Bien qu'apparues en 1996, les prothèses auditives numériques n'ont que récemment pris leur envol au Québec. C'est qu'avant juin 2006, elles n'étaient pas remboursées par la Régie de l'assurance maladie du Québec.
François Perreault
Aujourd'hui, le coût de la plupart des appareils de base (quelques centaines de dollars, par rapport à 3500$ pour du haut de gamme) est entièrement défrayé, nonobstant l'âge du demandeur.
Pour Éric Mitchell, audioprothésiste, ces outils n'ont rien à voir avec les vieux appareils analogiques. «La voix dans une prothèse analogique s'apparentait à celle d'un enregistrement. Avec le numérique, la fidélité du signal sonore est supérieure.»
L'avantage principal réside cependant dans la précision des réglages. «Alors qu'on employait auparavant des potentiomètres, on peut désormais programmer précisément l'appareil, contrôlant mieux chaque fréquence. Autrefois, le risque de suramplification ou de sous-amplification était élevé.»
Si plusieurs reprochaient aux prothèses analogiques de simplement amplifier le bruit au détriment de la voix, les numériques règlent le problème grâce à une puce électronique qui traite l'information plus vite. «Dans les endroits publics, des gens préféraient fermer leur appareil à cause de l'abondance de bruits différents, explique Éric Mitchell. Désormais, la prothèse discrimine les sons. Donc, au resto, elle amplifiera automatiquement la voix de la personne face à vous, puis atténuera les bruits ambiants.» Des utilisateurs préféreront néanmoins ajuster eux-mêmes l'appareil, avec une télécommande intégrée à leur montre ou petite comme un démarreur à distance.
Par contre, il ne faut pas associer numérisation des prothèses et miniaturisation. «La taille des appareils a plus à voir avec les besoins des porteurs qu'avec une année de fabrication. Ainsi, des appareils de contour d'oreille d'allure vieillotte sont pourtant à la fine pointe.»
20 avril
Les prothèses auditives analogiques ont disparu du marché. Les modèles numériques ont pris leur place au creux des oreilles. La facture fait carillonner le tiroir-caisse.

Ce sont des miracles de miniaturisation. Les prothèses numériques comptent pour la plupart trois ou quatre canaux, quelquefois plus, qui permettent de faire 1a gestion des sons par bandes de fréquences. « On peut prendre une première portion de l'audition et corriger les paramètres acoustiques à l'intérirur de ce canal, sans changer les autres », explique Claude Forest, secrétaire général de l'Ordre des audioprothésistes du Québec.
Certains appareils comportent plusieurs programmes préétablis, sélectionnés avec un petit bouton, à l'intérieur desquels le contrôle et le réglage des fréquences répondent à des situations précises - écoute normale, milieu bruyant, conversation téléphonique...
« Qu'une prothèse ait un, deux ou trois programmes, dès lors qu'elle est numérique, les sons ambiants n'ont pas tous la même proportion d'amplification, précise Claude Forest. Même avec une prothèse numérique de base, on obtient un appareil beaucoup plus performant qu'une prothèse analogique, où il y avait une amplification unique pour tous les sons. La prothèse numérique n'élimine pas les bruits mais va mieux les gérer pour qu'ils soient moins perturbants. »
Certaines prothèses portent deux micros, ce qui leur permet de contrôler les sons en fonction de leur provenance, selon le principe que ceux qui proviennent de l'avant sont généralement plus significatifs. Sur certains modèles destinés aux personnes en fauteuil roulant, un micro est orienté vers l'arrière pour leur permettre d'entendre la personne qui pousse la chaise. D'autres ont des télécommandes de poche,. ou intégrées à une montre-bracelet. Certaines peuvent être ajustées avec le cellulaire, grâce à la technologie Bluetooth.
« Nous proposerons diverses possibilités selon les besoins », formule Claude Forest. « 11 s'agit de rencontrer la personne et dévaluer ses besoins, notamment à partir de ses activités et de sa condition physique. » I1 donne l'exemple des personnes âgées : « I1 ne sert rien de compliquer la prothèse. Ce sera plus inutile qu'utile.»
Chaque audioprothésiste dicte ses prix même si l'ordre professionnel suggère ui ordre de grandeur. Hors du programme de 1a RAMQ, une prothèse numérique de dernière génération peut coûter de 1500$ à 3500$ voire davantage avec les options de pointe. « Le prix varie avec le degré de sophistication et les options, indique France Lacombe audiologiste et conseillère aux affaires professionnelles à l'Ordre des orthophoniste et des audiologistes du Québec. Mais pas nécessairement avec la performance, parce qu'une prothèse de 1500$ peut être très efficace. »
Chose certaine, conclut Claude Forest « c'est de l'appareillage au cas par cas il ne faut pas comparer avec les autre personnes. »
Quatres modèles
CONTOUR D'OREILLE
Ce modèle est placé derrière pavillon de l'oreille et est par un tube de vinyle à un
fit placé dans l'oreille. Pour les 'audition légères à modérées, une nouvelle version utilise un embout ouvert qui laisse le conduit auditif partiellement dégagé. On évite ipression d'avoir une oreille bouchée.
INTRA-AURICULAIRE
(pleine conque)
Fabriquée sur mesure, la prothèse intra-auriculaire se loge dans la conque de l'oreille - la cavité de l'oreille externe où prend naissance le conduit auditif. Au contraire du modèle de contour d'oreille, elle demeure bien en place malgré les mouvements de tête.
INTRA-CONDUIT
De même type mais plus petit que le précédent, le modèle intra-conduit est plus confortable et moins encombrant. Discret, il se place dans le conduit de l'oreille, libérant la plus grande partie de la conque. Il peut remplacer la plupart des intra-auriculaires pleine conque.
INTRA-PROFOND
Encore plus profond et plus discret! La miniaturisation de la prothèse intra-profonde lui permet de se loger loin dans le conduit auditif, ce qui la rend pratiquement invisible. On l'extrait à l'aide d'un fil transparent. Contre-indiquée, cependant, si le conduit auditif est trop petit ou lors de production trop abondante de cérumen. Sa manipulation et son entretien nécessitent une bonne dextérité et une bonne vision.
27 avril

• Consultez d'abord un médecin et, si nécessaire; ensuite un ORL pour établir un diagnostic.
• Si le problème s'y prête, demandez qu'il vous envoie à un audiologiste, lequel pourra faire une évaluation complète de votre audition. « L'audiologiste va proposer une panoplie de solutions, indique le président de l'Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec, Louis Beaulieu. La prothèse en est une. »
• Si vous n'avez jamais porté de prothèses auditives et que vous êtes admissible au programme, l'audiologiste Mathieu Hotton vous recommande de choisir une prothèse payée par la RAMQ. «Vous aurez alors un point de référence pour comparer les différentes technologies entre elles au prochain achat. »
• Si vous payez vous-même vos prothèses, mieux vaut fixer à l'avance votre fourchette budgétaire, suggère-t-il: le prix d'une seule prothèse peut aisément varier de 1500$ à 3000$.
• Avec les recommandations et prescriptions de l'audiologiste ou de l'ORL, consultez un audioprothésiste, qui vous guidera dans le choix d'un appareil, en fonction de votre budget, de vos critères esthétiques, de vos besoins de communication en regard du travail et de la vie sociale, et enfin de votre condition physique. « On voit des gens d'un certain âge pour qui il ne sert à rien de compliquer la prothèse », explique par exemple Claude Forest, secrétaire général de l'Ordre des audioprothésistes du Québec (OAQ).
• « Il est généralement préférable de choisir des prothèses auditives de format entra-auriculaires, entra-conque ou contour d'oreille, plutôt que de format miniature complètement inséré dans le conduit auditif, car elles sont plus faciles à manipuler et plus pratiques, conseille Mathieu Hotton. De plus, elles sont adaptées à l'utilisation avec les aides techniques et compatibles avec plusieurs équipements, dont les cellulaires et iPod de tout genre. »
• Mathieu Hotton recommande de faire affaire avec un audioprothésiste qui offre une période d'essai de 30 à 60 jours au moment de l'achat, avec la possibilité de rendre les prothèses après cette période si vous n'êtes pas satisfait. Pendant la période d'essai, vous pouvez consulter à nouveau votre audiologiste ou demander à faire l'essai d'autres marques ou modèles de prothèses auditives, si vous en ressentez le besoin. «Il arrive souvent que la sonorité change d'une prothèse à l'autre ou que les options et les ajustements varient, ce qui peut avoir un impact sur le rendement d'une certaine prothèse pour un certain individu, indique-t-il. Comme c'est vous qui devrez porter quotidiennement les prothèses choisies au cours des années à venir, il est important que vous vous sentiez à l'aise avec votre choix. »
• Certains consommateurs témoignent de difficultés à avoir un portrait clair de la situation et aimeraient qu'on leur présente un éventail d'appareils. «Il est rare qu'on fasse un tableau complet, dit l'audioprothésiste Claude Forest, de L'OAQ. On va proposer un produit selon notre opinion et l'information obtenue. C'est largement en fonction des sommes que les gens sont capables d'investir qu'on va proposer un produit, plutôt que deux ou trois.» Faut-il magasiner ? « En cas de doute seulement, parce que ça oblige à beaucoup de déplacements », répond-il. « Les prix se ressemblent beaucoup, pour des produits similaires. »
• Enfin, méfiez-vous de qui prétend régler tous vos problèmes d'audition et de communication. « Il est bien connu que, même avec les prothèses numériques les plus avancées, la majorité des personnes éprouvent encore des difficultés en lien avec leur surdité. La prothèse n'est pas une solution unique et définitive, insiste Mathieu Hotton. Malgré le port des prothèses, il est souvent nécessaire d'utiliser des aides techniques dans des situations d'écoute particulières. »