14 juin 2009
Marc Tison
Vous vous intéressez à vos ancêtres? Eux aussi. Il y a les passionnés. Et il y a les profiteurs. Voici comment les distinguer.
Vous vous appelez Tremblay? Connaissez-vous les armoiries de votre famille?
Les voici, ci-contre.
Vous pouvez en obtenir une copie numérique pour 20,93$, taxes incluses.
Les Simard en ont aussi. Et les Gagnon. Les Boisvert, les chanceux, ont même une devise: Conscienta et fama, connaissance et renommée. Mais avec une erreur d'orthographe: il fallait probablement lire conscientia. «Le mot conscienta n'est attesté dans aucun grand dictionnaire de latin classique», constate un professeur de latin de l'Université de Montréal, consulté pour l'occasion.
À ces armoiries, on peut adjoindre, pour 12,95$, un historique de son nom de famille - ramassis de généralités sur la France et la Nouvelle-France, mention du premier arrivant, plus quelques personnalités homonymes (pour les Gauthier, on mentionne le couturier Jean Paul Gaultier!).
Tout cela, on l'apprend, on le voit - et surtout on le paie - sur le site Internet www.houseofnames.com
«Ces armoiries, on peut aussi les acheter dans les centres commerciaux», commente Claire Boudreau, médiéviste, titulaire d'un doctorat en héraldique et héraut d'armes de l'Autorité héraldique du Canada. «Ce sont des compagnies à but lucratif qui ont numérisé des dictionnaires de l'Ancien Régime et des index, et ils les vendent sans se soucier des liens généalogiques.»
Bref, il n'y a probablement aucun rapport entre vous et les armoiries censées correspondre à votre patronyme.
À qui s'adresser pour remonter sa lignée familiale sans puiser dans sa marge de crédit?
«Les archives nationales du Canada ou du Québec, les sociétés de généalogie dûment identifiées sont excellentes, il n'y a aucun problème, répond Gisèle Monarque, présidente de la Société généalogique canadienne-française. Ce qui est inquiétant, ce sont les sites payants qui s'annoncent un peu partout.»
Mêmes précautions à l'égard des chaînes généalogiques prédigérées trouvées sur l'Internet à partir d'un nom de famille. «Il se peut que ce soit bien, poursuit-elle. Mais si vous n'en êtes pas sûr, imprimez-la et venez nous voir.»
La Société généalogique canadienne-française, la plus ancienne et la plus importante du Québec, a été fondée il y a 65 ans par un père franciscain. «Les gens payaient alors 700$ pour avoir leur chaîne généalogique, évoque Mme Monarque. Ça l'a fâché et il a fondé une société à but non lucratif.»
La cotisation annuelle de 45$ donne droit à une revue trimestrielle. «Nous sommes des bénévoles. Notre but n'est pas de faire les chaînes généalogiques, mais de montrer aux gens comment les faire.»
Si elle met les gens en garde contre les recherches payantes plus ou moins approximatives, Mme Monarque reconnaît qu'il y a des chercheurs sérieux. Elle cite Micheline Lécuyer, qui gagne sa vie avec des recherches généalogiques approfondies. «Je ne fais presque plus de lignes ascendantes parce que presque tout le monde peut les faire, explique celle-ci. Je fais davantage une histoire de famille, avec toutes les preuves. À chaque génération, je trace le profil de l'ancêtre.»
Selon la complexité de la commande, le coût peut varier de 500$ à 2000$. Cher? «J'y mets un minimum de 300 heures de travail», assure Mme Lécuyer.
De son côté, la Société généalogique canadienne-française cède à certaines demandes particulières et peut tracer une ligne généalogique directe pour 150$.
Mais il est beaucoup plus amusant de le faire soi-même.
14 juin 2009
Marc Tison
Dans la splendide salle de consultation du Centre d'archives de Montréal (Bibliothèque et Archives nationales du Québec), une dizaine de personnes sont attablées, penchées sur des répertoires.
«Quatre-vingt pour cent de nos usagers font de la généalogie», commente le bibliothécaire Jean-François Chartrand.
Parmi elles, Micheline Galaise vient deux fois par semaine depuis plus de 20 ans. Au fil des ans, elle a remonté les branches et les rameaux de son arbre généalogique sur 14 générations. «Ça remplit sept ou huit classeurs à anneaux», décrit-elle. Minutieusement manuscrits page par page!
Elle a appris avec les bons vieux documents sur papier.
Le principe de base consiste à remonter la filière des actes de mariage, qui donnent les noms des parents des mariés. Comment les trouver, ces mariages? Parcourons d'abord les outils traditionnels.
D'abord un dictionnaire généalogique, pour connaître les lignées des premiers du nom en Amérique. L'ouvrage le plus réputé est le Dictionnaire généalogique de René Jetté. Il s'arrête cependant en 1730.
Puis le grand classique de la généalogie québécoise, la collection Drouin, qui a recensé et répertorié les registres de l'état civil, depuis les débuts de la colonie jusqu'en 1940.
Pour s'assurer de l'exactitude de l'arbre ainsi constitué, il faudra consulter les actes eux-mêmes. Comment? Connaissant maintenant la date et le lieu de chaque mariage, vous pouvez compulser les répertoires de baptêmes, mariages et sépultures, par ordre alphabétique d'entités géographiques. Quand vous avez repéré l'heureux événement, un code vous renvoie à l'acte lui-même, reproduit sur microfilm. Voilà pour le principe.
Le même travail peut se faire en bonne partie avec les banques de données informatisées.
Ou même à la maison, par Internet. Mais tôt ou tard, on se bute à des bases de données payantes. L'avantage de se rendre à l'un des neuf centres d'archives de BAnQ, c'est que, une fois inscrit, on a accès gratuitement à tous ces outils fort utiles. En voici quelques-uns.
Index des décès et mariages
Les mariages et décès de 1926 à 1996 y sont indexés. «C'est très utilisé, indique Jean-François Chartrand. La généalogie, plus c'est récent, plus c'est difficile. Les gens ne sont pas encore décédés et, de nos jours, on ne se marie plus.»
La banque Parchemin
Indexée par nom de famille, elle recense les actes notariés, de 1626 à 1789. La société Archiv-Histo poursuit ce travail, avec le soutien financier de la Chambre des notaires du Québec. «C'est une source d'information drôlement intéressante pour les gens qui s'intéressent à la généalogie. On le trouve dans plusieurs bibliothèques municipales», commente le porte-parole de la Chambre, Antonin Fortin.
Ancestry
Cette importante banque d'archives a acheté les documents numérisés de la collection Drouin. «Ce qui est fantastique, c'est qu'on peut chercher par nom, ce qui n'était pas possible avant», explique Jean-François Chartrand.
Vous pouvez voir apparaître à l'écran l'acte de mariage de votre ancêtre premier arrivant - une expérience toujours émouvante. «L'indexation laisse un peu à désirer, indique-t-il toutefois. La rumeur veut qu'elle soit faite en Chine.»
Cette banque est accessible sur l'Internet (www.ancestry.ca), mais la consultation est payante. Après une période d'essai gratuite de deux semaines, un tarif de 11,95$ par mois s'applique. Avec un abonnement annuel, c'est 6,95$ par mois.
BMS 2000
Fruit de la coopération de 22 sociétés de généalogie du Québec et de l'Ontario, on y trouve des versions en ligne des répertoires généalogiques: mariages, baptêmes, sépultures, du début de la colonie à 1990.
Elle aussi est sur Internet (www.bms2000.org). L'abonnement est gratuit mais la consultation est payante. Un exemple: consulter 200 fiches coûte 20$.
Mes aïeux
La banque Mes aïeux est offerte depuis cette semaine sur le portail de BAnQ. Aussi accessible sur l'Internet (www.mesaieux.com), elle serait la plus complète au Québec pour les registres matrimoniaux. L'abonnement est gratuit. Mais dès qu'apparaissent les résultats d'une première recherche - année du mariage, ville et époux -, on nous apprend que les détails supplémentaires ne seront accessibles qu'avec un abonnement payant au Service Plus. Un exemple: consulter 150 fiches coûte 14,99$.
PRDH
Cette banque généalogique, accessible gratuitement sur l'Internet (genealogie.umontreal.ca), donne la date et le lieu du mariage ainsi que les noms des conjoints. Mais des frais sont exigés pour approfondir la recherche. «C'est fait par l'Université de Montréal, et c'est donc très fiable, commente Jean-François Chartrand. Les erreurs sont minimes.»
Familysearch
Le site Familysearch (www.familysearch.org) est maintenu par les mormons, qui, pour des raisons religieuses, portent un intérêt considérable à la généalogie. Ce site est analogue à la collection Drouin sur Ancestry, mais alors que celle-ci avait compulsé les versions civiles des actes de mariage, les mormons ont répertorié les versions religieuses de ces mêmes actes. «Le curé était obligé de faire deux exemplaires, explique Jean-François Chartrand. Les différences entre les deux sont minimes, mais on peut quelquefois avoir dans l'une des informations qu'on ne trouve pas dans l'autre.»
L'accès est gratuit et on y trouve les copies numérisées des actes originaux, quelquefois de meilleure qualité que sur Ancestry.
À vous de jouer
Dans l'un des neuf centres d'archives de BAnQ (voir www.banq.qc.ca), avec un minimum d'aide de la part des (aimables) préposés et un peu de chance, on peut retracer le tronc de ses ancêtres en une demi-heure, soutient Jean-François Chartrand. «Mais quel est le plaisir de se dépêcher?» ajoute-t-il.
Micheline Galaise l'a compris. Elle n'a toujours pas fini de creuser. «J'en ai pour jusqu'à ma mort», lance-t-elle en souriant.
14 juin 2009
Marc Tison
Guy Giguère, ethnologue et auteur d'une dizaine d'ouvrages de vulgarisation historique sur la Nouvelle-France, a lui-même tracé les arbres généalogiques en ligne directe de son père et de sa mère. Il est un adepte de la méthode terrain: on se déplace au Centre d'archives de sa région et on fouille. En une heure de recherche, il avait remonté la filière jusqu'au mariage du premier Giguère, à Québec, en 1652. «Mais je suis habitué», précise-t-il.
«Pour faire un bon arbre généalogique, on commence par soi, explique-t-il. Il faut d'abord enquêter sur sa famille.» On trouve ainsi le bout du fil: où et quand se sont mariés nos parents et grands-parents. Il s'agit ensuite de remonter la filière.
Selon lui, les deux principaux pôles sont les sociétés de généalogie et les centres d'archives du Québec. «Ces gens-là sont équipés pour aider à faire cette recherche, avec tous les outils.»
Devenir membre de la société de généalogie de votre région
Au Québec, les sociétés de généalogie à but non lucratif comptent plus de 12 000 membres.
La plus ancienne, la Société généalogique canadienne-française, compte 3500 membres. Elle est abonnée à plusieurs des banques informatisées dont disposent les centres d'archives.
Sur l'Internet
Sur l'Internet, la meilleure porte d'entrée est le Centre généalogique du Canada, estime Jean-François Chartrand, bibliothécaire à BAnQ, parce que ce site décrit très clairement les étapes d'une recherche généalogique. On y donne les liens vers les autres sources essentielles, comme BAnQ. (www.collectionscanada.gc.ca/genealogie/index-f.html)
Voici ma famille
Voici ma famille (www.thatsmyfamily.info/Metamoteur/explications.html) est un moteur de recherche fédérée sur l'Internet, qui regroupe diverses banques de données plus ou moins gratuites. Amusant pour les premiers tâtonnements.
Logiciel
Il existe de très nombreux logiciels pour aider le généalogiste en herbe à faire pousser son arbre. Gisèle Monarque, de la Société généalogique canadienne-française, mentionne Brother's Keeper, que'utilisent la plupart de ses membres. Il coûte 60$ mais on peut le télécharger gratuitement pour une longue période d'essai, indique-t-elle.
14 juin 2009
Marc Tison
Vous êtes de basse extraction, vos ancêtres étaient d'obscurs manants et vos prétentions aristocratiques se résument à l'acte de propriété du chalet au lac Vaseux que vous tenez de votre grand-père?
Qu'à cela ne tienne, palsambleu! Vous aussi pouvez avoir vos armoiries et votre devise personnelles, reconnues par la Couronne. Et patentées, de surcroît.
Si vous êtes citoyen canadien et avez contribué au bien de votre communauté, par exemple par un engagement bénévole qui témoigne de votre noblesse de coeur, vous pouvez demander à l'Autorité héraldique du Canada de vous conférer des emblèmes héraldiques personnels. Cette institution attachée au Bureau de la gouverneure générale a été créée en 1988.
Outre le formulaire I-2006-1 dûment rempli, vous devrez fournir une preuve de citoyenneté canadienne, les noms de deux personnes de référence ainsi qu'une notice biographique faisant état de vos diplômes, de votre expérience professionnelle et de vos contributions bénévoles et communautaires. Cependant, le fait que vous n'ayez pas de diplôme ou d'activités bénévoles ne sont pas des obstacles, assure Manon Lévis, gestionnaire de la production à l'Autorité.
Si le héraut d'armes du Canada accède à votre demande, vous recevrez une facture de 435$ plus TPS pour les frais administratifs. Vous conviendrez ensemble des éléments à inclure dans le blason, en tout respect des règles héraldiques. La description écrite de ces éléments sera transmise à un dessinateur, qui produira un dessin préliminaire. Le coût: entre 300$ et 1000$.
Quand vous aurez approuvé l'ébauche, cet artiste réalisera les lettres patentes, peintes à la main et calligraphiées (avec or 24 carats aux endroits requis, précise-t-on). Cous avez le choix entre deux formats: feuille unique de 56 cm sur 76 cm (1800 à 3000$), ou feuillets doubles, chacun de 56 cm sur 38 cm (600$ à 2100$).
Tout est inclus: écu, cimier, heaume, lambrequins et devise
La concession de vos armoiries est consignée dans le Registre public des armoiries, drapeaux et insignes du Canada. Chaque année, une soixantaine de citoyens canadiens créent ainsi sur mesure leurs propres armoiries familiales. Pourquoi? «Pour célébrer leur histoire, point final», explique Claire Boudreau, titulaire d'un doctorat en héraldique et première femme héraut d'armes du Canada. «On veut juste un emblème qu'on va donner à sa famille. Ça sert à réunir les générations.»
Aucune prétention, assure-t-elle. «C'est très ludique. C'est presque une thérapie: qui suis-je, qu'est-ce que je veux montrer de moi-même, quelle est ma devise?»
Alors, quelle est la vôtre?