31 décembre 2007

Le nom composé de moins en moins populaire

Il n’était pas question pour Valérie Mercier-Côté de donner son nom de famille à sa fille. Sur l’acte de naissance de la petite Sarah-Maude, née le 30 mars dernier, il n’y a que Lévesque. Le nom de famille du papa, Hugo.

Catherine Handfield

« On n’a pas vu l’intérêt de lui donner deux noms, explique la résidante de Drummondville. On s’est dit : un nom, c’est assez. »

Valérie et Hugo ne sont pas les seuls à tourner le dos aux noms doubles. Alors que 21 % des nouveau-nés portaient un nom de famille composé en 1992, cette proportion a chuté à 12 % en 2005, selon l’Institut de la statistique du Canada.

Et la descente semble se poursuivre pour la cuvée 2007. Des 475 enfants du Cahier des bébés 2007 publié dans La Presse de samedi, à peine 9 % portaient deux noms !

« En se basant sur ces observations, ce n’est pas farfelu de croire que la proportion continue de chuter », croit la démographe Évelyne Lapierre-Adamcyk, professeure à l’Université de Montréal.

Le seul nom du père demeure l’option la plus fréquente en 2005 avec 82 % des bébés. Seulement 5 % portent uniquement le nom de leur mère et, dans la plupart des cas, le père est inconnu ou non déclaré.

Révolte des jeunes parents
Pourquoi ce désintérêt envers le nom maternel ? « Les enfants qui ont reçu des noms doubles se sont révoltés contre ça, croit Évelyne Lapierre-Adamcyk. Ils trouvent ça trop long à écrire, trop compliqué. »

C’est exactement le cas de Valérie Mercier-Côté, qui a 25 ans. « J’ai toujours trouvé ça compliqué, confie-t-elle. J’ai des papiers à un nom, des papiers à l’autre nom... Si je meurs, c’est sûr que ça va causer des problèmes avec mon héritage. »

Frédérique Léger-Provost a également donné uniquement le nom du père à ses jumeaux Philémon et Zakary, nés le même jour que Sarah-Maude.

« Je ne voulais pas scinder mon nom en deux, explique la Montréalaise. Et en même temps, mes enfants ont une filiation évidente avec moi : je les ai portés. Donner le nom du père lui donne lui aussi une part de filiation avec eux. »

Évelyne Lapierre-Adamcyk abonde. « Pour attacher un homme à son enfant, ce n’est pas un gros prix de lui laisser le nom de famille ! » conclut-elle.


5 janvier 2008

Le nom du père

Un retour au bon sens. C'est ainsi qu'on pourrait qualifier cette nouvelle tendance dont faisait état la semaine dernière un reportage de Catherine Handfield dans La Presse. Le double nom de famille, composé des patronymes du père et de la mère, semble en voie d'extinction. Dans la plupart des cas, les jeunes familles reviennent à l'ancienne tradition de donner à l'enfant le nom du père.

Lysiane Gagnon

Il y a plusieurs raisons qui militent contre le nom composé. En premier lieu, la commodité. Le double nom est lourd et long, à plus forte raison s'il suit un prénom double. Et plus les années passent, plus le problème se complique.

Qu'est-ce qu'on fait, le jour où une Marie-Claude Larouche-Tremblay conçoit un enfant avec un Jean-Paul Latour-Martineau? Le Code civil, pas fou, interdit les noms à plus de deux branches. Il faut donc choisir. Mais qui choisir, entre quatre lignées paternelles et maternelles? Frictions, tensions, rivalités, ego froissés.

Il est finalement beaucoup plus simple de s'en tenir à la convention, qui est neutre et qui, justement parce que c'est une convention, ne renferme pas d'éléments émotionnels. D'où le retour à la tradition: selon l'Institut de la statistique, entre 1992 et 2005, la proportion de nouveau-nés québécois portant un nom composé a baissé de 21% à 12%. Et dans 82% des cas, c'est le patronyme paternel qu'on attribue au bébé. Enfin, des 475 enfants dont la naissance a été annoncée dans La Presse en 2007, à peine 9% portaient un double nom !

L'octroi à l'enfant du nom du père se défend parfaitement bien. Après tout, le nom de naissance des féministes qui ont milité pour modifier le Code civil à ce chapitre était celui de leurs pères! Pourquoi donner à un enfant le patronyme de son grand-père maternel plutôt que de reconnaître pleinement son géniteur ?

Choisir le nom du père permet à l'homme de confirmer sa paternité aux yeux de la société. C'est une reconnaissance symbolique dont les femmes n'ont pas besoin, elles qui ont porté l'enfant et lui ont donné naissance. Mais alors que la filiation maternelle a toujours été évidente, jusqu'à l'invention des tests d'ADN, rien ne garantissait aux hommes que l'enfant était bien le leur.

Ce choix qui permet à l'homme d'afficher sa paternité renforce en même temps le lien qui l'unit à son enfant. Comme le dit très justement la démographe Evelyn Lapierre-Adamcyk, « pour attacher un homme à son enfant, ce n'est pas un gros prix de lui laisser le nom de famille ! ».

C'est en somme une mesure qui, en valorisant la notion de paternité, renforce la cohésion familiale et solidifie cette institution qu'est la famille à deux parents.