17 octobre 2009

L'effronterie du secteur public

Audace, impudence, insolence, sans-gêne. C'est ainsi que le Petit Robert définit le mot « effronterie ».

Michel Girard

À mes yeux de contribuable, cela qualifie précisément ce que j'ai ressenti après avoir pris connaissance cette semaine des demandes syndicales des employés du secteur public québécois.

Je vous les résume : le front commun des 475 000 employés du secteur public « nous » réclame des augmentations ne totalisant rien de moins que 11,25% en trois ans, ce qui augmenterait leur masse salariale de 3,2 milliards de dollars.

Pourquoi je dis « nous » ? Je prends ça « personnel » parce que ce sont les contribuables qui font vivre le gouvernement et son vaste secteur public.

Quand le président de la FTQ, Michel Arsenault, affirme que « l'employeur va s'arracher les cheveux et dire qu'il ne peut pas payer. », j'aimerais lui rappeler que le véritable « employeur » du secteur public, c'est l'en des contribuables.

Et j'avoue que les hausses salariales réclamées par le front de boeuf, pardon, par le Front commun du secteur public, m'interpellent directement. En tant qu'employeur indirect (par l'entremise des élus du gouvernement, tous partis confondus), oui elles m'arrachent les cheveux vos demandes et non, on n'a pas les moyens de vous les payer. Avant que les bonzes du Front commun, les Claudette Carbonneau de la CSN, Michel Arsenault de la FTQ et Gilles Dussault du SISP (Secrétariat intersyndical des services publics (SISP) ne demandent à leurs troupes de m'inonder de leurs malheurs... financiers, j'aimerais juste leur rappeler quelques faits budgétaires.

1 > Nous, propriétaires du gouvernement du Québec, allons boucler la présente année financière avec un déficit qui s'enligne vers les cinq milliards de dollars. Et les déficits annuels vont se poursuivre pendant plusieurs autres années. Qui dit déficit, dit alourdissement de la dette. Ayons ici une petite pensée pour les générations futures qui devront éponger ces dettes...

2 > Vous, nos employés du secteur public, comptez à vous seuls pour près de 55% de l'ensemble des dépenses actuelles de tous les programmes du gouvernement provincial. Les dépenses liées à votre rémunération s'élèvent actuellement à 32,8 milliards de dollars. Méchante facture...

3 > Pour éviter de réduire le salaire et les alléchants avantages sociaux dont vous bénéficiez (à comparer à la majorité des travailleurs du secteur privé), le gouvernement va devoir puiser davantage dans nos poches, en augmenter bientôt la taxe de vente (TVQ) et également le coût des divers services publics.

4 > Pendant ce temps, le taux de chômage au Québec frise les 8,8%, après avoir perdu depuis le début de l'année 57 600 emplois. À Montréal, la situation est encore pire : on parle de 9,5%.

5 > En raison de la crise financière mondiale qui a (également, eh oui !) frappé le Québec, non seulement des entreprises ont fermé leurs portes et mis à pied des dizaines de milliers de travailleurs, mais en plus, un très grand nombre de travailleurs (syndiqués et non syndiqués) ont été contraints d'accepter des baisses de salaire et des révisions à la baisse de leurs avantages sociaux.

6 > Conséquence directe de ces pertes d'emploi et réductions de salaire : le gouvernement québécois se retrouve forcément avec une diminution des revenus d'impôt et de taxes de tout acabit.

7 > Ajoutons à cela la forte baisse des revenus que le gouvernement tire des impôts des sociétés. Ce n'est pas une surprise pour personne de constater que les bénéfices imposables des entreprises ont dramatiquement chuté dans la foulée de la récession.

Revenons aux choses importantes ! C'est sur le thème « Ensemble pour les services publics » que les bonzes du Front commun SISP-CSN-FTQ font présentement une grande tournée du Québec dans le but, disent-ils, d'échanger avec leurs membres et la population sur les enjeux de la négociation pour le renouvellement des conventions collectives qui arrivent à échéance le 31 mars 2010.

Et parole de Claudette Carbonneau : « Ce Front commun est unique dans l'histoire du Québec. Nous négocions d'une même voix pour 475 000 travailleuses et travailleurs...Cette négociation est importante, non seulement pour nos membres, mais pour toute la population. Il ne s'agit pas seulement d'améliorer les conditions de travail des salariés de l'État, il s'agit également de maintenir et d'améliorer les services publics. »

Message à nos 475 000 salariés de l'État québécois et également à tous les cadres non syndiqués : l'amélioration de vos conditions de travail passe par la détérioration des finances personnelles de la population.

Désolé, mais on n'a pas les moyens de s'appauvrir collectivement pour améliorer votre sort !

Pour la majorité des travailleurs du secteur privé, des salaire et des conditions de travail gelés sont actuellement considérés comme une sacrée bonne nouvelle.


24 octobre 2009

Le public, le privé et les vrais chiffres

Michel Girard

Qui gagne le plus: les employés du secteur public ou ceux du secteur privé? Qui de mieux placés que les fonctionnaires de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) pour répondre objectivement à cette question. Au chapitre de la rémunération hebdomadaire moyenne en 2008, les employés du secteur public gagnaient 857$ et ceux du secteur privé 664$. On parle donc d'un écart de 30% en faveur du secteur public.

Par secteur public, on tient compte ici des 807 000 emplois qui sont offerts au Québec dans la fonction publique et parapublique québécoise, les sociétés d'État (comme Hydro-Québec), les municipalités, l'administration fédérale. Ces employés sont syndiqués à hauteur de 81,0%. Pour déterminer la rémunération hebdomadaire moyenne du secteur privé, l'ISQ a tenu compte des 2,5 millions d'emplois offerts dans les entreprises privées ayant pignon sur rue au Québec. Du côté de ces employés, le taux de syndicalisation s'élève à peine à 26,2%.

D'autres données de l'ISQ s'avèrent également assez révélatrices de l'avance que l'ensemble des employés du secteur public détient sur les salariés du secteur privé.

Alors que la rémunération horaire moyenne atteignait en 2008 les 25,30$ dans le secteur public, elle ne s'élevait qu'à un taux de 18,15$ l'heure dans le privé.

Côté «durée du travail habituelle», les employés du secteur privé doivent travailler un plus grand nombre d'heures durant l'année, soit un total de 1815 heures, à comparer à 1742 heures pour les salariés du secteur public, pour un écart de 4,2%.

L'écart est toutefois nettement plus grand lorsqu'on compare la «durée du travail réelle», une fois soustraites les absences «vacances et jours fériés», les absences «maladie ou incapacité», les absences «obligations personnelles ou familiales», les absences «autres raisons».

Ici, l'employé du secteur privé s'en tire avec un nombre total d'heures de 1662 par année, comparativement à 1513 pour l'employé du secteur public. Le salarié du secteur privé a ainsi la «chance» de passer 9,8% plus de temps sur la job que le salarié du public !

Toutes les données précédentes portent exclusivement sur les salariés (temps plein et temps partiel) à l'emploi des deux secteurs, soit 3,3 millions d'employés (807 000 du public et 2,5 millions du privé).

Si on ajoute au secteur privé les 542 000 travailleurs autonomes, il appert que cela ferait baisser davantage la rémunération moyenne dans le secteur privé.

Au chapitre des avantages sociaux, il est impossible de comparer les deux secteurs puisque l'ISQ ne compile pas les données sur la valeur des avantages sociaux offerts aux employés qui travaillent dans les entreprises privées ayant moins de 200 employés. Remarquez qu'à sa face même, il est évident que les employés des PME québécoises ne peuvent bénéficier d'avantages sociaux aussi alléchants que ceux offerts dans l'ensemble du secteur public.

Comme vous savez, le Front commun des syndicats de la fonction publique (gouvernement) et parapublique (éducation, santé, services sociaux) québécoise réclame des hausses salariales de 11,25% pour les trois prochaines années, soit une augmentation globale de 3,2 milliards de dollars. Pour justifier la pertinence de ces demandes, on nous indique que le secteur public de l'administration québécoise n'a pas eu droit depuis belle lurette à des augmentations raisonnables.

Maintenant, malheur à tous ceux qui oseront questionner le timing de ces demandes syndicales, alors que les finances publiques sont dans le rouge saignant. Et que le gouvernement s'apprête à puiser davantage dans les poches des contribuables en augmentant la taxe de vente (TVQ), les frais des services publics, et peut-être les impôts.

Pour répliquer à ce qu'ils perçoivent comme la moindre attaque à leurs demandes syndicales et conditions de travail, le personnel de la fonction publique et parapublique est vite sur le courriel et il ne fait pas dans la poésie. Je parle en connaissance en cause.

La «mise en garde» étant faite, la dernière enquête de l'Institut de la statistique sur la «Rémunération des salariés» en 2008, donne un intéressant éclairage sur la rémunération des emplois pouvant être comparés entre le secteur public et le secteur privé (mais seulement chez les entreprises de 200 employés et plus).

Que ressort-il en termes de rémunération globale, incluant salaires, avantages sociaux et heures de présence au travail ?

Les salariés de l'administration québécoise (fonction publique et parapublique) gagnent globalement 4,2% de plus que ceux des entreprises privées de 200 employés et plus. Une précision s'impose. Les résultats diffèrent selon qu'on compare avec les salariés syndiqués (-12,2%) et les salariés non syndiqués (+11,9%).

Maintenant, voici un argument de taille que le Front commun utilisera sans doute pour justifier auprès du gouvernement Charest la hauteur de ses demandes d'augmentations salariales.

Les employés de l'administration québécoise gagnent actuellement une rémunération globale inférieure à celle offerte dans les autres administrations publiques, soit 22,7% de moins que leurs collègues des municipalités et des sociétés d'État; et quelque 13,5% de moins que leurs collègues du fédéral. Les employés de l'administration québécoise sont-ils sous payés ? Ou est-ce ceux des autres administrations publiques qui sont surpayés ?

La question «envieuse» des 3 074 400 travailleurs du secteur privé : combien ça vaut la sécurité d'emploi dans le secteur public ? J'attends la réponse...