6 septembre 2007

Plus payant de remplacer Homier-Roy que Derome !

Jouons à un petit jeu: quel employé-vedette est-il le plus payant de remplacer dans la grande tour de Radio-Canada? Réponse: René Homier-Roy, suivi, dans une égalité à quatre, par Bernard Derome, Céline Galipeau, Michel Désautels et Simon Durivage.

Parmi les émissions - autant à la radio qu'à la télé - où la prime de remplacement est la plus basse, on retrouve Second regard, Les rendez-vous de Marie-Claude (Lavallée), Les années lumière et la lecture des bulletins de RDI en fin de soirée.

Comment peut-on l'affirmer avec autant de certitude? Facile. La SRC vient d'harmoniser son système de «primes d'affectation», de rondelettes sommes d'argent qu'elle verse annuellement aux animateurs et présentateurs de ses émissions phare.

Ces bonus oscillent entre 10 000 $ et 52 000 $ et s'ajoutent, bien sûr, aux salaires de base déterminés par la convention collective. Rappelons qu'au sommet de l'échelle, pour une semaine de travail de 37,5 heures, les journalistes les mieux rémunérés de Radio-Canada gagnent entre 70 000 $ et 80 000 $ par année. Sans les bonus, évidemment.

Et quand Bernard Derome ou Joël Le Bigot s'absentent, par exemple, la SRC doit verser la prime d'affectation à l'employé suppléant, peu importe son statut, vedette ou non. À la barre de C'est bien meilleur le matin, René Homier-Roy encaisse une prime d'affectation annuelle de 52 000 $, donc 1000 $ par semaine. Il s'agit de la plus grosse prime d'affectation allouée par Radio-Canada, tous secteurs confondus.

Suivent Bernard Derome, Céline Galipeau et Simon Durivage, qui ajoutent chacun 50 000 $ à leurs salaire annuels de chefs d'antenne (sans compter, nous y reviendrons plus bas, d'autres primes). À la radio, Michel Désautels empoche, lui aussi, 50 000 $ de prime d'affectation. Parmi les autres émissions payantes pour ce type d'indemnités, on retrouve Zone libre (42 000 $), Au coeur de l'actualité (42 000 $), RDI en direct-matin (42 000 $), Christiane Charette (40 000 $) Maisonneuve en direct (40 000 $), Téléjournal Montréal (35 000 $), Samedi et rien d'autre (35 000 $), Enjeux (35 000 $), Découverte (35 000 $), RDI en direct-soirée (35 000 $), de même que La facture (32 000 $) et L'épicerie (32 000 $). Les primes les plus chiches valent autour de 10 000 $.

Ces données ont été uniformisées à la demande du Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC), qui les a ensuite rendues publiques. Pourquoi? Par souci d'équité salariale entre les hommes et les femmes. «Nous avions constaté que les femmes, en général, réussissaient moins bien à aller chercher ces primes», répond le nouveau président du SCRC, Alex Levasseur. Rappelons que, fin novembre 2004, un rapport indépendant révélait que les présentateurs de nouvelles de la SRC engrangeaient annuellement 20 755 $ de plus que leurs consoeurs. Cette prime d'affectation est un des nombreux suppléments que négocient - à la pièce - les employés-vedettes de Radio-Canada afin de hausser leurs salaires au niveau de ceux offerts par les stations privées.

«Dans le monde de la télévision, ça fonctionne comme ça. Ce (système de primes) n'est contesté par personne. Si Bernard Derome était payé 82 000 $ par année, il s'en irait à TVA, c'est certain», a expliqué Alex Levasseur. Dans leurs contrats, les têtes d'affiche peuvent aussi greffer une prime à l'habillement, une prime à la notoriété, une prime à la compétence et une autre pour leur expertise. C'est en additionnant tous ces bonus que l'on pourrait divulguer le salaire réel de Bernard Derome et René Homier-Roy.

Ces différentes primes varient énormément d'une vedette à l'autre, mais le syndicat s'affaire à y mettre de l'ordre. «Il y a encore beaucoup de chemin à faire. Par exemple, pour la prime de notoriété, comment établir des critères objectifs là-dessus? Comment mesure-t-on la notoriété d'une personne?» demande le président du SCRC, Alex Levasseur. La direction de Radio-Canada n'a pas commenté hier.