont toutefois pas convaincus de la pertinence d'avoir un programme de dépistage. Le Dr Fernand Turcotte, qui a traduit le livre Dois-je me faire tester pour le cancer? Peut-être pas et voici pourquoi, ne croit pas au dépistage systématique du cancer colorectal.
«Ce type de cancer arrive très tard dans la vie. D'un point de vue de santé publique, on doit s'attaquer à ce qui tue les gens avant», dit-il.
Le Dr Turcotte explique qu'opérer une personne de 50 ans pour un cancer colorectal peut être inutile. «Si on sait que ce cancer ne se développera pas avant 60 ans, ça ne sert à rien de le dépister et de l'enlever», dit-il.
En attendant l'arrivée d'un programme national de dépistage, le CHUM lancera sous peu un projet pilote pour donner un accès rapide aux tests de dépistage du cancer du côlon. «Les gens n'attendront pas sur la liste habituelle pour subir leur coloscopie. Ils seront vus plus rapidement», dit le Dr Wassef.