Certains craquent, mais la plupart passent au travers. Peu osent se plaindre. C'est la loi du silence, l'omerta. La vie dans les casernes de pompiers à Montréal est tricotée serré et le harcèlement psychologique y est fréquent. Portrait d'un phénomène inconnu.
Alain répond mollement, le coeur chaviré. «Non, non, ça va.»
«Non, t'es pas ben, va-t'en! « insiste son collègue.
Alain est ébranlé. Depuis des années, il passe d'une caserne à l'autre. Il n'arrive pas à s'adapter à la vie de groupe.
Il se retire dans un coin. Le lieutenant va le voir. «Ça ne va pas? « lui demande-t-il.
«Quand il m'a dit ça, je suis parti à pleurer, se rappelle Alain. Je n'en pouvais plus, je ne voyais pas la fin. J'étais au bout du rouleau.»
Un plan trotte dans sa tête depuis plusieurs semaines: il arrête son auto sur le pont Jacques-Cartier, il fixe les eaux froides du fleuve et il plonge tête première.
Le lieutenant a senti son désarroi. «Promets-moi que tu vas revenir demain», lui dit-il.
«Il a compris que j'allais craquer, explique Alain. Il m'a sauvé la vie.»
Le lendemain, Alain a été au Programme d'aide aux employés. «Je suis arrivé dans le bureau du responsable et je lui ai dit que je ne voulais plus souffrir.»
Il a été envoyé à un psychiatre. «J'ai braillé pendant deux heures dans son bureau», raconte Alain, un gaillard de six pieds et des poussières avec des épaules larges comme des portes d'armoire. Il me fixe de ses grands yeux bleus. Alain est un sensible, un écorché vif.
La vie de caserne est réglée au quart de tour. Tricotée serrée à mort. Tu t'intègres ou tu souffres.
«C'est très différent des autres milieux de travail, assure l'assistant directeur du Service de sécurité incendie de Montréal (SIM), Luc Turgeon. Les pompiers dorment ensemble, prennent leur douche tout nus ensemble, mangent ensemble, écoutent la télé ensemble, vont au feu ensemble, risquent leur vie ensemble.»
Les pompiers se voient souvent en dehors des heures de travail: partys, sorties à la cabane à sucre en famille, 5 à 7.
Ils passent plus de 60% de leur temps entre les quatre murs d'une caserne. Et les équipes sont petites, entre huit et 12 pompiers. Un huis clos parfois explosif.
La Ville de Montréal emploie 2300 pompiers. Dans le lot, il n'y a que 1% de femmes et 2% de minorités ethniques. Le reste, 97%, est composé d'hommes blancs. Un bloc homogène, terreau fertile au harcèlement psychologique.
«C'est un milieu très conservateur, réfractaire au changement et qui accepte difficilement la différence», explique un ancien leader syndical, Jean Henrichon.
«Il y a toujours un leader dans une caserne, ajoute de son côté Serge, un pompier qui a souvent ramassé des collègues désemparés à la petite cuiller. En général, le plus fort en gueule devient le leader. Quand les pompiers prennent quelqu'un en grippe, son compte est bon. Le processus suit une lente gradation. La personne est tranquillement marginalisée. Elle n'est plus surveillée à la loupe, mais au microscope.»
L'exclusion s'exprime de plusieurs façons. «Le rejet n'est plus le bienvenu dans les partys ou les sorties de groupe, poursuit Serge. Les gars mettent parfois un animal mort dans sa case, d'autres pissent sur son linge de feu. Il peut aussi être exclu des lunchs.»
Dans les casernes, les pompiers préparent les repas. Pas des sandwichs. De la bonne bouffe: entrée, repas principal, dessert. L'heure des repas est sacrée. La vie dans la caserne se déroule beaucoup autour de la table.
Un pompier qui se fait dire: «T'es plus dans les lunchs! « est mis au ban de la caserne, exclu de la vie communautaire. Il ne peut plus manger en même temps que les autres. Parfois, ils lui laissent un petit coin au bout de la table, mais pas question de partager la nourriture. Il ne peut même pas toucher au sel et au poivre.
«Les pompiers, c'est comme une grande famille un peu fuckée, avec ses secrets, son déni et son silence sur les travers des uns et des autres», affirme Serge.
Les officiers, lieutenant et capitaine, vivent dans les casernes avec les pompiers. Ils se sentent impuissants devant le harcèlement psychologique. «Ils demandent de l'aide, dit Serge, mais il n'y a personne pour les coacher. Ils sont laissés à eux-mêmes.»
La Ville reconnaît le problème. «Il y a bel et bien un système d'intimidation, admet le directeur des relations professionnelles à la Ville, Jean-Yves Hinse. Il y a des choses qui ne tournent pas rond dans ce service-là.»
«J'ai vu des pompiers se faire démolir par des collègues, raconte l'assistant directeur du SIM, Luc Turgeon. Il n'y a pas de place pour la faiblesse physique ou psychologique.»
Le syndicat, aussi, confirme qu'il y a du harcèlement. «Aucun autre groupe de travail ne vit une telle promiscuité, dit le président de l'Association des pompiers, Michel Crevier. C'est notre deuxième famille. On passe tellement d'heures ensemble! Ça ouvre la porte aux conflits, c'est certain.»
Environ 15% des pompiers sont victimes de harcèlement psychologique. Les 66 casernes de l'île de Montréal ne vivent pas toutes l'enfer, mais lorsqu'un leader décide de faire la vie dure à un pompier, les autres s'écrasent et se taisent. La règle, c'est l'omerta.
Robert X a transgressé cette règle. Il a osé porter plainte. En général, les pompiers baissent l'échine et changent de caserne.
«On a un système paramilitaire, conte Robert. Le patron, c'est Dieu le père. Si tu veux dénoncer les agissements de ton supérieur, il faut que tu sois prêt à en payer le prix.»
Robert n'a pas changé de caserne comme Alain Laperrière. Il a enduré son calvaire pendant 13 ans. Treize longues années à se faire harceler par son patron immédiat, un capitaine, et à ravaler sa colère et son humiliation. Provocation, harcèlement, injures, dénigrement, Robert a eu droit à la totale.
En 2002, il a décidé qu'il en avait assez.
«J'ai dit à mon capitaine: «Tu ne sacres plus après moi quand tu me parles, tu arrêtes de me crier que je suis un ostie et un tabarnak, tu ne parles plus dans mon dos en disant que tu vas avoir ma tête. Et tu respectes la convention collective. Moi aussi, je veux avoir le droit de faire du temps supplémentaire!»
«Personne n'osait confronter le capitaine, dit Robert. Pendant deux ans, il a refusé de me parler. Il m'ignorait complètement. En 2004, j'ai porté plainte. Officiellement. Il fallait que j'agisse. J'étais devenu frustré et violent dans ma tête. Je n'en pouvais plus.»
La plainte a cheminé. Il y a eu des rapports, des expertises médicales. La CSST a tranché en faveur de Robert, mais la Ville n'a jamais reconnu qu'il avait été victime de harcèlement. Le syndicat l'a d'abord appuyé, puis il a décidé de défendre son harceleur. Les capitaines sont syndiqués.
Cette bataille l'a épuisé. Il a fait une dépression et il s'est longuement absenté du travail. «J'étais en état de panique et je souffrais de claustrophobie», confie Robert.
Il est finalement retourné au boulot, dans un service de soutien, mais sa réputation l'a précédé. Il est tatoué comme un rejet. «On ne m'invite pas dans les 5 à 7 ou les partys et les gens ne me parlent pas, dit-il. Ma fierté en a pris un coup.»
Mais il est encore dans les lunchs. «Pour l'instant», précise-t-il.
«C'est très difficile pour un pompier d'aller contre le groupe, explique Luc Turgeon. Il préfère changer de caserne. Quand il porte finalement plainte, il est trop tard, ça ne se répare pas.»
Alain Laperrière, aussi, a attendu trop longtemps avant de porter plainte. En 20 ans de carrière, il a fait 13 casernes. À chaque fois, il essayait de s'intégrer au groupe; à chaque fois, il se cassait la gueule et devenait la tête de Turc, le rejet.
Alain a tout de suite compris qu'il ne rentrait pas dans le moule, mais jamais il n'avait imaginé que sa vie tournerait au cauchemar. Au fil des ans, il a vécu l'humiliation, le harcèlement, l'intimidation.
À l'école des pompiers, il a été sidéré par les propos machos échangés entre les étudiants à la cafétéria. Puis, il a atterri dans sa première caserne. Il avait 20 ans et il était puceau. Sa virginité a vite fait le tour du groupe.
«Ils mettaient des films de cul, ils se moquaient tout le temps de moi, raconte Alain. Je me suis fait ramasser. Au bout de six mois, je suis sorti de là.»
Sa réputation de rejet a vite fait le tour des casernes. Le téléphone arabe fonctionne avec une rare efficacité chez les pompiers. Ils l'appellent le SIM-FM.
«Je n'arrivais pas à me faire respecter, se souvient Alain. J'ai reçu un jet d'eau de 100 livres dans une oreille. Un jour, un pompier m'a dit: «Si tu te tasses pas, je vais te pisser dessus.» Je ne l'ai pas cru. Il l'a fait. Les autres le regardaient en riant. Quand on se laisse pisser dessus, c'est fini, plus personne te respecte.»
«J'ai honte de vous raconter ça.»
Alain a fait une dépression. Il s'est souvent absenté du travail. D'une fois à l'autre, il revenait plus fragile, avec sa réputation de loser collée à la peau et amplifiée par le SIM-FM.
Aujourd'hui, il travaille dans un bureau, confiné à des tâches administratives. Il ne va plus au feu. Comme Robert X.
«J'haïs ça, raconte-t-il, mais à chaque matin, je prends une grande respiration et je me dis: «Au moins, je ne me ferai pas démolir.»
«J'ai toujours aimé le côté héroïque du travail de pompier, l'idée de sauver du monde, poursuit-il. C'est le plus beau métier du monde, mais aujourd'hui, ma carrière est finie.»
Alain a 40 ans. Il ne peut plus sauver du monde. Il essaie seulement de sauver sa peau.
Les pompiers ne sont pas seuls à subir du harcèlement psychologique, les cadres aussi en sont victimes. Et la tension augmente lorsque syndicat et patron négocient le renouvellement de la convention collective. Le climat devient explosif. Incursion dans un milieu de travail qui joue dur.
«Gros criss de chien! Promotion de jambon! Belle solidarité!»
Lorsque M. X a entendu ces injures au bout du fil, il a tout de suite compris. Il venait d'accepter une promotion: il passait de pompier syndiqué à chef aux opérations à la Ville de Montréal, un poste cadre.
«N'écrivez pas mon nom», m'a demandé M. X d'un ton presque suppliant.
Il m'a appelée quatre fois. Il était dans tous ses états parce qu'il m'avait parlé pendant cinq minutes. M. X a peur. Peur des représailles, peur d'envenimer la situation, peur des pompiers qui ne se gênent pas pour harceler un patron.
Dix hommes ont été promus chef le 17 janvier en même temps que M. X. Des pompiers ont imprimé leur photo sur une feuille et y ont inscrit leur adresse personnelle et leur numéro de téléphone. Certains pompiers ont même dessiné une corde autour du cou des nouveaux chefs.
Le syndicat et la Ville négocient le renouvellement de la convention collective. Les discussions sont ardues. En acceptant de passer de syndiqué à cadre, les 10 chefs ont trahi la cause syndicale.
Les pompiers ont fait circuler les photos dans les 66 casernes de la Ville en demandant à leurs collègues d'appeler les chefs «souvent et fréquemment».
J'ai joint plusieurs chefs. Ils étaient nerveux. Tous m'ont demandé de taire leur nom. «Quand le téléphone sonne, tu te demandes qui est au bout du fil, a confié l'un d'eux. C'est intimidant. Psychologiquement, ça affecte.»
«Mon fils a maintenant peur des pompiers», a dit un autre.
La Ville a porté plainte à la police. Elle a aussi envoyé une mise en demeure au syndicat lui enjoignant de retirer les photos affichées, bien en vue, dans les casernes.
Le syndicat a juré qu'il n'y était pour rien et il a aussitôt envoyé un communiqué pour demander à ses membres d'enlever les photos.
Incident isolé ?
Non, répond le responsable des relations professionnelles à la Ville de Montréal, Jean-Yves Hinse.
«Environ 95% des chefs sont intimidés, affirme-t-il. Ils ont tous une histoire à raconter, mais personne ne va vous parler. Quand tu te fais lancer des oeufs, que tu reçois une chaudière d'eau sale sur la tête ou que tu arrives seul dans une caserne et que tu te fais entourer par une dizaine de pompiers, tu n'as pas envie de témoigner.»
Cette tradition de violence ne date pas d'hier. L'ancien directeur du Service de sécurité incendie de Montréal (SIM), Alain Michaud, en sait quelque chose. Il a dirigé les 2300 pompiers de la Ville de 1996 à 2004.
Quand les négociations tournaient au vinaigre, la police postait une voiture devant sa maison la nuit. M. Michaud couchait parfois dans son bureau. Sa femme et ses enfants ont déjà été obligés de se réfugier dans leur famille au Saguenay.
«Ma femme ne leur a jamais pardonné, raconte M. Michaud. Elle l'a encore sur le coeur.»
«Pendant les séances de médiation, les représentants du syndicat m'insultaient, ajoute-t-il. Ils me traitaient de mangeux de marde. Ils voulaient m'écoeurer.»
En 2002, M. Michaud a dû prendre six semaines de congé. Diagnostic: épuisement professionnel.
«Ils enfermaient les chefs dans leur bureau. Ils rentraient un boyau et ils laissaient l'eau monter», dit un ancien collaborateur de M. Michaud qui ne veut pas être identifié.
«Je n'ai pas envie qu'on crève les pneus de ma voiture», explique-t-il.
L'ex-ministre du Travail, Diane Lemieux, s'est frottée au puissant syndicat des pompiers et à son redoutable chef, Gaston Fauvel. C'était à la fin des années 90, en plein conflit de travail.
«Gaston Fauvel était comme l'ex-président du syndicat des cols bleus, Jean Lapierre, rappelle-t-elle. Le fond n'était pas bête, mais l'enrobage était tellement rough! C'est une culture syndicale extrêmement pesante, autoritaire et castrante, avec ses secrets et ses silences.»
M. Fauvel dirigeait le syndicat avec une main de fer. En octobre 2000, le juge André Denis, de la Cour supérieure, l'a sévèrement blâmé pour des incidents survenus trois ans auparavant en plein conflit de travail. Les pompiers avaient alors pris le contrôle des casernes. Ils avaient brisé des ordinateurs, mis de la colle dans les serrures, percé des lances d'arrosage, crevé des pneus, lancé des oeufs.
Gaston Fauvel avait juré qu'il n'avait rien à voir avec ces moyens de pression. Le juge Denis ne l'a pas cru. «M. Fauvel est un homme intelligent et articulé qui a mis au point un système d'information remarquable sur tout ce qui se passe quotidiennement dans les casernes, a écrit le juge. Il sait tout, il voit tout et rien n'arrive sans qu'il ne le sache immédiatement ou sans qu'il ne l'ait ordonné.»
Gaston Fauvel a quitté le syndicat en 2005, mais l'esprit de l'ancien président est resté.
Un exemple? En mars, un jeune pompier a posé sa candidature pour obtenir un poste dans une caserne. Il l'a obtenu. Il devait remplacer un pompier qui avait été congédié. Le syndicat avait lancé un mot d'ordre: le poste doit rester vacant jusqu'à ce que le grief soit entendu.
Il l'ignorait.
Dès que sa nomination a été connue, il a reçu des appels chez lui. Intimidation, menaces à peine voilées. La première fois qu'il a mis les pieds dans la caserne, il y est resté à peine 10 minutes. Il est sorti quasiment en larmes. Les pompiers lui ont «expliqué» qu'il n'était pas le bienvenu. Aujourd'hui, il est en congé de maladie.
Le président du syndicat, Michel Crevier, ne nie pas qu'il y ait eu un mot d'ordre, mais il minimise l'incident. «Les pompiers l'ont accueilli dans la caserne, ils l'ont invité à souper et ils lui ont parlé», rectifie-t-il.
Les pompiers font parfois preuve d'imagination. Ils ont déjà placé une annonce dans le journal pour annoncer la location d'un cinq pièces fraîchement rénové dans le Plateau. Prix: 550$. Suivait un numéro de téléphone. «Appeler après 23h», précisait l'annonce.
«Ils ont donné le numéro d'un chef, assure Luc Turgeon, assistant directeur au SIM. Il a reçu des téléphones en plein milieu de la nuit. Le frère de sa femme était à l'hôpital, en phase terminale. À chaque sonnerie, il pensait que le médecin appelait pour annoncer sa mort.»
Il a reçu environ 500 appels.
Certains soirs, Luc Turgeon fait du sport avec des pompiers syndiqués, des amis de longue date. Le lendemain, ils font semblant de ne pas le voir. Patrons et syndiqués ne sympathisent pas ouvertement.
Autre exemple: au printemps 2007, le service d'incendie de Montréal était l'hôte d'un congrès des chefs pompiers du Québec. Lorsque les officiers ont visité le Centre de formation, ils ont reçu un accueil particulier.
«Les pompiers ont formé une ligne de piquetage et ils ont lancé des bombes puantes sur les invités», raconte Jean-Yves Hinse.
«C'est faux, rétorque le président du syndicat, M. Crevier, c'était des confettis.»
«Il y avait des confettis ET des bombes puantes», rectifie Luc Turgeon.
Bombes puantes ou confettis? Patron et syndicat ne s'entendent pas. Sur un détail. Imaginez les discussions à la table de négociation.
95%
Le service d'incendie de Montréal est ingérable.
Convention collective blindée, retraite après 25 ans de service, multiplication des comités paritaires qui décident de tout, ou presque, de la couleur du linge fourni aux pompiers au nombre de coutures sur les gants. Même la température fait l'objet d'un litige.
Si le thermomètre tombe au-dessous de zéro ou grimpe au-dessus de 30 degrés Celsius, les pompiers refusent de sortir des casernes pour faire des visites de prévention. Si le capitaine insiste, le téléphone ne tarde pas à sonner.
«Les pompiers appellent le syndicat pour se plaindre: «Hé! Le boss nous demande de faire une visite!» raconte Jean-Yves Hinse. Le syndicat téléphone aussitôt au chef pour lui demander: «C'est quoi, cette histoire-là?» Toute une série de discussions sont alors enclenchées entre la direction et le syndicat! Quand vous lisez la convention collective, vous voyez un peu partout: Après entente avec le syndicat'.»
«Le temps supplémentaire, c'est l'enfer, ajoute-t-il. Les coûts ont explosé. En quatre ans, ils sont passés de 3 à 18 millions. Et je ne vous ai pas encore parlé de la clause 8.04d !»
Selon cette clause, un employé peut s'absenter 10 fois par année sans salaire pour «remplir des obligations reliées à la garde, la santé ou l'éducation de son enfant ou celui de son conjoint».
«Un pompier qui ne veut pas travailler appelle et dit 8.04d, explique M. Hinse. Bingo! Il vient de se ramasser une journée qu'il paie avec sa banque de temps supplémentaire.»
Dans la convention collective, tout est décortiqué avec un soin maniaque. La Ville fournit des vêtements aux pompiers. C'est un comité patron-syndicat qui dessine les vêtements et décide de la couleur et du nombre de boutons.
Le comité a déjà dessiné une ceinture faite de deux morceaux de cuir avec du papier au milieu. L'entreprise a fabriqué les ceintures, mais elle a oublié le papier. Le comité les a refusées.
Même problème pour des bermudas et des pantalons cargos. Pas la bonne couleur. Refusés. Et que dire des gants qui sont revenus avec deux coutures plutôt que trois. Out!
Le syndicat proteste. Le comité a un pouvoir de recommandation. Le directeur n'avait qu'à accepter les vêtements. «Le problème, ce n'est pas le syndicat, mais les gestionnaires», tranche le président du syndicat, M. Crevier.
Les heures supplémentaires montent en flèche? Normal, il manque 500 pompiers, précise M. Crevier. «La clause 8.04d existe, je ne le nie pas, c'est dans la convention. Elle a été négociée et acceptée par les deux parties. Quant à la température, elle fait partie d'une lettre d'entente.»
La Ville prétend qu'elle a perdu le contrôle, que les chefs aux opérations ne sont pas les bienvenus dans les casernes et qu'ils subissent continuellement de l'intimidation.
Le climat est pourri. La Ville et le syndicat négocient le renouvellement de la convention collective sous haute tension. Les patrons veulent récupérer leur droit de gérance, les syndiqués veulent protéger leurs acquis.
Les négociations sont longues, interminables. «Depuis 1970, il y a toujours eu des conflits», affirme un ancien directeur du SIM, Alain Michaud.
Et chaque fois, le climat a été tendu.
29 avril 2008 
• Environ 95% des chefs sont intimidés» affirme Jean-Yves Hinse, directeur des relations professionnelles à la Ville de Montréal.
29 avril 2008
C'est le directeur des relations professionnelles à la Ville de Montréal¸ Jean-Yves Hinse, qui l'affirme.