4 avril 2008

I y a quelques semaines, à Tout le monde en parle, Guy A. Lepage demandait à son invité François Avard pourquoi il avait arrêté de « chroniquer ». Il a eu cette réponse :
« Tu as une chronique à livrer toutes les semaines, plusieurs fois par semaine pour certains. Ça finit par tourner en rond et c'est de plus en plus lourd à porter. Au point que t'as même plus le temps de penser à ce que tu vas écrire, que t'es confronté à des sujets auxquels tu ne connais presque rien et qui ne t'intéressent même pas.
« N'ayant plus le temps de réfléchir, tu finis par penser davantage à la façon dont tu vas le dire plutôt qu'à ce que tu as à dire. »
Et il a fait référence à Martineau, à Foglia, à Lagacé et à moi, Nuovo. Rien de vexant dans son propos, même que j'ai crié à ma télé : « Avard, t'as tellement raison. »
Je ne parlerai pas pour les autres.
Or, c'est pour ça qu'aujourd'hui, j'écris ma dernière chronique dans les pages du Journal de Montréal. Juste parce qu'en 31 ans de journalisme, dont 17 années à titre de chroniqueur, j'ai fait le tour du jardin.
Je sais, j'ai pris une sabbatique et je suis revenu. Naïvement, j'ai cru que je m'étais ressourcé. Je le croyais. Erreur. Combien de fois au cours des derniers mois n'avais-je pas d'opinion, même pas sur ce que j'allais manger. Or, je m'ennuyais de vous, mes lecteurs, et je m'ennuierai encore d'ailleurs. Cette chronique a donc pour principal objectif de vous remercier de m'avoir aimé, critiqué, haï parfois, écrit et téléphoné, de m'avoir suivi fidèlement, d'avoir joué les thérapeutes, de m'avoir remis à ma place, d'avoir supporté mes élans politiques, mes combats sociaux, ma vie personnelle, mes amours, ma famille, ma mamina, ma fille, principessa, la princesse et le petit prince. Merci surtout d'avoir fait de moi un meilleur journaliste du quotidien.
II y a aussi tous ces camarades avec qui on a fait ce journal, le plus souvent dans la joie. Merci à mes vieux amis, si délirants et si passionnés. Merci à Manon, à Yves, à Daniel, à Jean-Marie, à Marie, à Jean-Maurice, à André, à Paul. Merci aux disparus, Dalcourt, Brosseau... Merci à mon mentor, Bourgault. Et les journalistes des sports qui ont fait mon éducation à chaque Jeux. Ils m'accueillaient toujours comme si j'étais l'un d'eux. Et les jeunes, Marco, Fabrice, Claudia... Et les techniciens qui devaient régler mes problèmes de béotien. Merci aux pupitres, aux correcteurs, aux secrétaires de rédaction... Merci, enfin, à ce Journal qui m'a permis de pratiquer mon métier au-delà de mes espérances, en parcourant le monde et les âmes qui le peuplent.
Merci à notre STIJM qui, de convention en convention, a tenu le fort, quelquefois contre vents et marées, pour nous rendre plus fort tout en améliorant notre sort.
Merci aussi à Pierre Péladeau, à Francoeur, qui m'ont donné ma chance et à Serge, qui, plus souvent qu'à son tour, m'a écouté et conseillé.
Mais, je le répète, MERCI surtout à vous, lecteurs. Parce que c'est pour vous, même s'il nous arrive de l'oublier quelquefois, qu'on écrit.
Et un jour arriva ce qui devait arriver.
J'ai toujours cru à la communication, et pas seulement à celle de l'écrit. C'est ainsi qu'au détour d'un regard, comme on rencontre une femme, j'ai rencontré la radio par un pur hasard. C'était il y a des années. J'ignorais qu'elle deviendrait ma maîtresse, que je l'aimerais et que dans l'intimité, elle n'était pas que sagesse. Elle m'a séduit, de plus en plus, envoûté chaque jour davantage.
Elle n'était pas femme publique, mais radio publique. Pour elle, je suis tombé, j'ai succombé.
Et aujourd'hui, non sans déchirement, je tourne le dos aux habitudes du passé pour une amante plus désirée que je n'aurais pu l'imaginer.