Dans le monde de l'automobile, un nouveau marché se développe, celui du transfert de bail. C'est une manière de réduire les frais pour ceux qui doivent stopper leur location en cours de route..
Stéphanie Grammond
Et c'est une façon de payer moins cher, pour ceux qui cherchent un véhicule presque neuf.
Marginale il y a seulement 15 ans, la location de voiture est maintenant aussi populaire que l'achat à l'aide d'un emprunt. Avec ses faibles mensualités, la location séduit par son accessibilité. Mais ensuite, les conducteurs sont solidement attachés à leur contrat.
«La location est beaucoup moins souple qu'un financement traditionnel ou qu'un achat comptant», dit George Iny, président de l'Association pour la protection des automobilistes (APA).
Il est difficile de prolonger la location ou de mettre fin au bail avant l'échéance. En fait, il n'y a qu'une seule journée où on a la liberté totale: Le dernier jour du bail !
Entre temps, il peut s'en passer des choses dans la vie du locataire... Un étudiant qui récolte une bourse d'étude pour l'étranger. Un travailleur qui obtient une promotion outremer.
Une personne âgée qui n'est plus apte à conduire. Des finances qui tournent au vinaigre à cause d'une séparation, d'une perte d'emploi, d'une maladie...
«Même en cas de décès, le contrat de location ne s'efface pas automatiquement. La succession doit assurer les paiements», précise Philippe St-Pierre, porte-parole de CAA-Québec.
Impossible de déchirer son contrat de location et de remettre les clés à la compagnie de location. Non! Le locataire doit payer l'écart entre le solde de la dette et la valeur marchande du véhicule. Cette différence s'élève souvent entre 3000$ et 7000$, selon le type de véhicule et le nombre de mois avant l'échéance.
Jusqu'à récemment, le locataire était coincé. Pas moyen de contourner la facture. Une nouvelle avenue s'offre à lui, depuis l'émergence des sites web de transferts de baux, comme Lease Busters, le pionnier au Canada. Plus récemment, des sites concurrents sont apparus, comme Bye Bye Bail, et Stop ton bail, lancé en mai dernier.
« L'internet a rendu la formule efficace. Ça augmente de beaucoup la portée du filet qu'on étend pour trouver des gens intéressés. Avant, les locataires étaient à la merci des sociétés de location », dit M. Iny
Certains fabricants, comme Nissan, se font encore tirer l'oreille. Ils exigent que le nom du premier locataire reste inscrit au contrat, plutôt que de transférer entièrement les papiers au nom du nouveau locataire.
Mais peu à peu, les compagnies de location embarquent. Par exemple, GMAC a conclu une entente avec Lease Busters, en octobre dernier.
« C'est un bon outil pour les concessionnaires », explique Tom Liebmann, directeur général au Québec de Lease Busters. Quand un de leur client veut acheter un nouveau véhicule, parce ses besoins ont changé, ils ont une solution plus avantageuse à leur offrir que de casser leur bail.
Pour céder une location, il faut payer les frais de l'annonce (79$ à 295$), verser des frais administratifs à la compagnie de location (300 à 500$), et parfois payer aussi au concessionnaire qui fait l'inspection.
En outre, il faut offrir un bonbon au repreneur qui paiera des mensualités d'une voiture neuve, sans avoir pu apprécier l'odeur du plastique neuf du véhicule sortant du garage.
« Généralement, les gens offrent l'équivalent de deux ou trois mensualités, entre 1000$ et 2000$ », dit Benoit L'Archevêque, responsable de Stoptonbail.ca. Mais pour un véhicule de luxe, la prime peut atteindre 10 000$ !
Malgré tout, cela reste moins cher que de rendre les clés au concessionnaire. Et quand le calcul est bien fait, ça permet une réelle économie pour ceux qui reprennent la location, considère M. Iny.
« C'est une solution super avantageuse pour quelqu'un qui veut changer de voiture souvent, dit-il. Il y a vraiment des aubaines. »
4 novembre 2007
Pourquoi reprendre le contrat de location d'un autre? Après tout, on se retrouve à payer les mensualités d'une voiture neuve, pour rouler dans un véhicule d'occasion.
Stéphanie Grammond
Pas si vite ! Quand la prime versée par l'ancien locataire est suffisante, le transfert de bail peut être intéressant. Il permet de rouler dans un véhicule presque neuf, encore couvert par la garantie, en payant des mensualités moins élevées que celles d'un modèle comparable sortant de chez le concessionnaire.
« Vous pourriez changer de véhicule tous les ans, comme ça », dit George Iny, président de l'APA.
De là à dire qu'il s'agit de la meilleure option sur le plan financier... non ! À long terme, il est certainement plus avantageux d'acheter un véhicule d'occasion comparable et de le conserver durant de nombreuses années. Mais alors, il faut le financer, l'entretenir, le revendre à la fin. Mais ce n'est pas pour tout le monde.
Pour ceux qui recherchent un bail à court terme, le transfert de location mérite réflexion. Il peut s'agir d'un étranger en poste au Canada pour un an; d'un futur papa qui veut un bolide sport, avant de prendre le volant d'une fourgonnette; d'un conducteur qui cherche un véhicule pour l'hiver, pendant que sa décapotable est remisée.
Plus particulièrement, le transfert de bail peut être avantageux pour un conducteur qui fait beaucoup de route, indique M. Iny.
On sait que la plupart des baux prévoient un kilométrage maximal (20 000 à 24 000 km/année) au-delà duquel, il faut payer des frais pour chaque kilomètre excédentaire (6 à 25 cents). Cela peut représenter une facture annuelle de 1500$, pour une personne qui parcoure 15 000 kilomètres excédentaires par an.
En reprenant la location d'une personne qui a peu roulé, il obtient «gratuitement» le kilométrage non-utilisé par le locataire initial.
Aussi, bien des travailleurs automnes reprennent des contrats de location, pour des raisons fiscales. Ils empochent personnellement la prime versée sur le champ lors du transfert, mais déduisent de leurs revenus les mensualités élevées ! Hum...
Où sont les aubaines ?
« Il y a des aubaines dans toutes les catégories », assure Tom Liebman, directeur général au Québec de Lease Busters.
On peut trouver une fourgonnette pour moins de 200$ par mois, une sous-compacte automatique climatisée à environ 150$, un véhicule utilitaire sport au prix d'une berline.
Mais prenez bien garde. Parfois la prime représente un bon rabais. Mais la mensualité qui figure au contrat de location ne reflète pas nécessairement la juste valeur marchande du véhicule. Peut-être que le locataire avait mal négocié au départ ? Peut-être que le marché d'occasion s'est considérablement détérioré depuis ?
Chaque véhicule est différent, chaque contrat est différent. Par exemple, au moment de la signature, le locataire initial avait peut-être refilé un véhicule en échange, ce qui a permis de réduire le montant du nouveau véhicule aux fins du calcul des taxes.
Si son ancien véhicule valait 10 000$, les taxes ont été réduites de 1400$, soit 30$ par mois, sur une location de 48 mois. Excellent pour celui qui reprend le bail !
À l'opposé, les concessionnaires amortissent souvent dans un nouveau contrat de location, le solde de la dette de l'ancien véhicule que le client a rapporté quelques mois avant la fin du bail.
Celui qui reprendrait un tel bail, se trouverait à payer pour les reliquats de la voiture précédente...
Marche à suivre
Avant de céder ou de reprendre le bail d'un inconnu, il faut aussi prendre ses précautions :
Le locataire cédant doit obtenir le feu vert de la compagnie de location qui fera une enquête de crédit sur le nouveau locataire.
Il est fortement recommandé de procéder à une inspection par le concessionnaire. S'il certifie que le véhicule est en parfait état, il ne pourra pas exiger des pénalités inattendues à la fin du bail pour des problèmes causés par le premier locataire.
À cet effet, il faut porter une attention particulière à l'usure des freins et des pneus, aux petites égratignures, ou encore aux bosses, qui peuvent coûter très cher lors de la remise du véhicule.
Généralement, les frais de transfert sont assumés par le locataire cédant.
Il est possible de reprendre la location d'une voiture qui se trouve dans une autre ville ou une autre province. Les vérifications d'usage sont faites à distance, par le concessionnaire. Le véhicule est ensuite expédié par Searail.
4 novembre 2007
Scénario classique. Le locataire veut résilier son contrat: il gare la voiture dans le stationnement du concessionnaire, abandonne les clés et puis s'en va. Quelques semaines plus tard, il reçoit une facture de plusieurs milliers de dollars. Il est outré, pensant qu'il s'agit d'une pénalité abusive.
Stéphanie Grammond
Mais il est tout à fait normal de dédommager la compagnie de location lorsqu'on résilie son bail avant l'échéance. Tout comme il est souvent nécessaire d'offrir une prime, si on veut transférer sa location à un autre automobiliste.
Pourquoi ? Tout au long de son bail, le locataire rembourse sa dette de façon linéaire : sa mensualité est toujours la même. Or, sa voiture se déprécie plus vite au début. Il y a donc un écart entre la dette qu'il reste à payer sur le véhicule et sa valeur marchande.
Dans son livre Finance aux volant, le planificateur financier Éric Brassard, explique la méthode pour calculer cet écart.
Première variable de l'équation: il faut savoir combien il reste de capital à payer sur le véhicule. Plusieurs se contentent d'additionner les mensualités qui restent (avant taxes), puis d'ajouter la valeur résiduelle.
Attention ! Ils commettent deux erreurs... qui peuvent avoir une incidence de plusieurs milliers de dollars.
Premièrement, les mensualités futures comprennent une portion d'intérêts qu'il faut extraire. Si vous mettez fin au contrat, vous n'aurez plus à payer d'intérêt.
« C'est comme si vous mettez fin à votre hypothèque. Vous n'aurez pas à payer les intérêts futurs », illustre M. Brassard.
Deuxièmement, la valeur résiduelle qui figure au contrat est exprimée en dollars futurs.
Or, vos dollars valent plus aujourd'hui que demain. La preuve, si vous investissez ce montant, en attendant la fin du contrat, vous obtiendrez un certain rendement. Il faut donc ramener la valeur résiduelle future, en dollars d'aujourd'hui.
Que ceux qui ne maîtrisent pas les mathématiques financières se rassurent! On peut faire aisément tous ces calculs sur le site web d'Éric Brassard: http://www ericbrassard.com. Utilisez la calculette qui permet d'évaluer le solde de la dette (Calculette A3, consultez le tableau d'amortissement qui donne le solde, mois après mois).
Passons à l'autre variable de l'équation: le prix de vente d'une voiture identique, sur le marché d'occasion. Quelques téléphones à des concessionnaires, un coup d'oeil sur les petites annonces... et vous aurez l'heure juste.
Ne reste plus qu'à faire la différence entre le solde de la dette et la valeur marchande... et à ajouter les taxes.
Notons que la compagnie de location qui reprend la voiture avant la fin du contrat, ne fera pas d'effort pour la revendre à bon prix. Il l'enverra à l'encan pour s'en débarrasser au plus vite. Cela gonflera d'autant l'écart à payer par le locataire.
Signalons aussi que la valeur résiduelle peut être gonflée, parce que le manufacturier voulait abaisser les mensualités pour stimuler les ventes.
Parfait pour celui qui retourne son véhicule à la fin du contrat. Mais pour le locataire qui stoppe son bail à mi-parcours, cela augmente le montant de la dette... et l'écart à renflouer à la compagnie de location.
D'où l'intérêt de plutôt trouver quelqu'un à qui transférer son bail.